FEMMES IN­VI­SIBLES

Le Franco - - CHRONIQUE - AL­LIANCE DES FEMMES DE LA FRAN­CO­PHO­NIE CA­NA­DIENNE

Le rôle des femmes dans l’épa­nouis­se­ment des com­mu­nau­tés fran­co­phones en mi­lieu mi­no­ri­taire n’est plus à dé­mon­trer : la re­cherche fé­mi­niste a de­puis long­temps dé­mon­tré qu’elles étaient des ac­trices phares «dans la trans­mis­sion de la culture du groupe» dont elles font par­tie. C’est par la fa­mille, par les ac­ti­vi­tés de loi­sirs et la vie de tous les jours que se trans­mettent la langue et la culture2. Par la conver­sa­tion à l’heure du sou­per, par la lec­ture en fran­çais aux tout-pe­tits, par la mu­sique que l’on écoute et que l’on chante. Ce n’est pas pour rien que l’ex­pres­sion «langue ma­ter­nelle» existe, rap­pe­lait la sé­na­trice Lo­sier-Co­ol en 2004.

Ce sont ces pe­tites choses qui en­tre­tiennent le dy­na­misme de la langue et de la culture; des pe­tites choses por­tées sou­vent à bout de bras, par les femmes. Dans l’ombre. Tout le tra­vail qu’elles ef­fec­tuent, pour sou­te­nir et vi­ta­li­ser les com­mu­nau­tés en tant qu’ai­dantes na­tu­relles, mères à la mai­son ou en­core bé­né­voles est in­vi­sible. Est-ce vrai­ment du tra­vail d’ailleurs, se­rait-on ten­té de se de­man­der ? D’autres dif­fi­cul­tés viennent s’ajou­ter pour ces femmes en mi­lieu mi­no­ri­taire qui doivent, en plus de faire face aux dif­fi­cul­tés in­hé­rentes à leur sexe, faire face à celles in­hé­rentes à leur langue. Pré­ju­gés en­vers les fran­co­phones, iso­le­ment, faible es­time de soi, pau­vre­té, vio­lence, en­jeux de san­té… Des dif­fi­cul­tés qui sont, elles aus­si, in­vi­sibles.

Voi­là pour­quoi il est es­sen­tiel de sou­te­nir ces femmes, de les ou­tiller et de leur don­ner des es­paces pour se res­sour­cer, se re­grou­per ou en­core se ré­fu­gier en fran­çais. D’où l’im­por­tance des or­ga­nismes qui ont pour mis­sion de dé­fendre les droits et pro­mou­voir les in­té­rêts des femmes fran­co­phones. Il n’est pas ai­sé tou­te­fois de tra­vailler à rendre vi­sible l’in­vi­sible ! Et ce­la, même aux yeux d’un gou­ver­ne­ment qui se targue de nous dire que nous sommes en 2016 !

Que pen­ser de la réelle vo­lon­té po­li­tique d’in­clu­sion à l’égard des femmes que met de l’avant ce gou­ver­ne­ment, alors qu’il me- nace constam­ment de ré­duire les sub­ven­tions que nous pei­nons à grap­piller ?

Si la Coa­li­tion des femmes de l’Al­ber­ta va­cille suite à l’an­nonce de la perte du fi­nan­ce­ment de sa pro­gram­ma­tion an­nuelle, nous ne sommes pas mieux, à l’Al­liance des femmes de la fran­co­pho­nie ca­na­dienne (AFFC). Il faut sans cesse rap­pe­ler notre per­ti­nence et les be­soins criants de nos membres ! À quand un dia­logue avec le gou­ver­ne­ment qui ne ces­se­ra de re­pro­duire la mar­gi­na­li­sa­tion et l’in­vi­si­bi­li­té des femmes fran­co­phones ca­na­diennes ? Il faut croire que cette si­tua­tion est en train de se pré­ci­pi­ter en 2016. [1] Car­di­nal, Lin­da et Ra­chel Cox, 2006. La re­pré­sen­ta­tion des femmes au sein des groupes mi­no­ri­taires. Le cas des femmes fran­co­phones vi­vant en mi­lieu mi­no­ri­taire au Ca­na­da, Les ca­hiers de la femme, vol. 25, N. 3,4, p. 91-92. [2] Steb­bins, Ro­bert A. 1993. Le style de vie fran­co­phone en mi­lieu mi­no­ri­taire, Ca­hiers fran­co-ca­na­diens de l’ouest, Vol. 5, N. 2.

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