LOUISE PENNY N’A PAS ÉCRIT, MAIS PEINT SON DER­NIER RO­MAN

Le Franco - - CHEMIN CHEZ NOUS - PAUL- FRAN­ÇOIS SYL­VESTRE

Nou­veau ro­man de Louise Penny, nou­velle en­quête d’Ar­mand Ga­mache. Un long retour nous convie d’abord au my­thique vil­lage de Th­ree Pines, puis nous trans­porte à To­ron­to, dans la ré­gion de Char­le­voix et enfin le long de la Basse- Côte-Nord. Voyage géo­gra­phique, bien en­ten­du, mais sur­tout expédition dans l’uni­vers de la pein­ture.

Penny campe les fa­meux per­son­nages connus de ses lec­teurs et lec­trices, dont l’ins­pec­teur­chef de la sec­tion des ho­mi­cides de la Sû­re­té du Qué­bec, Ar­mand Ga­mache, qui est main­te­nant à la re­traite. On y re­trouve aus­si son an­cien bras droit Jean-Guy Beau­voir, les ar­tistes Cla­ra et Peter Mor­row, la li­braire Myr­na et son amie Ruth. Le per­son­nage prin­ci­pal, cette fois-ci, de­meure La Pein­ture.

Con for t a - ble­ment re­ti­ré à Th­ree Pines, Ga­mache se dit que la seule énigme à ré­soudre main­te­nant consiste à choi­sir entre le sau­mon grillé ou les pâtes au brie et au ba­si­lic, au me­nu du Bis­tro di­ri­gé par le couple gay Ga­bri et Oli­vier. Or, voi­ci que Cla­ra lui an­nonce que Peter a dis­pa­ru.

S’en­gage alors une en­quête pri­vée me­née par Cla­ra, Ar­mand, Jean-Guy et Myr­na, avec l’aide de Reine-Marie, épouse d’Ar­mand Ga­mache. Comme il s’agit d’un ro­man po­li­cier, il y a un cri­mi­nel à trou­ver et mettre der­rière les bar­reaux. Ga­mache et Beau­voir de­vront en­core une fois ten­ter « de ré­soudre le crime ori­gi­nel, le crime le plus an­cien, le crime de Caïn… le meurtre ».

Au-de­là de l’en­quête du po­li­cier Beau­voir et du dé­tec­tive pri­vé Ga­mache, le ro­man nous plonge dans une sub­tile ana­lyse de l’Art. Il est ques­tion des neuf muses (au­cune pour la pein­ture ou la sculp­ture) et du lan­gage des ar­tistes. On ap­prend que Cla­ra peint l’ami­tié, l’amour et l’es­poir, alors que Peter se concentre sur la tech­nique, sur la roue des cou­leurs, d’où l’ab­sence de substance dans ses toiles.

Le lan­gage des pein­tures est le mieux illus­tré par l’ar­tiste my­thique de Char­le­voix, Cla­rence Ga­gnon, qui «voyait la vé­ri­té et ten­tait moins de la sai­sir que de la li­bé­rer.» Louise Penny ne se gêne pas pour li­vrer par­fois des com­men­taires cin­glants comme « il n’y avait, pour un ar­tiste, qu’un seul cas de fi­gure pire que l’in­suc­cès: la réus­site d’un autre ar­tiste qu’il connais­sait ».

La ro­man­cière ex­celle dans l’art de dé­crire les bles­sures non pas phy­siques mais spi­ri­tuelles, celles qui sont in­vi­sibles, les meur­tris­sures de l’es­prit et de l’âme. On dé­couvre, en fi­li­grane, qu’il est in­utile d’ef­fec­tuer un retour après un voyage in­té­rieur si l’on ne s’est pas d’abord trou­vé soi-même.

Louise Penny a beau­coup voya­gé pour son tra­vail comme pour ses loi­sirs. Elle avoue n’avoir ja­mais vu un lit­to­ral plus ob­sé­dant que ce­lui de la Basse-Côte-Nord; quant à la ré­gion de Char­le­voix, elle écrit que ce coin du Qué­bec re­cèle « une beau­té qui dé­passe presque l’en­ten­de­ment ».

Au su­jet de Long Way Home (titre ori­gi­nal), le New York Times a écrit que l’au­teure porte « un re­gard grave sur la fra­gile bon­té de la nature hu­maine et la té­na­ci­té du mal ». Un long retour se dis­tingue dès lors des autres ro­mans de la série « Ar­mand Ga­mache en­quête ».

Ne vous at­ten­dez pas à de spec­ta­cu­laires re­bon­dis­se­ments, à de dan­ge­reuses chasses à l’homme, à de grands dé­ploie­ments po­li­ciers ou même à de simples coups de fu­sil. Non, tout est plu­tôt en nuances, en tons, comme dans une pein­ture.

Louise Penny, Un long retour, ro­man po­li­cier tra­duit de l’an­glais par Lo­ri Saint-Mar­tin et Paul Ga­gné, Montréal, Édi­tions Flam­ma­rion Qué­bec, 2015, 464 pages, 29,95 $.

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