POUR UNE RÉELLE COM­MIS­SION DES DROITS DE LA PER­SONNE DE L’AL­BER­TA

Se­lon la Cour su­prême du Ca­na­da, les droits lin­guis­tiques consti­tuent un genre bien connu de droits de la per­sonne et de­vraient être abor­dés en consé­quence.

Le Franco - - CHRONIQUE - GÉ­RARD LÉ­VESQUE le­[email protected]­pa­ti­co.ca

Dans l'ar­rêt R. c. Mer­cure, [1988] 1 RCS 234, le juge La Fo­rest a écrit : « Évi­dem­ment, je me rends compte du fait que, comme pour les autres droits de la per­sonne, les me­sures gou­ver­ne­men­tales en ma­tière de pro­tec­tion des droits lin­guis­tiques doivent ré­pondre aux exi­gences pra­tiques et re­flé­ter la nature et l'his­toire du pays. »

Sous le long règne des conser­va­teurs de l'Al­ber­ta, nous sa­vions que notre gou­ver­ne­ment pro­vin­cial ne res­pec­tait pas la ju­ris­pru­dence bien éta­blie du plus haut tri­bu­nal du pays et que les me­sures al­ber­taines en ma­tière de pro­tec­tion des droits lin­guis- tiques ne ré­pon­daient pas aux exi­gences pra­tiques et ne re­flé­taient pas la nature et l'his­toire du pays. La Com­mis­sion des droits de la per­sonne de notre province, loin d'adop­ter une in­ter­pré­ta­tion gé­né­reuse des droits lin­guis­tiques, bri­mait el­le­même les droits des jus­ti­ciables fran­co­phones.

J'en prends comme exemple la trans­crip­tion de l'au­dience du 28 juin 2007 dans le dos­sier Ca­ron c. Com­mis­sion des droits de la per­sonne de l'Al­ber­ta où la Com­mis­sion in­di­quait que, si Gilles Ca­ron vou­lait uti­li­ser le fran­çais de­vant le tri­bu­nal, c'était sa res­pon­sa­bi­li­té, à lui, de four­nir et de payer le ser­vice d'in­ter­pré­ta­tion pour l'au­dience ju­di­ciaire. La juge J. B. Veit était d'avis que cette po­si­tion de la Com­mis­sion équi­va­lait à pé­na­li­ser un jus­ti­ciable pour avoir choi­si une des deux langues des tri­bu­naux.

Puisque le gou­ver­ne­ment al­ber­tain avait né­gli­gé de pro­té­ger le droit des jus­ti­ciables d'em­ployer le fran­çais et qu'en l'es­pèce, la par­tie dé­fen­de­resse était un or­ga­nisme gou­ver­ne­men­tal, la juge or­don­na à la Com­mis­sion de four­nir et payer le ser­vice d'in­ter­pré­ta­tion. La Com­mis­sion por­ta en ap­pel cette or­don­nance. Lorsque le temps fut ve­nu de fixer une au­dience en Cour d'ap­pel de l'Al­ber­ta pour que les par­ties plaident leurs po­si­tions res­pec­tives, la Com­mis­sion dé­ci­da de re­ti­rer son ap­pel. Ain­si, au­jourd'hui, plu­sieurs se posent en­core la ques­tion: à qui, dans une cause ci­vile, re­vient-il de payer l'in­ter­pré­ta­tion lorsque les par­ties uti­lisent une langue du tri­bu­nal qui est dif­fé­rente de l'autre par­tie ?

Il est im­por­tant de no­ter le contexte dans le­quel la Com­mis­sion avait choi­si de mettre fin au che­mi­ne­ment de ce dos­sier lin­guis­tique en Cour d'ap- pel. En ef­fet, quelques se­maines au­pa­ra­vant, dans l'af­faire R. c. Poo­ran, 2011 ABPC 77, la juge Anne Brown avait rap­pe­lé que le fran­çais et l'an­glais étaient les deux langues of­fi­cielles des tri­bu­naux de l'Al­ber­ta et avait écrit que l'in­ter­pré­ta­tion res­treinte que Jus­tice Al­ber­ta ac­cor­dait au droit d'uti­li­ser le fran­çais était illo­gique, sem­blable au fait d'ap­plau­dir d'une seule main et d'en es­pé­rer du son.

Sous la di­rec­tion de notre nou­veau gou­ver­ne­ment, les po­li­tiques an­ti-fran­co­phones du gou­ver­ne­ment pré­cé­dent von­telles enfin être rem­pla­cées par des po­li­tiques conformes à notre droit et fa­vo­ri­sant l'épa­nouis­se­ment de la com­mu­nau­té fran­coal­ber­taine?

Compte te­nu de la vo­lon­té ex­pri­mée par la mi­nistre de la Jus­tice Kath­leen Gan­ley de voir à ce qu'il y ait do­ré­na­vant plus d'équi­té et d'ac­ces­si­bi­li­té, il faut en­vi­sa­ger une re­mise en ques­tion des me­sures par les­quelles l'an­cien gou­ver­ne­ment trai­tait le fran­çais comme une langue étran­gère. In­ci­dem­ment, la Com­mis­sion des droits de la per­sonne est un or­ga­nisme re­le­vant de l'au­to­ri­té de la mi­nistre Gan­ley.

Un chan­ge­ment de men­ta­li­té de la part de fonc­tion­naires, ha­bi­tués de­puis des dé­cen­nies à fonc­tion­ner dans le confort de po­li­tiques lin­guis­tiques ar­chaïques, ne semble pas en­core réa­li­sé. Quelle désa­gréable sur­prise de lire qu'une di­rec­trice ad­jointe de la Com­mis­sion des droits de la per­sonne de l'Al­ber­ta a écrit le 27 août der­nier à Gilles Ca­ron de rem­plir un for­mu­laire en langue an­glaise s'il veut que sa plainte soit étu­diée, ou de mo­ti­ver sa rai­son pour la­quelle il ne peut pas le faire en langue an­glaise:

« We have re­cei­ved your com­plaint form. Ho­we­ver, the Al­ber­ta Human Rights Com­mis­sion nor­mal­ly pro­vides ser­vices in En­glish. In par­ti­cu­lar, I note that in the past…, you have sub­mit­ted other com­plaint forms in En­glish, and you did not ex­plain why it was not pos­sible for you to do so in this case. If there are rea­sons that you are not able to pro­vide this com­plaint form in En­glish, you may wish to pro­vide those to the Com­mis­sion. Please com­plete your com­plaint form in En­glish so that we can as­sess your information.

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