ARÔMES ET SOU­VE­NIR GOUR­MANDS CHEZ MICHEL TREM­BLAY

Les ro­mans de Michel Trem­blay sont non seule­ment une fas­ci nante tra­ver­sée de son uni­vers, ils offrent aus­si un pa­no­ra­ma du pa­tri­moine cu­li­naire des Ca­na­diens fran­çais dans la pre­mière moi­tié du XXe siècle. Ces oeuvres ont ins­pi­ré à Anne For­tin un ouv

Le Franco - - ÉLECTIONS FÉDÉRALES - PAUL- FRAN­ÇOIS SYL­VESTRE Anne For­tin, Ain­si cui­si­naient les belles-soeurs dans l’oeuvre de Michel Trem­blay Une tra­ver­sée de notre pa­tri­moine cu­li­naire 1913-1963, al­bum illus­tré, Montréal, Édi­tions Flam­ma­rion et Édi­tions Leméac, 2014, 192 pages, 39,95 $.

L’au­teure iden­ti­fie les plats, les dé­taille et en donne par­fois la re­cette pour nous faire « prendre conscience de l’ef­fer­ves­cence d’une époque et du che­min par­cou­ru » en cin­quante ans. Ces plats vont du blanc-man­ger à la tour­tière de tante Mar­tha, en pas­sant par le bouilli ca­na­dien, les fèves au lard du boulanger, les oreilles de crisse, le pou­ding­chô­meur à l’érable, le ra­goût de pattes de co­chon et la soupe aux pois, pour n’en nommes que quelques-uns dont les re­cettes sont fournies.

Un plat qui jouit de plu­sieurs va­riantes est le pâ­té chi­nois. Son ori­gine est mul­tiple aus­si. Michel Trem­blay se ral­lie à la ver­sion se­lon la­quelle « les Chi­nois, construi­sant le che­min de fer trans­ca­na­dien, man­geaient du maïs ac­com­pa­gné de viande ha­chée » ; on y a ajou­té les pa­tates pi­lées.

Qui n’a pas en­ten­du par­ler des pets-de­soeur ? Rien à voir avec le petde-nonne ou sou­pir-de-nonne dé­gus­té en France. Au Ca­na­da fran­çais, il s’agit d’un des­sert confec­tion­né avec le sur­plus de pâte bri­sée uti­li­sée pour les tartes. « Après avoir abais­sé les re­tailles, on les en­duit de beurre puis on les sau­poudre de cas­so­nade ou, mieux en­core, de sucre d’érable avec un soup­çon de can­nelle ». On lui donne la forme d’un rou­leau qu’on tranche en ron­delles pour les faire do­rer au four.

On trouve pas moins de cent cin­quante ci­ta­tions des ro­mans de Trem­blay. En voi­ci une ex­traite d’Un ob­jet de beau­té (1963) : « Les as­siettes fu­mantes trônent sur la table, les ro­gnons de porc luisent par­mi les pa­tates cou­vertes de sauce – la fa­meuse sauce au thé de la grosse femme – et les pe­tits pois nu­mé­ro un. »

Grand for­mat et de re­liure car­ton­née, l’al­bum est abon­dam­ment illus­tré. Il y a des photos d’époque comme le de­li Bens ou la rô­tis­se­rie St-Hubert Bar-B-Q à Montréal en 1951. De nom­breuses an­nonces rap­pellent des marques pri­sées à l’époque (et en­core au­jourd’hui), no­tam­ment la soupe aux to­mates Camp­bell, la soupe au pou­let Lip­ton, le sain­doux Swift, le Blue Rib­bon Tea, le Paris Pâ­té et les fèves au lard Ca­tel­li.

Avec Ain­si cui­si­naient les belles-soeurs dans l’oeuvre de

Michel Trem­blay, Anne For­tin peint un de­mi-siècle d’his­toire fa­mi­liale émaillé d’arômes et de sou­ve­nirs gour­mands. Ce conte- nu de l’as­siette de nos aïeux va du me­nu quo­ti­dien aux re­pas de fêtes en pas­sant par les pri­va­tions de la guerre.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.