Pro­jot n’éo­lion­nos à Pin­cror Crook

Un groupe de 90 pro­prié­taires fon­ciers de la ré­gion de Li­ving­stone, à en­vi­ron 150 ki­lo­mètres au sud-ouest de Cal­ga­ry, exige que le ges­tion­naire du sys­tème élec­trique de l’Al­ber­ta, Al­ber­ta Elec­tric Sys­tem Ope­ra­tor (AESO), re­vienne sur sa dé­ci­sion de cons­tr

Le Franco - - LA UNE - Meghann Dionne

D’un cô­té comme de l’autre de l’au­to­route 22, la cé­lèbre Cow­boy Trail, les prai­ries sont à perte de vue avec, en ar­riè­re­plan, à l’ouest, les mon­tagnes Ro­cheuses. Une par­tie de ce ter­ri­toire de­meure à ce jour vierge, c’est-à-dire qu’elle est cou­verte d’herbes in­di­gènes, et sert d’ha­bi­tat na­tu­rel à une va­rié­té d’es­pèces me­na­cées dans la province, in­cluant le grizz­li.

Cette ré­gion où vit un éco­sys­tème très fra­gile a aus­si un grand po­ten­tiel de pro­duc­tion d’éner­gie éo­lienne. C’est ce qu’a dé­ter­mi­né la Com­mis­sion al­ber­taine des ser­vices pu­blics, en 2009. La province avait alors nom­mé la com­pa­gnie spé­cia­li­sée dans le trans­port de l’élec- tri­ci­té, Al­ta Link, res­pon­sable de gé­rer dif­fé­rents pro­jets d’ex­pan­sion dans cette ré­gion, dont ce­lui connu sous le nom du projet de trans­mis­sion Castle Rock Ridge to Cha­pel Rock.

Si tout se passe comme pré­vu, les ré­si­dents du pe­tit vil­lage de Cow­ley et des en­vi­rons de Pin­cher Creek de­vraient voir se construire, en 2017, de nou­velles in­fra­struc­tures de fa­bri­ca­tion et de trans­port d’élec­tri­ci­té pro­duite par des éo­liennes. Le projet, qui de­vrait coû­ter entre 350 et 700 mil­lions de dol­lars, in­clut la construc­tion d’une sous-sta­tion, d’une ligne de trans­mis­sion élec­trique de 20 à 41 ki­lo­mètres de long et d’une ving­taine d’éo­liennes.

Le tra­jet de la ligne de trans­port d’éner­gie n’est pas en­core dé­ter­mi­né. La com­pa­gnie res­pon­sable de mettre en oeuvre le projet, Al­ta Link, a éta­bli quelques scé­na­rios pos­sibles, in­cluant l’op­tion où les struc­tures lon­ge­raient l’au­to­route 22, et une autre où des lignes élec­triques la tra­ver­se­raient.

Pour l’ins­tant, Al­ta Link tra­vaille à fi­na­li­ser les der­niers dé­tails pour sou­mettre sa sou­mis­sion au ges­tion­naire du sys­tème élec­trique de l’Al­ber­ta à l’au­tomne. L’en­tre­prise a te­nu plu­sieurs consul­ta­tions pu­bliques et a créé un sondage en ligne pour per­mettre aux Al­ber­tains de mieux com­prendre le projet et de s’ex­pri­mer sur le su­jet. Les Al­ber­tains ont no­tam­ment le choix entre cinq tra­jets pos­sibles et peuvent aus­si don­ner leur avis sur le type de struc­tures qu’ils pré­fèrent.

« Les ré­si­dents de cette ré­gion sont da­van­tage préoccupés par la pol­lu­tion vi­suelle que les lignes de trans­port d’élec­tri­ci­té risquent de créer. Ils ne veulent pas que ce soit en face de leurs fe­nêtres par exemple. Ils ont aus­si des in­quié­tudes con­cer­nant l’en­vi­ron­ne­ment, ils veulent s’as­su­rer que nous res­pec­tons la faune et la flore de cette ré­gion. Nous avons me­né plu­sieurs études en­vi­ron­ne­men­tales pour li­mi­ter les consé­quences sur les es­pèces ani­males et vé­gé­tales », sou­tient Peter Brod­sky, le ges­tion­naire des com­mu­ni­ca­tions pour Al-ta Link.

Pour le groupe de pro­prié­taires de la ré­gion de Li­ving­stone, ce n’est pas as­sez. « Tout ce que nous de­man­dons, c’est que la province ré­éva­lue la si­tua­tion. Le projet d’ex­pan­sion a été mis en place il y a plu­sieurs an­nées et les temps ont chan­gé de­puis. La si­tua­tion éco­no­mique est in­stable en ce mo­ment. Est-ce vrai­ment lo­gique d’al­ler de l’avant avec un projet qui pour­rait coû­ter presque quatre fois plus cher que pré­vu ? », ques­tionne le vice-pré­sident du groupe des pro­prié­taires de la ré­gion de Li­ving­stone, Bill Traf­ford. Il ajoute qu’il s’agit d’un « coin de pays vrai­ment unique qu’il faut tâ­cher de pro­té­ger ».

Mike Dei­sing, le di­rec­teur des com­mu­ni­ca­tions de l’Al­ber­ta Elec­tric Sys­tem Ope­ra­tor, rap­pelle qu’un projet d’ex­pan­sion comme ce­lui-ci aide la province à pros­pé­rer. « Les ré­si­dents de ce sec­teur bé­né­fi­cient di­rec­te­ment de ce genre de projet. Quand ils ap­puient sur l’in­ter­rup­teur pour al­lu­mer leurs lu­mières, par exemple, ils ont de l’élec­tri­ci­té sur-le-champ. Après tout, ils ne sont pas les seuls à hé­ber­ger nos ins­tal­la­tions. Il y a des com­mu­nau­tés par­tout à tra­vers la province qui sont dans la même si­tua­tion », dit-il.

Le sys­tème élec­trique de l’Al­ber­ta est cen­tra­li­sé, ce qui veut dire que toute l’éner­gie pro­duite dans les di­verses ins­tal­la­tions de la province, se re­trouve à la sta­tion cen­trale, après quoi elle est re­dis­tri­buée dans les foyers.

Un vent qui dé­coiffe

Bill Tratt­ford avoue que « le vent souffle par­fois si fort, dans les en­vi­rons de Pin­cher Creek, qu’on a du mal à res­ter de­bout ». Par consé­quent, il ad­met que sa ré­gion a du po­ten­tiel et n’est pas contre l’idée de pro­duire de l’éner­gie avec le vent.

Se­lon lui, la tech­no­lo­gie s’est ce­pen­dant énor­mé­ment amé­lio­rée de­puis que l’Al­ber­ta s’est lan­cée dans la pro­duc­tion d’éner­gie éo­lienne, et des vents un peu moins forts, ceux qui soufflent sur l’est de la province par exemple, peuvent eux aus­si pro­duire une quan­ti­té im­por­tante d’élec­tri­ci­té. Puis­qu’Al­taLink a re­je­té l’idée de construire des in­fra­struc­tures sous-ter­raines, il n’y a rien qui le fe­ra chan­ger d’avis : il ne veut pas de ce projet dans son ar­rière-cour.

À l’heure ac­tuelle, neuf pourcent de l’élec­tri­ci­té pro­duite en Al­ber­ta est gé­né­rée par l’éner- gie éo­lienne. Le char­bon et le gaz na­tu­rel, qui pro­duisent res­pec­ti­ve­ment 39 et 40 pourcent de toute l’élec­tri­ci­té consom­mée en Al­ber­ta, de­meurent les prin­ci­pales sources d’éner­gie.

Le mi­nis­tère de l’Éner­gie n’a pas vou­lu se po­si­tion­ner sur la ques­tion qui met en op­po­si­tion, d’un cô­té, la pré­ser­va­tion de la faune et la flore et de l’autre, la pro­duc­tion d’éner­gie verte. Du­rant la plus ré­cente campagne élec­to­rale pro­vin­ciale, au prin­temps der­nier, les néo-dé­mo­crates ont pro­mis de di­ver­si­fier l’éco­no­mie en in­ves­tis­sant no­tam­ment dans la pro­duc­tion d’éner­gie éo­lienne.

Photos: courtoisie Al­taLink

Éo­liennes dé­jà exis­tantes à l’ouest de Pin­cher Creek, le long de la Cow­boy Trail

Ligne de trans­mis­sion et éo­liennes dé­jà exis­tantes dans la ré­gion de Pin­cher Creek

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