À QUAND LA FIN DE LA PA­REN­THÈSE ?

RA­LEN­TIS­SE­MENT ÉCO­NO­MIQUE : NUAGE NOIR DU MAR­CHÉ DU TRA­VAIL

Le Franco - - LA UNE - MAR­TIN BOU­CHARD Jour­na­liste Ed­mon­ton

« Il ne fait au­cun doute que la chute du prix du pé­trole heurte notre éco­no­mie », a com­men­cé la pre­mière mi­nistre, dans un mes­sage té­lé­vi­sé et re­trans­mis sur la chaine YouTube du gou­ver­ne­ment au coût de 90 000 $. Si le ton se vou­lait ras­su­rant, le mes­sage, lui, est sans équi­voque. La pre­mière mi­nistre a mis carte sur table en pré­sen­tant sans ar­ti­fice les der­nières don­nées re­liées à l’em­ploi. « Le taux de chô­mage est pas­sé de 4,6 % en 2012 à 7,9 % en fé­vrier 2016 », a-t-elle dé­mon­tré. D’ailleurs, se­lon les der­nières sta­tis­tiques, la ville ca­na­dienne ayant le taux de chô­mage le plus éle­vé est Cal­ga­ry, à 8,6 %. Pour Ra­chel Not­ley, cette fâ­cheuse si­tua­tion est di­rec­te­ment liée au prix du ba­ril de pé­trole, qui a chu­té de 107,16 $ en juin 2014, à 26,21 $ en fé­vrier 2016. « Nous sommes Al­ber­tains, nous sa­vons que le prix du pé­trole va­rie, mais une telle chute, qui dure de­puis aus­si long­temps ne s’est ja­mais vue », a-t-elle in­sis­té avant de men­tion­ner que la pro­vince de­vait ab­so­lu­ment di­ver­si­fier son éco­no­mie. « L’Al­ber­ta est sim­ple­ment trop dé­pen­dante au prix du pé­trole. »

SUR LE TER­RAIN

Une telle dé­con­fi­ture éco­no­mique touche évi­dem­ment beau­coup de gens. « C’est plus ten­du que d’ha­bi­tude. La com­pé­ti­tion est plus fé­roce pour ob­te­nir un em­ploi », ex­prime Er­wan Goas­doué, co­or­don­na­teur de pro­gramme chez Connexion Car­rières à Cal­ga­ry. Il fait sa­voir que la ville de Cal­ga­ry a ré­cem­ment te­nu un sa­lon de l’em­ploi où les or­ga­ni­sa­teurs ont dû re­fu­ser de lais­ser en­trer des vi­si­teurs. «Plus de 8000 per­sonnes se sont pré­sen­tées. Ils ont été obli­gés de re­tour­ner les gens chez eux. » Ce­la dit, à Connexion Car­rière, il ap­pert que le vo­lume de clients es t

de­meu­ré stable par rap­port à l’an­née der­nière. « Je pense que nous n’avons pas en­core vu le pire. Il y a toute une vague de per­sonnes qui ces­se­ront de re­ce­voir des pres­ta­tions de chô­mage et qui at­tendent à la der­nière mi­nute avant de cher­cher un em­ploi », com­mu­nique-t-il. Aux dires du co­or­don­na­teur de pro­gramme, Cal­ga­ry est plus tou­ché par la crise que la ville d’Ed­mon­ton. Un point de vue par­ta­gé par Su­zanne Cor­neau, di­rec­trice gé­né­rale d’ac­cès•em­ploi, dans la ca­pi­tale. « Beau­coup de cols blancs de Cal­ga­ry ont été mis à pied. Des gens avec des gros sa­laires qui dé­pen­saient beau­coup », di­telle. À son avis, les res­tau­rants et les bou­tiques du centre-ville sont donc moins acha­lan­dés. « Nous ne sommes pas ha­bi­tués à voir des taux de chô­mage si éle­vés. Oui, le sec­teur du pé­trole est le plus tou­ché, mais ce­la se ré­per­cute sur tout le reste, dont les usines à Nis­ku, à Le­duc, à Ed­mon­ton, là où les pièces né­ces­saires au fo­rage à Fort Mc Mur­ray sont fa­bri­quées », dé­cline-t-elle.

PRÉ­CA­RI­TÉ POUR LES NOU­VEAUX AR­RI­VANTS

Pour Su­zanne Cor­neau, les op­tions pour les cher­cheurs d’em­ploi ne sont pas lé­gion. « Il faut ac­cep­ter des em­plois moins ré­mu­né­ra­teurs. » Elle cite en exemple le cas d ’ in­gé­nieurs ve­nant de l’ex­té­rieur du Ca­na­da. « Ils ont ré­vi­sé leurs at­tentes sa­la­riales, plus per­sonne ne s’at­tend à trou­ver un em­ploi à 30 $ ou 40 $ de l’heure », laisse-t-elle tom­ber. Pour les nou­veaux ar­ri­vants en quête d’une vie meilleure au Ca­na­da, le ra­len­tis­se­ment éco­no­mique est plus qu’un nuage noir. « Plu­sieurs n’ont pas d’as­su­rance-em­ploi. Ils n’ont presque rien pour sur­vivre », se dé­sole Georges Ba­haya, di­rec­teur gé­né­ral du Centre d’ac­cueil et d’éta­blis­se­ment Al­ber­ta-Nord. « Pour ceux qui ne parlent pas bien an­glais, c’est en­core pire, car en contexte de ra­len­tis­se­ment éco­no­mique, les com­pa­gnies sont plus poin­tilleuses sur cette ques­tion. Elles cherchent des gens qui parlent très bien an­glais », af­firme-t-il.

BI­LIN­GUISME ET EM­PLOI

Néan­moins, dans ce contexte plu­tôt sombre, le bi­lin­guisme peut être un atout pour dé­ni­cher un tra­vail. « Il faut sa­voir ca­pi­ta­li­ser sur cette force. Une des in­dus­tries qui ne souffre pas trop du ra­len­tis­se­ment éco­no­mique est le tou­risme. Dans cet en­vi­ron­ne­ment, être bi­lingue est un plus », juge Er­wan Goas­doué. D’ailleurs, au der­nier sa­lon de l’em­ploi de Connexion Car­rière, une ving­taine d’em­ployeurs pré­sents étaient à la re­cherche de ce type de clien­tèle. « Avec l’agran­dis­se­ment de l’aé­ro­port de Cal­ga­ry, les em­ployés bi­lingues sont en de­mande dans le sec­teur des douanes, de la sé­cu­ri­té et du ser­vice à la clien­tèle », conti­nue le co­or­don­na­teur de pro­gramme. Même son de cloche du cô­té du sa­lon de l’em­ploi d’ac­cès•em­ploi, où le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral re­cru­tait. ÉCLAIR­CIE EN VUE Les Al­ber­tains au­ront-ils bien­tôt droit à un ré­pit? Le dé­voi­le­ment du bud­get, le 14 avril, fe­ra part des stra­té­gies du gou­ver­ne­ment pour re­mettre l’éco­no­mie de la pro­vince sur les rails. « Nous avons créé une po­li­tique sur le cli­mat qui gé­nè­re­ra de nou­veaux em­plois et ef­fa­ce­ra tous les doutes quant à notre ap­proche en­vi­ron­ne­men­tale », a can­di­de­ment af­fir­mé Ra­chel Not­ley. Par ailleurs, pour Su­zanne Cor­neau, les in­ves­tis­se­ments en in­fra­struc­tures pro­mis par le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral vien­dront chan­ger la donne. « Beau­coup de chô­meurs pour­raient al­ler tra­vailler sur les chan­tiers de construc­tion », pense-t-elle. Le mot de la fin re­vient à Er­wan Goas­doué qui es­time que tout n’est pas noir. « Il y a en­core des suc­cess-sto­ries de gens qui trouvent du tra­vail et ar­rivent à se dé­brouiller. Quand on est bien équi­pé et qu’on y met l’ef­fort, il y a de l’es­poir. »

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