CRÉER UN PONT ENTRE LES ÉDI­TEURS ET LES ÉDU­CA­TEURS

Le Franco - - NOS LIVRES, NOS ÉCOLES - JU­LIEN CAYOUETTE

OT­TA­WA – Un grand constat est res­sor­ti du fo­rum Nos

livres, nos écoles : la com­mu­ni­ca­tion est dé­faillante entre les res­pon­sables de la lit­té­ra­tie des conseils sco­laires de langue fran­çaise et les édi­teurs fran­co- on­ta­riens. Ils ont tous dé­sor­mais l’in­ten­tion de re­mé­dier à cette si­tua­tion.

Ce fo­rum a réuni une cin­quan­taine de dé­lé­gués des do­maines de l'édu­ca­tion et du livre de par­tout en On­ta­rio les 3 et 4 mars à Ot­ta­wa. Il a été or­ga­ni­sé conjoin­te­ment par l'As­so­cia­tion des au­teures et au­teurs de l'On­ta­rio fran­çais (AAOF) et par l'Al­liance cultu­relle de l'On­ta­rio (ACO). L'ob­jec­tif de cette ren­contre était de trou­ver les pistes qui mè­ne­ront à une plus grande pré­sence des livres fran­co-on­ta­riens dans les écoles fran­co-on­ta­riennes.

«Ce que j'ai consta­té c'est que ma porte d'en­trée dans les écoles de­vrait être les conseillers en lit­té­ra­tie», af­firme la co­or­don­na­trice gé­né­rale de l'ACO, Ca­the­rine Voyer-Léger. «De fa­çon gé­né­rale, le mi­lieu lit­té­raire ar­rive mal à com­mu­ni­quer ses nou­veau­tés et ses pro­duits au mi­lieu sco­laire, et ce, pour plein de rai­sons», pour­suit-elle.

Mme Voyer- Léger ra­conte que, lors­qu'elle tra­vaillait pour le Re­grou­pe­ment des édi­teurs ca­na­diens-fran­çais (RECF), un grand nombre de gens en édu- ca­tion qu'elle ren­con­trait dans les sa­lons du livre lui di­saient ne ja­mais avoir vu le ca­ta­logue du re­grou­pe­ment, À vos livres, pour­tant en­voyé dans beau­coup d'écoles.

«Des conseillères pé­da­go­giques nous ont avoué can­di­de­ment qu'elles ne sa­vaient même pas qu'il y avait des au­teurs vrai­ment fran­co-on­ta­riens», ren­ché­rit le pré­sident de l'AAOF, Éric Char­le­bois. « Ce n'est pas vrai que les mé­dias so­ciaux font tout, ce n'est pas vrai qu'on est connu parce qu'on parle de nous dans un jour­nal ou à Ra­dio-Ca­na­da», sou­ligne-t-il.

«On a du tra­vail à faire, il faut al­ler co­gner à la porte des conseillers pé­da­go­giques et des écoles parce qu'on s'est ren­du compte qu'ils ne de­mandent pas mieux et veulent que leurs élèves nous connaissent», af­firme M. Char­le­bois.

Mme Voyer-Léger croit que le fo­rum a per­mis de lan­cer le tra­vail en ce sens. «Il y a un réel pont qui s'est bâ­ti entre le mi­lieu lit­té­raire et les conseillers à la lit­té­ra­tie dans les conseils sco­laires», dit- elle. Une ren­contre est dé­jà pré­vue en mars entre ces deux groupes afin de pour­suivre la ré­flexion.

Chan­ge­ments au ni­veau po­li­tique

La pré­sen­ta­tion d'oeuvres fran­co-on­ta­riennes est dé­jà ins­crite dans les pro­grammes-cadres du mi­nis­tère de l'Édu­ca­tion pour les élèves de la 9e à la 12e an­née. Ce que la pré­si­dente de l'ACO a dé­cou­vert de la part des in­ter­ve­nants du mi­lieu de l'édu­ca­tion pré­sents au fo­rum, c'est qu'il est dif­fi­cile de sa­voir si cette me­sure est vrai­ment ap­pli­quée.

Une re­cherche conclue en 2010 par la pro­fes­seure de l'Uni­ver­si­té d'Ot­ta­wa, Lu­cie Hotte, a confir­mé qu'il y avait une la­cune dans la connais­sance de la lit­té­ra­ture fran­co- on­ta­rienne et que l'un des moyens d'y re­mé­dier se­rait de pas­ser par les écoles. Peu de choses semblent avoir été faites de­puis. Mme Voyer-Léger croit qu'il se­rait temps de faire une nou­velle étude pour éva­luer à quel point la me­sure des pro­grammes-cadres est res­pec­tée.

Un agent d'édu­ca­tion à la Di­rec­tion des po­li­tiques et pro­grammes d'édu­ca­tion en langue fran­çaise de l'On­ta­rio, Pierre Gre­go­ry, confirme que le mi­nis­tère de l'Édu­ca­tion n'a pas de don­nées sur ce su­jet. «Quand on parle aux gens du mi­lieu sco­laire, il semble que ce ne sont pas tous les cours de fran­çais qui dé­bouchent sur la lec­ture de ces oeuvres-là qui sont en théo­rie pres­crite par le pro­gramme-cadre», sou­ligne-t-il.

M. Gre­go­ry a par­ti­ci­pé à l'or­ga­ni­sa­tion du fo­rum et y a pré­sen­té un court ate­lier sur les ré­fé­rences à la lit­té­ra­ture fran­co-on­ta­rienne exis­tantes dans les do­cu­ments mi­nis­té­riels.

Pour le pré­sident de l'AAOF, la me­sure ins­crite dans les pro­grammes-cadres n'est pas as­sez forte ni as­sez claire. Il est donc très heu­reux d'une ré­so­lu­tion ob­te­nue à la fin du fo­rum. «On a éta­bli qu'il faut créer un front com­mun, une force de frappe, une coa­li­tion for­mée d'une dou­zaine d'in­di­vi­dus is­sus des groupes pré­sents au fo­rum afin de ma­ni­fes­ter notre pré­sence et sur­tout notre vif in­té­rêt dans la re­fonte du pro­gramme-cadre de fran­çais», sou­tient-il. «On veut pou­voir y écrire noir sur blanc et dans une ty­po­gra­phie qui a du bon sens ce que sont les au­teurs fran­co-on­ta­riens, mais sur­tout qu'ils soient in­clus dans l'en­sei­gne­ment dès l'école pri­maire.»

Il ajoute qu'il fau­drait éga­le­ment y ins­crire que les écoles doivent s'ap­pro­vi­sion­ner au­près de li­braires on­ta­riens afin d'as­su­rer l'ef­fer­ves­cence du livre fran­co-on­ta­rien et évi­ter les fer­me­tures comme la Li­brai­rie du Centre à Sud­bu­ry.

De son cô­té, M. Gre­go­ry sou­ligne que la re­fonte des pro­grammes- cadres n'est pas à l'ho­raire pour le mo­ment, mais que puis­qu'ils datent de 2008, M. Char­le­bois a pro­ba­ble­ment rai­son de vou­loir s'y pré­pa­rer.

PHO­TO : BEN­JA­MIN GAILLARD

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