EN­SEMBLE, FAI­SONS OBS­TACLE À LA VIO­LENCE

Le Franco - - ÉDUCATION FRANCOPHONE - BLAN­DINE NGO TONA Pré­si­dente de l’Alliance des femmes de la fran­co­pho­nie ca­na­dienne

La vio­lence faite aux femmes concerne tout le monde. Elle a des consé­quences dans l’en­semble de nos com­mu­nau­tés fran­co­phones et aca­diennes.

Chaque an­née, du 25 no­vembre au 10 dé­cembre, les groupes de femmes et leurs al­liés se mo­bi­lisent pour dé­non­cer ce fléau et pour rap­pe­ler ses consé­quences éco­no­miques, cultu­relles et so­ciales dans la vie des vic­times, de leurs en­fants, de leurs fa­milles et dans leurs mi­lieux de tra­vail ou d'en­ga­ge­ment. Et pour­tant, chaque an­née qui suit ap­porte son lot d'évé­ne­ments mal­heu­reux qui jus­ti­fient en­core ces 16 jours d'ac­ti­visme contre la vio­lence faite aux femmes. Vingt-six ans après les évènements de Po­ly­tech­nique, les femmes ont en­core à craindre pour leur vie, tout sim­ple­ment parce qu'elles sont des femmes. La vio­lence conju­gale, les ho­mi­cides et meurtres-sui­cides com­mis par des conjoints, la culture du viol, l'hy­per­sexua­li­sa­tion des filles, les dis­pa­ri­tions de femmes au­toch­tones et la mal­trai­tance de femmes vi­vant avec un han­di­cap tuent à pe­tit feu nos com­mu­nau­tés et les privent des riches contri­bu­tions af­fec­tives, in­tel­lec­tuelles, pro­fes­sion­nelles, éco­no­miques ou po­li­tiques des femmes et des filles qui en sont les vic­times.

La vio­lence en­vers les femmes nous coûte cher sur bien des as- pects. Bien au-de­là des dé­penses liées aux soins de san­té phy­sique et psy­cho­lo­gique pour les sur­vi­vantes et leur en­tou­rage, ou des coûts liés au sys­tème ju­di­ciaire et aux ser­vices de po­lice, pen­sons aux lourdes consé­quences de la vio­lence sur les plans so­cial et hu­main. Elle ap­pau­vrit nos com­mu­nau­tés, car ces femmes, sur­vi­vantes, tom­bées sous les coups de la vio­lence, ne sont pas que des mor­ceaux de chair rem­pla­çables. Elles ne sont pas que la fille, la conjointe, la mère, la pro­prié­té d'un tel. Elles ne sont pas un simple nu­mé­ro sur un avis de re­cherche, une image dans une mo­saïque de pho­tos de femmes au­toch­tones as­sas­si­nées. Ces femmes sont des in­gé­nieurs et des bâ­tis­seuses qui font gran­dir, épa­nouir et per­du­rer nos com­mu­nau­tés. Il est temps que nous pre­nions conscience de la perte im­mense que nos ac­tions et notre im­mo­bi­lisme nous in­fligent col­lec­ti­ve­ment et in­di­vi­duel­le­ment.

Cette an­née, l'Alliance des femmes de la fran­co­pho­nie ca­na­dienne vous in­vite à faire plus que par­ti­ci­per à une marche, plus que chan­ger votre pho­to de pro­fil sur les mé­dias so­ciaux, plus que por­ter un ma­ca­ron en signe de so­li­da­ri­té. Ces ac­tions sont louables, mais nous de­vons éga­le­ment nous in­ter­ro­ger sur notre par­ti­ci­pa­tion per­son­nelle à la per­pé­tua­tion de ce fléau qu'est la vio­lence faite aux femmes. Ne dé­tour­nons plus le re­gard, en di­sant qu'il y a des en­jeux plus im­por­tants. Ne gar­dons plus le si­lence. Ne culpa­bi­li­sons plus les vic­times en nous convain­cant qu'elles l'ont peu­têtre cher­ché. Ne mi­ni­mi­sons plus leurs souf­frances lors­qu'elles se confient ou qu'elles ré­vèlent en­fin leurs agres­sions. Et sur- tout, ne lais­sons plus la vio­lence, sous au­cune de ses in­jus­ti­fiables formes, pas­ser par nous.

La vio­lence faite aux femmes n'est pas qu'une af­faire de femmes. En­semble, nous pou­vons y mettre un terme.

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