LA REN­TRÉE. OH NON, DÉJÀ…

Le Franco - - FRANCOPHONIE - LU­CAS PILLERI

C’est l’une de ces pé­riodes ré­cur­rentes dont on se pas­se­rait bien: la ren­trée. Vous avez comme moi pe­tite mine, peu de mo­ti­va­tion, du mal à po­si­ti­ver ? Pas éton­nant. Avec le mois de sep­tembre dé­barque son cor­tège de re­prises : re­prise du tra­vail, de l’école, et de l’au­tomne… avec l’hi­ver en ho­ri­zon ! Oui, la ren­trée, c’est aus­si ce mo­ment dif­fi­cile du re­tour des mau­vais jours. Pour cer­tains, ils sont sy­no­nymes d’ex­ci­ta­tion: feuilles mortes et neige molle semblent exal­ter cer­tains d’entre nous – les in­sen­sés. Mais pour le com­mun des mor­tels comme vous et moi, on ne peut se ré­soudre à la fin de l’été. Cette sai­son ad­mi­rable, dé­li­cieuse, idy­là lique. Et bien trop courte.

On en re­grette déjà la lu­mi­no­si­té tar­dive, les jour­nées en­so­leillées, et ces agréables soi­rées, chaudes et convi­viales qui ont ryth­mé nos trois der­niers mois. On dé­plore la dis­pa­ri­tion pro­gres­sive des ter­rasses et pa­tios des res­tau­rants bon­dés qu’on s’était ha­bi­tué à fré­quen­ter. Bien­tôt on pleure le jau­nis­se­ment de la na­ture, la fin des bar­be­cues, et on range les vé­los au pla­card. Et puis la cha­leur… Ah la cha­leur… Ex­quise dou­ceur qui nous a ca­jo­lés ces trois der­niers mois. A l’an­née pro­chaine! Nous te re­gret­te­rons.

Eh oui, il est déjà temps de sor­tir vestes et pulls. Même les oies sauvages ont déjà fui à grandes en­vo­lées vers des contrées plus douces. C’est dire ! Cette an­née, en par­ti­cu­lier, l’été au­ra été fur­tif avec une chute des tem­pé­ra­tures su­bite en ce dé­but de sep­tembre qui nous re­plonge déjà dans le du froid, ra­vi­vant ces ré­mi­nis­cences ter­ribles de l’hi­ver au­quel, on s’en rend compte, on ne peut dé­fi­ni­ti­ve­ment plus échap­per. Il faut bien se don­ner une rai­son.

Se don­ner une rai­son de quoi, au juste ? Après tout, la ren­trée ne de­vrait pas juste être cette pé­riode terne, morne, vide. C’est aus­si l’oc­ca­sion de faire le point. Un ré­cent son­dage mon­trait qu’en­vi­ron la moitié des Ca­na­diens consi­dèrent la ren­trée aus­si im­por­tante que le Nou­vel An pour faire des ré­so­lu­tions.

Alors, qu’avons-nous réa­li­sé ? Et, sur­tout, que sou­hai­tons-nous ac­com­plir pour les temps à ve­nir? Je li­sais un livre dont le titre, élo­quent, ré­sonne comme l’un de ces slo­gans zen à ins­pi­ra­tion boud­dhiste nous don­nant des le­çons de vie gé­né­rales : « Ce n’est pas où vous êtes au­jourd’hui qui im­porte, mais où vous vou­lez al­ler de­main ». Ce­la ré­sume bien la phi­lo­so­phie qui de­vrait pré­va­loir en ces temps de ren­trée, qu’elle soit sco­laire ou pro­fes­sion­nelle.

Où vou­lez-vous al­ler ? Que dé­si­rez-vous ? Je ne parle pas ici de dé­sir ma­té­riel bien en­ten­du. Que dé­si­rez-vous vé­ri­ta­ble­ment ? Ren­dez-vous compte : nos rêves at­tendent tou­jours, nos vraies am­bi­tions ne sont que ra­re­ment à l’ordre du jour. On a ten­dance soit à la pro­cras­ti­na­tion, soit à se lais­ser dé­pas­ser par les en­com­bre­ments de la vie quo­ti­dienne. À force, on en ou­blie nos ob­jec­tifs à long terme. Ces rêves bri­sés, ces illu­sions per­dues, ces dé­si­rs d’en­fance qu’on a de­puis long­temps en­ter­rés.

Alors, si en ce dé­but de triste sai­son, nous pre­nions le temps de nous re­cen­trer sur ce qui nous fait vi­brer, nous mo­tive et nous anime ? Qui sait, on irait peut-être jus­qu’à lan­guir l’au­tomne pro­chain.

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