VERS UN SYS­TÈME DE JUS­TICE PLUS ÉQUI­TABLE, AC­CES­SIBLE ET IN­NO­VANT

Pre­nant la pa­role à Cal­ga­ry, le 14 août der­nier, à l’ou­ver­ture de la Confé­rence ju­ri­dique de l’As­so­cia­tion du Bar­reau ca­na­dien, la mi­nistre de la Jus­tice de l’Al­ber­ta, Kath­leen Gan­ley, a in­di­qué qu’elle fai­sait sa prio­ri­té de mettre en place un sys­tème de

Le Franco - - CHRONIQUE - GÉ­RARD LÉ­VESQUE le­[email protected]­pa­ti­co.ca

En tant que mi­nistre res­pon­sable des Af­faires au­toch­tones, elle était fière d'an­non­cer que le nou­veau gou­ver­ne­ment al­ber­tain avait com­men­cé l'im­por­tante tâche de mettre en oeuvre la Dé­cla­ra­tion des Na­tions Unies sur les droits des peuples au­toch­tones. À cet égard, elle a rap­pe­lé que la pre­mière mi­nistre Not­ley a de­man­dé à tous les membres du Ca­bi­net de ré­vi­ser les pré­sents pro­grammes et po­li­tiques pour iden­ti­fier les moyens de ren­con­trer les ob­jec­tifs de la Dé­cla­ra­tion.

Par cette de­mande, l'Al­ber­ta dé­montre une vo­lon­té de rendre jus­tice aux Pre­mières na­tions et exerce un lea­der­ship que les autres pro­vinces et ter­ri­toires de­vraient imi­ter.

À l'ou­ver­ture d'une ren­contre comme celle du 14 août der­nier, plu­sieurs di­gni­taires sont ap­pe­lés à prendre la pa­role mais le temps qui leur est al­loué est fort li­mi­té. Mal­heu­reu­se­ment, notre mi­nistre n'a pas eu le temps d'in­for­mer les par­ti­ci­pants d'un autre dos­sier sur le­quel notre pre­mière mi­nistre s'est pro­non­cée. Il s'agit d'un su­jet fort im­por­tant pour les membres de l'ABC et, en par­ti­cu­lier, pour les ju­ristes et les jus­ti­ciables de l'Al­ber­ta : ce­lui de l'uti­li­sa­tion des langues of­fi­cielles de­vant les tri­bu­naux de notre province.

Par coïn­ci­dence, au mois d'août 1991, alors que le Conseil du Bar­reau sié­geait éga­le­ment à Cal­ga­ry, il adop­tait une ré­so­lu­tion de­man­dant for­mel­le­ment au gou­ver­ne­ment de l'Al­ber­ta d'an­nu­ler les obs­tacles qui em­pêchent le dé­pôt de do­cu­ments en fran­çais de­vant les tri­bu­naux de l'Al­ber­ta. En 2015, cette ques­tion n'est tou­jours pas ré­glée !

Au cours de la der­nière dé­cen­nie, j'ai eu l'oc­ca­sion de dé­po­ser de­vant les tri­bu­naux de l'Al­ber­ta des do­cu­ments ré­di­gés en fran­çais. Ce fut no­tam­ment le cas lors de causes re­le­vant du droit al­ber­tain comme de causes re­le­vant de la com­pé­tence fé­dé­rale, par exemple lors d'une re­quête pour ob­te­nir un ju­ge­ment de di­vorce. Or, l'an­née der­nière, lorsque des jus­ti­ciables ont vou­lu vé­ri­fier la va­li­di­té consti­tu­tion­nelle du Rè­gle­ment 158/2013 qui éta­blit des obs­tacles à l'uti­li­sa­tion de la langue fran­çaise dans les causes de sé­cu­ri­té rou­tière, ils se sont fait dire par des fonc­tion­naires qu'on ne pou­vait plus dé­po­ser des do­cu­ments en fran­çais à moins de les dé­po­ser éga­le­ment en an­glais.

Pour contour­ner cette bar­rière à l'uti­li­sa­tion du fran­çais, les deux par­ties qui doivent re­ce­voir un avis d'une ques­tion consti­tu­tion­nelle ont été in­vi­tées à consen­tir à l'ob­ten­tion d'une or­don­nance per­met­tant, dans ce dos­sier, le dé­pôt de do­cu­ments en fran­çais. Six mois plus tard, Jus­tice Al­ber­ta re­fu­sait son consen­te­ment et, un an plus tard, après avoir de­man­dé à quelques re­prises des di­rec­tives à Ot­ta­wa, le re­pré­sen­tant de Jus­tice Ca­na­da in­di­quait que le mi­nis­tère fé­dé­ral ne pren­drait pas po­si­tion à cette étape du dos­sier.

Il a donc été né­ces­saire d'ar­gu­men­ter le droit de dé­po­ser des do­cu­ments en fran­çais de­vant les tri­bu­naux de l'Al­ber­ta, ce qui fut fait le 15 mai der­nier, en Cour du Banc de la Reine. La trans­crip­tion de cette au­dience de la cause Paquette et autres per­met de consta­ter ce qui était la po­si­tion de Jus­tice Al­ber­ta quelques jours avant l'as­ser­men­ta­tion du nou­veau gou­ver­ne­ment al­ber­tain: le dé­pôt de do­cu­ments en fran­çais ne de­vrait pas être au­to­ri­sé mais, s'il l'est, une tra­duc­tion an­glaise doit ac­com­pa­gner les do­cu­ments en fran­çais et cette tra­duc­tion doit être consi­dé­rée la ver­sion of­fi­cielle. Heu­reu­se­ment, la juge a re­je­té cette po­si­tion.

Le 12 juin der­nier, la pre­mière mi­nistre Not­ley a confir­mé par écrit qu'elle sou­hai­tait que l'Al­ber­ta de­vienne une province plus in­clu­sive grâce à une amé­lio­ra­tion de l'ac­cès à la jus­tice et à une pro­mo­tion des ser­vices ju­ri­diques en fran­çais. Comme ce dé­but d'un temps nou­veau n'a pas pu être si­gna­lé lors de la Confé­rence ju­ri­dique te­nue le mois der­nier à Cal­ga­ry, peut-être qu'un re­pré­sen­tant de notre nou­veau gou­ver­ne­ment vou­dra le faire lors du Congrès de la fran­co­pho­nie al­ber­taine le mois pro­chain à Ed­mon­ton ?

PHOTO: COURTOISIE

Kath­leen Gan­ley

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