SERGE LA­JOIE EST DE RE­TOUR AU BER­CAIL

Faits saillants - joueur

Le Franco - - LA UNE - PAR RO­NALD TREM­BLAY (COL­LA­BO­RA­TION SPÉ­CIALE)

Por­trait de Serge La­joie

En ar­got al­ber­tain, un ‘ du­gout’ est un ré­ser­voir d’eau creu­sé à même le sol qu’en­tre­tiennent les fer­miers pour pour­voir aux be­soins des ani­maux. En hi­ver, si on fait le né­ces­saire, ça peut de­ve­nir une pa­ti­noire. Pour Serge La­joie, le voyage qui a me­né du ‘ du­gout’ de la ferme fa­mi­liale à La Co­rey où il a la­cé des pa­tins pour la pre­mière fois jus­qu’à la barre de la meilleure équipe de ho­ckey uni­ver­si­taire au pays est un « suc­cès ins­tan­ta­né » qui s’étale main­te­nant sur quatre dé­cen­nies.

Lors­qu’on in­ter­viewe un an­cien joueur de ho­ckey, on s’at­tend, quelque part, à un sou­rire nos­tal­gique, peut- être même à un soup­çon de re­gret dans la voix, faute d’avoir fait le grand club, « the Show » comme disent les Amé­ri­cains lors­qu’il s’agit de ba­se­ball. Eh bien, ce n’est pas le cas ici. Car même s’il n’a pas joué dans la LNH, Serge La­joie a em­prun­té un par­cours qui fe­rait rê­ver beau­coup de Ca­na­diens, jeunes et moins jeunes.

Nom­mé ins­truc­teur-chef des Gol­den Bears de l’Uni­ver­si­té de l’Al­ber­ta à l’été 2015, La­joie pour­suit de­puis plus de 30 ans, une belle car­rière d’homme de ho­ckey. C’est un mé­tier qu’il a tou­jours abor­dé de ma­nière prag­ma­tique et ré­flé­chie, que ce soit comme joueur, comme en­sei-

UNE AFFAIRE DE FA­MILLE

« J’ai tou­jours vou­lu jouer à l’avant » ré­vèle Serge La­joie dont le hé­ros de jeu­nesse était Guy La­fleur du Ca­na­dien de Mon­tréal. Tou­te­fois, à quelques ex­cep­tions près, on l’as­signe à la ligne bleue de­puis ses an­nées Pee­wee. On a dit de lui qu’il n’avait pas le meilleur coup de pa­tin. Mais son sens de l’an­ti­ci­pa­tion en a fait – lit­té­ra­le­ment et au­tre­ment- un in­con­tour­nable à la dé­fen­sive. « J’ai tou­jours ad­mi­ré les dé­fen­seurs-of­fen­sifs comme Lar­ry Ro­bin­son, Guy La­pointe, Serge Sa­vard » lance-t-il, par­lant du ‘Big Three’ du Tri­co­lore qui a do­mi­né la ligne bleue pen­dant la dy­nas­tie de l’équipe à la fin des an­nées 1970.

Serge – tout comme le reste de la fa­mille La­joie voue un

gnant ou comme en­trai­neur.

Et s’il se prête avec plai­sir à l’exer­cice vi­sant à dres­ser son por­trait, il faut tou­te­fois le dé­jouer et le contour­ner pour se rendre au

but. S’il aime qu’on parle de lui, eh bien lui, pré­fère par­ler des autres. Lors­qu’on lui de­mande quel est son sou­ve­nir le plus cher au ho­ckey, il évoque l’an­née de cham­pion­nat des Gol­den Bears en 1992. Pour­tant, sur le plan in­di­vi­duel, sa der­nière sai­son, 1992-1993, est pres­qu’im­pos­sible à sur­pas­ser. C’est l’an­née où le ca­pi­taine des Bears a été nom­mé meilleur joueur uni­ver­si­taire ca­na­dien et ath­lète mas­cu­lin de l’An­née (U of A) en plus d’être nom­mé à la pre­mière équipe étoile de la confé­rence uni­ver­si­taire de l’Ouest. culte par­ti­cu­lier au Ca­na­dien de Mon­tréal. Que ce soit le pa­triarche Jean-Claude – lui-même un mar­queur re­dou­table au Col­lège Saint-Jean et dans la ligue com­mer­ciale à Bon­ny­ville, son frère Joël, un an­cien des Tra­ders de Fort Sas­kat­che­wan (Ju­nior A) ou en­core ses en­fants Isa­belle et Marc qui jouent au ni­veau élite chez les Ban­tam et les Pee­wee res­pec­ti­ve­ment, l’al­lé­geance à la « sainte-Fla­nelle » de­meure in­dé­fec­tible.

Chez les Gol­den Bears et chez les ‘pros’ en Al­le­magne, La­joie por­tait le nu­mé­ro « 4 » en l’hon­neur d’une autre lé­gende du Ca­na­dien, Jean Bé­li­veau.

Les an­nées de Serge La­joie dans les rangs ama­teurs ont don­né lieu à un va- et-vient ef­fré­né entre l’Al­ber­ta, la Sas­kat­che­wan et la Co­lom­bie-Bri­tan­nique. À 14 ans, alors qu’il joue avec les Ban­tam à Bon­ny­ville, il est re­pé­ré par l’or­ga­ni­sa­tion des Pats de Re­gi­na de la Ligue ju­nior ma­jeure de l’Ouest. Il pas­se­ra deux ans à Re­gi­na, évo­luant avec les High­noo­ners du cir­cuit Mid­get AA et s’en­traî­nant à l’oc­ca­sion avec les Pat Ca­na­dians (Mid­get AAA), le club ferme des Pats de Re­gi­na. Ce n’est que plus tard, avec les Bla­zers de Kam­loops, qu’il joue­ra dans la ligue ju­nior ma­jeure. Après sept matches, il dé­cide de ren­trer en Al­ber­ta et de se joindre aux Saints de Saint-Al­bert de la Ligue ju­nior A.

UNE QUES­TION D’ÉQUI­LIBRE

En 1993, Serge La­joie ob­tient un bac­ca­lau­réat en édu­ca­tion avec une spé­cia­li­sa­tion en en­traî­ne­ment spor­tif de l’Uni­ver­si­té de l’Al­ber­ta. « Le ‘Mas­ters of Coa­ching’ est l’étude du rôle de l’en­traî­neur dans le dé­ve­lop­pe­ment d’une équipe » spé­ci­fie-t-il. Ses res­pon­sa­bi­li­tés d’ins­truc­teur-chef des Gol­den Bears com­prennent d’ailleurs l’en­sei­gne­ment d’un cours en tech­nique d’en­traî­ne­ment et de di­rec­tion d’équipe à U of A.

À son re­tour d’Eu­rope en 1998 après cinq ans avec une équipe pro­fes­sion­nelle al­le­mande, il de­vient briè­ve­ment le coach des Tra­ders de Fort-Sas­kat­che­wan mais dans l’en­semble, il opte pour un vé­cu un peu plus stable. Il en­seigne dans les écoles d’im­mer­sion Frère-An­toine et Ho­ly Cross d’Ed­mon­ton, avant de pas­ser au pro­gramme ‘Sport-Études’ of­fert à l’école Don­nan et à l’Aca­dé­mie Vi­my Ridge où il en­seigne l’art du ho­ckey aux élèves de la 3e à la 9e an­née.

Un grand vi­rage en 2003 le mène à une car­rière d’en­traî­neur, tout d’abord comme ad­joint avec les Gol­den Bears puis der­rière le banc des Ooks de NAIT de la confé­rence col­lé­giale al­ber­taine. Sous Serge La­joie, NAIT rem­porte trois cham­pion­nats en cinq sai­sons. Il est élu en­traî­neur de l’an­née de la confé­rence en 2014 et en 2015. Lors­qu’Ian Her­bers quitte les Gol­den Bears après trois cham­pion­nats consé­cu­tifs pour se joindre à l’or­ga­ni­sa­tion des Oi­lers d’Ed­mon­ton, Serge La­joie de­vient le choix na­tu­rel pour pour­suivre la lan­cée vic­to­rieuse der­rière le banc. Tou­te­fois, l’équipe a per­du sept vé­té­rans après la sai­son 20142015, le des­tin de toute équipe uni­ver­si­taire. Ce­la vient sou­li­gner le tra­vail de re­cons­truc­tion qui est tou­jours en cours à ce ni­veau de com­pé­ti­tion. Une dy­nas­tie est dif­fi­cile à pré­ser­ver au ho­ckey uni­ver­si­taire.

L’OC­CA­SION DE RÉ­FLÉ­CHIR

En­vi­ron 90% des joueurs uni­ver­si­taires ca­na­diens pro­viennent du cir­cuit ju­nior ma­jeur CHL. Il s’agit de jeunes qui ont choi­si de ter­mi­ner leurs études afin de prendre une dé­ci­sion dé­fi­ni­tive sur leur car­rière. « C’est un point tour­nant (dans leur vie) et les dé­ci­sions ne sont pas évi­dentes. Mais c’est aus­si l’oc­ca­sion de se po­ser des ques­tions im­por­tantes tout en fai­sant payer ses études » somme l’en­traî­neur-chef. Jouer chez les pros de­meure tout de même une op­tion at­ti­rante. Il y a quelque temps, un an­cien des Bears a fait le saut vers une ligue mi­neure pro­fes­sion­nelle aux États-Unis.

« Nous ten­tons de le convaincre de re­ve­nir chez nous parce qu’il est en­core éli­gible (au pro­gramme uni­ver­si­taire), dit Serge La­joie. « C’est à cha­cun de se de­man­der

où est-ce que je se­rai dans cinq ans? Qu’est- ce que je fe­rai une fois ma car­rière au ho­ckey fi­nie ?

D’où l’im­por­tance d’un Plan B. » re­flète-t-il. Une car­rière dans la LNH dure en moyenne de quatre à six ans. Et mal­gré la croyance po­pu­laire, moins d’un quart de ses joueurs gagnent plus d’un mil­lion de dol­lars amé­ri­cains par an­née. (1)

In­fluen­cé par Billy Moores, son en­traî­neur chez les Gol­den Bears pen­dant quatre de ses cinq sai­sons, Serge La­joie connaît l’avan­tage de l’ap­proche di­recte avec ses joueurs : « En jouant sous Billy ( 2), j’ai ap­pris l’im­por­tance d’une bonne com­mu­ni­ca­tion et d’une bonne écoute (de l’in­di­vi­du), tou­jours avec le dé­ve­lop­pe­ment de la per­sonne comme ob­jec­tif ». C’est ce même mes­sage qu’il ren­force lors de pré­sen­ta­tions oc­ca­sion­nelles dans les cli­niques de Ho­ckey Ca­na­da. Sur la glace, l’ins­truc­teur-chef des Bears mise sur un style agres­sif axé sur la pos­ses­sion de la ron­delle. Son mo­dèle est Mike Bab­cock des Maple Leafs de To­ron­to. Dé­but fé­vrier, l’équipe pré­sen­tait une fiche de 15 vic­toires et neuf dé­faites (dont deux en sur­temps), oc­cu­pant le troi­sième rang der­rière les Hus­kies de l’Uni­ver­si­té de la Sas­kat­che­wan et les Cou­gars de l’Uni­ver­si­té Mount-Royal de Cal­ga­ry.

AVANT TOUT, LE PRÉ­SENT

La­joie ne re­grette au­cu­ne­ment de ne pas avoir fait car­rière dans la LNH. Il est tou­te­fois très heu­reux d’avoir joué chez les pro­fes­sion­nels en Eu­rope. Il a par­ti­ci­pé à un camp d’en­traî­ne­ment des Oi­lers en 1993 en tant qu’agent libre. L’équipe lui pro­pose alors un poste avec les Ad­mi­rals de Mil­wau­kee de la Ligue in­ter­na­tio­nale (IHL). Il pas­se­ra plu­tôt cinq ans avec EC Bad Nau­heim un club de pre­mière di­vi­sion en Al­le­magne. Le trai­te­ment est plus qu’hon­nête et la sai­son, courte.

Il se lais­se­ra ten­ter par la com- pé­ti­tion une der­nière fois et se joint à l’équipe de Mi­nis­tik­wan Lake de la Sas­ka Se­nior League qui se rend en fi­nale de la Coupe Al­len en 2004, rem­por­tée par une équipe de Saint-Georges de Beauce. L’équipe dé­mé­nage à Pa­ra­dise Hill (Sas­kat­che­wan) en 2004-2005.

Avec un peu d’in­sis­tance, en fin d’en­tre­tien, on ar­rive à lui sou­ti­rer qu’il ai­me­rait un jour être sol­li­ci­té pour un poste dans l’or­ga­ni­sa­tion d’un grand club. Mais on sent qu’il s’agit d’un rêve vague et que la ré­ponse est sur­tout of­ferte pour le bé­né­fice de l’in­ter­vie­weur qui cherche à bien bou­cler la boucle. Car Serge La­joie n’en a que pour le pro­chain matche. Pour lui, l’ave­nir se passe avant tout au pré­sent. (1) Jean-Fran­çois Venne, magazine Conseiller, oc­tobre 2015. (2) Billy Moores a été en­trai­neur-ad­joint puis en­trai­neur-chef des Gol­den Bears entre 1976 et 1993, puis as­sis­tant pour les Ran­gers et les Oi­lers. De­puis 2010, il est res­pon­sable du dé­ve­lop­pe­ment des joueurs pour les Oi­lers d’Ed­mon­ton.

SERGE (LÉON) LA­JOIE

• Né le 22 jan­vier 1969 à La Co­rey, Al­ber­ta • Fils de Mo­nique et Jean- Claude • Ma­rié à Kel­ly Barnes; père d’Isa­belle et de Marc • Dé­fen­seur • Six pieds - un pouce; 190 livres. • Pee­wee et Ban­tam à Bon­ny­ville, Mid­get à Re­gi­na • Ju­nior à Kam­loops (Bla­zers, WHL) et à Saint-Al­bert (Saints, Ju­nior A) • Gol­den Bears de l’Uni­ver­si­té de l’Al­ber­ta (198 par­ties) • 1er ca­pi­taine fran­co­phone; meilleur joueur uni­ver­si­taire ca­na­dien (1993) • Rangs pro­fes­sion­nel- E.C. Bad Nau­heim, Al­le­magne 1e Di­vi­sion (1993 à 1998) • Rangs se­niors - Mi­nis­tik­wan Lake /Pa­ra­dise Hill, Sas­kat­che­wan (2003-2005)

PHO­TOS GRA­CIEU­SE­TÉ DE SERGE LA­JOIE

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