LA RE­TRAITE : LE DÉ­BUT D’UNE NOU­VELLE VIE?

Le Franco - - CALGARY - PAR YAN­NICK FREYCHET

La Fé­dé­ra­tion des aî­nés fran­co-al­ber­tains (FAFA) a pré­sen­té le ven­dre­di 16 sep­tembre der­nier, à Calgary, une nou­velle confé­rence-dé­bat in­ti­tu­lée « La re­traite : le dé­but d’une nou­velle vie?». L’in­vi­ta­tion lan­cée par le confé­ren­cier du jour, M. Bo­ni­face Ba­hi, à me­ner une re­traite ac­tive et en­ga­gée a été très bien re­çue.

Comme l’avaient fait re­mar­quer quelques par­ti­ci­pants avant la confé­rence, la si­tua­tion avait quelque chose de co­casse : dans le sous-sol de l’église Sainte-Fa­mille, le pro­fes­seur Ba­hi, qui en­seigne ha­bi­tuel­le­ment l’an­thro­po­lo­gie et la so­cio­lo­gie aux étu­diants du Cam­pus St-Jean, s’ap­prê­tait à pré­sen­ter sa vi­sion de la re­traite à une tren­taine « d’ex­perts », des aî­nés fran­co­phones ayant pour la ma­jo­ri­té d’entre eux quit­té le mar­ché du tra­vail de­puis plu­sieurs an­nées. Face à ce pu­blic si­len­cieux, at­ten­tif, semblant peut-être même un peu scep­tique, M. Ba­hi com­men­ça par pro­po­ser une dé­fi­ni­tion de la re­traite, à en dé­li­mi­ter les contours, ain­si qu’à pré­sen­ter son évo­lu­tion au cours des der­nières dé­cen­nies : d’une si­tua­tion où les aî­nés ar­ri­vaient à l’âge de la re­traite ex­té­nués, n’as­pi­rant qu’à du re­pos et de la tran­quilli­té, nous se­rions pro­gres­si­ve­ment pas­sés à une si­tua­tion op­po­sée dans la­quelle les jeunes re­trai­tés, en moyenne plus édu­qués, plus à l’aise fi­nan­ciè­re­ment et en meilleure san­té, re­cher­che­raient des dé­fis sti­mu­lants pour sur­mon­ter le « deuil so­cial » que re­pré­sente l’aban­don de leur ac­ti­vi­té prin­ci­pale. M. Ba­hi, dont les exemples drôles et concrets ont ra­pi­de­ment sé­duit l’as­sis­tance, a fait re­mar­quer que tout en étant un pro­ces­sus in­évi­table et le plus sou­vent pla­ni­fié, le pas­sage à la re­traite n’en de­meure pas moins une tran­si­tion dé­li­cate. En ef­fet, la re­traite nous in­vite à re­gar­der en ar­rière, à ef­fec­tuer un bilan, à me­su­rer l’écart qui existe entre nos « pro­jets de vies » tels que nous les conce­vions étant jeunes et ce que la réa­li­té nous a im­po­sé par la suite. Il peut en ré­sul­ter des re­grets aux­quels s’ajoute, par­ti­cu­liè­re­ment au sein d’une so­cié­té qui fait l’apo­lo­gie conti­nuelle de la jeu­nesse, de la per­for­mance et de la vi­tesse, l’in­quié­tude de ne plus être utile ou va­lo­ri­sé. Comme le sou­li­gna M. Ba­hi, « nous vi­vons dans un monde d’éti­quettes et quand on perd son éti­quette, on se sent dis­qua­li­fié». Le mes­sage prin­ci­pal que vou­lait par­ta­ger M. Ba­hi était ce­pen­dant bien un mes­sage d’es­poir. À par­tir des exemples des « Villes sages » qui existent en France, au Royaume-Uni ou au Da­ne­mark, au sein des­quels des conseils de per­sonnes âgées orientent la mise en place des po­li­tiques lo­cales, ou en­core des Kib­boutz d’Is­raël, qui consti­tuent des mo­dèles du point de vue du ren­for­ce­ment des liens in­ter­gé­né­ra­tion­nels, M. Ba­hi rap­pe­la que l’« on ne perd pas toute son ex­pé­rience ou son sa­voir en ar­ri­vant à la re­traite » et de­man­da aux par­ti­ci­pants à ce qu’il n’y ait « pas de re­traite pour la ci­toyen­ne­té». Fi­na­le­ment, se ser­vantde l’ana­lo­gie qui était faite par les grecs du­rant l’an­ti­qui­té entre les différents âges de la vie et les sai­sons, M. Ba­hi nous in­vi­ta à re­mar­quer que nous étions bien pla­cés pour sa­voir que toutes les ac­ti­vi­tés ne s’ar­rêtent pas en hi­ver : « La re­traite est une oc­ca­sion pré­cieuse, no­tam­ment à tra­vers le bé­né­vo­lat, de nous re­nou­ve­ler et de ren­for­cer les liens qui nous unissent à notre conjoint, à nos en­fants, à nos pe­tits-en­fants ou en­core à notre com­mu­nau­té». Après un dé­bat riche et pas­sion­né, la soi­rée s’est conclut par un agréable vin et fro­mage pro­po­sé par le Club de l’Ami­tié de Calgary. La soi­rée a été mise en place, dans le cadre du pro­jet Ca­fé-phi­lo dé­ve­lop­pé par la FAFA en partenariat avec le Cam­pus St-Jean et grâce à l’ap­pui fi­nan­cier du Pa­tri­moine ca­na­dien, afin de sti­mu­ler l’en­vie d’ap­prendre et le lea­der­ship des adultes fran­co­phones de l’Al­ber­ta.

« LA RE­TRAITE NOUS IN­VITE À RE­GAR­DER EN AR­RIÈRE, À EF­FEC­TUER UN BILAN, À ME­SU­RER L’ÉCART QUI EXISTE ENTRE NOS PRO­JETS DE VIES LA RÉA­LI­TÉ »

- Bo­ni­face Ba­hi

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