QUEL RÔLE JOUE­RONT LES FRAN­CO­PHONES ?

Le Franco - - CRISE MIGRATOIRE - JEAN- PIERRE DU­BÉ (Fran­co­presse)

Alors que montent les pres­sions pour que le Ca­na­da ac­cueille da­van­tage de ré­fu­giés sy­riens, le dé­bat se pour­suit sur les cri­tères et le pro­ces­sus de sé­lec­tion. Les com­mu­nau­tés fran­co­phones vont- elles contri­buer à l’ef­fort ?

« Si le gou­vernent dé­cide d'aug­men­ter leurs nombres, pro­pose le mi­li­tant Ibra­hi­ma Dial­lo, il de­vrait tra­vailler de près avec les or­ga­nismes sur le ter­rain. On sait que par­mi ces Sy­riens, cer­tains sont fran­co­phones. Donc les com­mu­nau­tés fran­co­phones de­vraient être as­so­ciées à leur ac­cueil et à leur in­té­gra­tion. »

Le pré­sident de la Table na­tio­nal de concer­ta­tion com­mu­nau­taire en im­mi­gra­tion fran­co­phone s'ex­prime en son nom per­son­nel, en at­ten­dant la concer­ta­tion des membres co­or­don­née par la Fé­dé­ra­tion des com­mu­nau­tés fran­co­phones et aca­dienne. Une op­por­tu­ni­té se pré­sente, croit-il, et non seule­ment avec les ré­fu­giés sy­riens.

« Ne fai­sons pas comme avec les ré­fu­giés de la mer (boat people), lance le Ma­ni­to­bain. On n'avait pas sai­si que cer­tains com­pre­naient le fran­çais. La preuve : le Cam­bodge et le Viet­nam sont membres de la Fran­co­pho­nie. Il y a tel­le­ment de ré­fu­giés ailleurs aus­si. Notre com­pas­sion de­vrait s'étendre par­ti­cu­liè­re­ment à ceux de l'Afrique cen­trale et de l'Est. »

Quatre des 13 Ré­seaux d'im­mi­gra­tion fran­co­phone ont été contac­tés pour connaître leur ré­ac­tion à la crise des ré­fu­giés, mais ils n'ont pas ré­pon­du à l'in­vi­ta­tion.

« J'ai l'im­pres­sion que les gens com­mencent à s'or­ga­ni­ser, sug­gère Anne Ro­bi­neau, la di­rec­trice ad­jointe de l'Ins­ti­tut ca­na­dien de re­cherche sur les mi­no­ri­tés lin­guis­tiques (Uni­ver­si­té de Monc­ton). Il ne semble pas y avoir d'ac­tion concer­tée. Les gens se tournent vers les or­ga­ni­sa­tions lo­cales.

« Les ré­seaux ne se sont pas ha­bi­tuel­le­ment confron­tés à ça, sug­gère la so­cio­logue, et se sentent peut-être mal ou­tillés. Les groupes ont l'ha­bi­tude de tables et d'en­tentes. Ils se réunissent pour faire des plans, éta­blir des quo­tas en im­mi­gra­tion. Ce sont des choses bien en­ca­drées, à l'in­verse d'une si­tua­tion d'ur­gence. »

La Sy­rie a été ad­mi­nis­trée par la France de 1920 à 1946, sous un ré­gime man­da­té par la So­cié­té des Na­tions. Une in­fluence fran­çaise se fait en­core sen­tir et un nombre de fran­co­phones sont re­cen­sés par­mi les élites de Da­mas, la ca­pi­tale.

L'As­so­cia­tion ca­na­dien­ne­fran­çaise de l'Al­ber­ta a pris les de­vants. « Avec ce qui se passe en Sy­rie, es­time le pré­sident Jean John­son, nous avons un rôle à jouer. S'il y a des ré­fu­giés qui parlent le fran­çais, ça de­vient un point d'at­trac­tion pour nous et c'est notre res­pon­sa­bi­li­té de faire sa­voir au gou­ver­ne­ment fé­dé­ral que nous vou­lons les re­ce­voir.

« C'est quelque chose qui nous a sou­vent glis­sé entre les doigts, a-t-il dé­cla­ré au jour­nal Le Fran­co. Nous avons fi­na­le­ment com­pris ce que ça veut dire de s'im­pli­quer dans l'ac­cueil de ré­fu­giés. Nous avons aus­si par­lé des ser­vices pour ac­com­pa­gner ces per­sonnes-là ».

Le Nou­veau-Bruns­wick a de­man­dé au fé­dé­ral d'aug­men­ter ses quo­tas pro­vin­ciaux, fixés à 200 par an­née. La Province est d'avis que son équi­libre dé­mo­gra­phique dé­pend de l'ac­cueil de ré­fu­giés et d'im­mi­grants, mal­gré la crainte ex­pri­mée par un nombre de ci­toyens de perdre des em­plois au pro­fit des nou­veaux ar­ri­vants.

« On n'a re­çu que des com­men­taires po­si­tifs, si­gnale le di­rec­teur de l'As­so­cia­tion mul­ti­cul­tu­relle du Grand Monc­ton, Jean-Pierre Alexandre. La photo du pe­tit gar­çon (échoué sur une plage turque) a été un vrai choc. Ça a ré­veillé la conscience de tout le monde. Mais les gens ne savent pas quoi faire »

L'agence fon­dée en 1980 ac­cueille et in­tègre an­nuel­le­ment plus de 60 ré­fu­giés, grâce à son ré­seau d'une cen­taine de bénévoles. « On n'a pas en­core re­çu de Sy­riens, mais sur­tout des Afri­cains, pré­cise le di­rec­teur. On a presque at­teint notre cible pour cette an­née, mais on se­rait ca­pable de faire plus, s'ils ar­rivent dans un flot ré­gu­lier.

« On ne fait pas de dif­fé­rence (eth­nique ou re­li­gieuse) entre les ré­fu­giés, sou­tient Jean-Pierre Alexandre. « On a la ca­pa­ci­té d'ac­cueillir en 21 langues. On est ra­vis d'ai­der les fran­co­phones. Les ré­fu­giés peuvent choi­sir la langue qu'ils veulent ap­prendre en ar­ri­vant et c'est sou­vent l'an­glais. On offre aus­si l'ap­pren­tis­sage du fran­çais.

PHOTO: ARCHIVES FRAN­CO­PRESSE

Le mi­nistre fé­dé­ral de l’Im­mi­gra­tion, Ch­ris Alexan­der, a re­fu­sé d’aug­men­ter les cibles quant au nombre de ré­fu­giés, mais le gou­ver­ne­ment ten­te­ra d’ac­cé­lé­rer le pro­ces­sus de sé­lec­tion.

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