Les Fran­co-Al­ber­tains ont de l’es­poir

La pre­mière mi­nistre élue, Ra­chel Not­ley, a dé­si­gné, par coïn­ci­dence ou par choix, plu­sieurs mi­nistres avec une sen­si­bi­li­té fran­co­phile au sein de son cau­cus. En re­vanche, ce­lui qu’elle a nom­mé mi­nistre de l’Édu­ca­tion, de la Culture et du Tou­risme et re­sp

Le Franco - - Avenir Du Secrétariat Francophone Et Des Services - Meghann Dionne

En entrevue avec Da­vid Eg­gen, la ques­tion de la pro­tec­tion de la langue fran­çaise en Al­ber­ta a été po­sée : est-ce une prio­ri­té pour son gou­ver­ne­ment ? Le mi­nistre a fait part de quelques stra­té­gies qu’il ai­me­rait mettre en place du­rant son man­dat.

« Je ne parle pas fran­çais, avoue le mi­nistre de l’Édu­ca­tion, de la Culture et du Tou­risme, Da­vid Eg­gen, mais je suis conscient que la fran­co­pho­nie a joué un grand rôle dans l’his­toire de l’Al­ber­ta et dans notre culture. La fran­co­pho­nie est l’une des com­mu­nau­tés cultu­relles qui gran­dit le plus ra­pi­de­ment au Ca­na­da. Nous avons de nom­breux im­mi­grants ve­nant d’autres pro­vinces ca­na­diennes ou d’autres pays dont la langue ma­ter­nelle est le fran­çais qui ar­rivent en Al­ber­ta. C’est notre res­pon­sa­bi­li­té en tant que gou­ver­ne­ment de leur four­nir les ser­vices dont ils ont be­soin et de leur don­ner de l’es­pace pour pra­ti­quer leur culture. »

Dans une lettre adres­sée à l’As­so­cia­tion des ju­ristes d’ex­pres­sion fran­çaise de l’Al­ber­ta (AJEFA), la pre­mière mi­nistre Not­ley sou­tient qu’elle en­tend amé­lio­rer l’ac­cès aux ser­vices ju­ri­diques en fran­çais. « J’ai lu la lettre que la pre­mière mi­nistre et je suis d’ac­cord que nous en fas­sions une prio­ri­té, mais c’est aus­si notre in­ten­tion en tant que gou­ver­ne­ment d’of­frir un meilleur ac­cès à des ser­vices so­ciaux et de san­té en fran­çais. Nous sommes prêts à dis­cu­ter avec la com­mu­nau­té fran­co­phone pour en­tendre leurs be­soins », avance Da­vid Eg­gen.

L’or­ga­nisme qui sert de pont entre le gou­ver­ne­ment al­ber­tain et la com­mu­nau­té fran­co­phone, le Se­cré­ta­riat fran­co­phone, gère un bud­get d’un mil­lion trois cents mille dol­lars an­nuel­le­ment, dont la moi­tié pro­vient du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral. « Si nous dé­ci­dons d’amé­lio­rer les ser­vices aux fran­co­phones, nous al­lons faire en sorte que le bud­get soit à la hau­teur », pro­met-il, sans tou­te­fois don­ner de chiffres pré­cis.

De l’es­poir chez les Fran­co-Al­ber­tains

Le pré­sident de l’As­so­cia­tion ca­na­dienne-fran­çaise de l’Al­ber­ta (ACFA), Jean John­son, était sur place, à l’As­sem­blée lé­gis­la­tive, le 15 juin, lors du dis­cours du trône. Il en a pro­fi­té pour adres­ser la pa­role à plu­sieurs dé­pu­tés qui lui ont confié qu’ils vou­laient faire avan­cer le dos­sier du fran­çais en Al­ber­ta. Il n’a pas réus­si à dis­cu­ter avec le res­pon­sable du Se­cré­ta­riat fran­co­phone, Da­vid Eg­gen, mais il es­père avoir l’oc­ca­sion de s’as­seoir avec lui bien­tôt. « Ça m’ins­pire beau­coup de voir que plu­sieurs de nos re­pré­sen­tants re­con­naissent l’exis­tence de la com­mu­nau­té fran­co­phone en Al­ber­ta. Par contre, il ne faut pas ou­blier que les pa­roles sont belles, mais sou­hai­tons d’être éva­lués non sur des pa­roles, mais sur nos ac­tions », dit-il.

« J’ai un très grand es­poir. Avant [sous les gou­ver­ne­ments pré­cé­dents], je n’étais pas convain­cu que nous fe­rions des gains. Il faut quand même se rap­pe­ler qu’on a eu des amis au sein du gou­ver­ne­ment pro­gres­siste-conser­va­teur au fil des ans. Ça m’ins­pire de pen­ser que nous se­rons ca­pables de développer le même type de re­la­tion, sauf que nous pour­rons al­ler plus loin avec les néo-dé­mo­crates. Dès le dé­part, il y a une ou­ver­ture in­croyable de dia­logue et une ap­proche très proac­tive dans leur mes­sage », constate le pré­sident de l’ACFA. Il in­dique qu’il re­çoit dé­jà des ac­cu­sés de ré­cep­tion à ses lettres, ce qui n’ar­ri­vait ja­mais sous les pro­gres­sistes-conser­va­teurs.

Dos­siers chauds

Jean John­son veut mettre en place une po­li­tique sur les ser­vices en langue fran­çaise, comme celle qui a été adop­tée au Ma­ni­to­ba en 1989. La po­li­tique vise no­tam­ment à per­mettre aux Fran­co-Ma­ni­to­bains de cer­taines ré­gions de re­ce­voir des ser­vices gou­ver­ne­men­taux dans leur langue. Le pré­sident de l’ACFA vou­drait qu’un co­mi­té soit créé, et au­quel il par­ti­ci­pe­rait, pour ré­flé­chir à l’im­plan­ta­tion de ce genre de po­li­tique en Al­ber­ta.

Jean John­son veut d’abord par­ler avec des re­pré­sen­tants du gou­ver­ne­ment avant de dé­voi­ler pu­bli­que­ment les dé­tails de la mise en place d’une telle po­li­tique. Il pré­cise tou­te­fois que l’idée est de chan­ger des sys­tèmes dé­jà en place afin d’en fa­ci­li­ter l’ac­cès aux fran­co­phones.

En fu­rie contre Ot­ta­wa

Jean John­son dé­plore que l’Al­ber­ta, par l’en­tre­mise de son Se­cré­ta­riat fran­co­phone, re­çoive aus­si peu de fi­nan­ce­ment de la part du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral. « Quand la fran­co­pho­nie est en pleine crois­sance comme la nôtre, il faut com­prendre que la de­mande de ser­vices aug­mente en consé­quence. Nous avons droit de re­ce­voir notre juste part du gâ­teau », dé­plo­ret-il.

Le pré­sident de l’ACFA es­time que la de­mande de ser­vices en fran­çais a presque tri­plé au cours des 15 der­nières an­nées. Il es­père que le mi­nistre res­pon­sable du Se­cré­ta­riat fran­co­phone en­ta­me­ra un dia­logue avec Pa­tri­moine Ca­na­dien pour dis­cu­ter des en­jeux de la fran­co­pho­nie al­ber­taine et de­man­der un meilleur fi­nan­ce­ment.

Cause Ca­ron

« On me pose sou­vent la ques­tion à sa­voir si la cause Ca­ron ob­tient gain de cause, ça veut dire quoi pour la fran­co­pho­nie? Moi, ce que je ré­ponds, c’est “pas grand chose”. Mais ce qui va faire la dif­fé­rence, c’est notre ca­pa­ci­té à bâ­tir une re­la­tion de confiance avec les dif­fé­rents pa­liers de gou­ver­ne­ments. En d’autres mots, il faut com­men­cer avec des pro­jets qui sont réa­li­sables sans que ça coûte les yeux de la tête », lan­cet-il, en ajou­tant que son or­ga­ni­sa­tion a l’ex­per­tise pour éla­bo­rer des stra­té­gies et les mettre en place.

Jean John­son et Da­vid Eg­gen doivent se ren­con­trer au cours des pro­chains mois.

Photo : courtoisie NPD

Da­vid Eg­gen

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