FORT MCMURRAY: UN DÉ­BUT DOUX-AMER POUR LA GAR­DE­RIE

Voi­là en­fin une bonne nou­velle à Fort McMurray: la gar­de­rie fran­co­phone a ré­ou­vert. Mais c'est une nou­velle tein­tée de tris­tesse et de frus­tra­tion, comme nous l'a ex­pli­qué An­ge­li­na Gio­net, di­rec­trice de l'ACFA ré­gio­nale de Wood Buf­fa­lo.

Le Franco - - LA UNE - PAR SO­PHIE MUL­LER

La gar­de­rie Chez Ma­dame Pi­co­lo a ré­ou­vert le 8 sep­tembre der­nier dans des lo­caux tem­po­raires. Elle ac­cueille ac­tuel­le­ment une ving­taine d'en­fants âgés de 2 à 4 ans, soit beau­coup moins qu'avant les in­cen­dies. En­vi­ron trente fa­milles n'ont pu ob­te­nir de places et vont de­voir se ré­orien­ter vers des ser­vices de garde an­glo­phones. «On ne peut pas ré­pondre à la de­mande, et ça m'at­triste énor­mé­ment», Mme Gio­net a-t-elle confié lors d'un en­tre­tien té­lé­pho­nique.

Toute une gamme de ser­vices à re­créer

Avant la ca­tas­trophe, l'ACFA ré­gio­nale de Wood Buf­fa­lo gé­rait un ser­vice de garde pour en­fants qui com­pre­nait pou­pon­nière, gar­de­rie et halte sco­laire pour les en­fants de 6 à 12 ans. Une cin­quan­taine d’en­fants y par­ti­ci­paient. «Dé­sor­mais, tout est à re­com­men­cer», a dé­cla­ré la di­rec­trice. Les an­ciens lo­caux ayant été en­dom­ma­gés par les flammes, la gar­de­rie a été re­lo­gée dans le sous-sol d'une église. Mais l'es­pace concé­dé ne l'au­to­rise à ac­cueillir que 25 en­fants au maxi­mum, a ex­pli­qué Mme Gio­net. Une pou­pon­nière (des­ti­née aux bé­bés de moins de 20 mois) de­vrait ou­vrir pro­chai­ne­ment mais ne pour­ra of­frir que quatre places. Le ma­té­riel de l'an­cienne gar­de­rie a été ju­gé in­uti­li­sable par les com­pa­gnies d'as­su­rance, il a donc fal­lu tout ra­che­ter. Les in­dem­ni­tés d'as­su­rance ont été uti­li­sées en prio­ri­té pour équi­per la nou­velle gar­de­rie, car il est pri­mor­dial pour l'ACFA de pou­voir ve­nir en aide aux jeunes fa­milles, a sou­li­gné la re­pré­sen­tante. «Avant que la gar­de­rie ne soit créée en 2009, il y avait moins de fa­milles fran­co­phones ici», a ob­ser­vé Mme Gio­net. Ce ser­vice de garde per­met aux deux pa­rents de tra­vailler, c’est donc un fac­teur im­por­tant d’in­té­gra­tion éco­no­mique et de ré­ten­tion de l’im­mi­gra­tion fran­co­phone.

Une com­mu­nau­té dans le be­soin

Fort McMurray comp­tait en­vi­ron 14 000 fran­co­phones avant les in­cen­dies. «Main­te­nant, on ne sait plus», a in­di­qué Mme Gio­net. Mais se­lon elle, beau­coup de fa­milles sont re­ve­nues, et la plu­part sont de jeunes fa­milles qui ont de grands be­soins. «Mais notre com­mu­nau­té a été né­gli­gée», a-t-elle pour­sui­vi. Se­lon ses pro­pos, la mu­ni­ci­pa­li­té ré­gio­nale de Wood Buf­fa­lo a re­fu­sé de ren­con­trer l'ACFA après que l’or­ga­ni­sa­tion en a fait la de­mande en juillet der­nier. On a aus­si re­je­té leur de­mande pour de nou­veaux lo­caux. «La mai­rie nous a ex­pli­qué que s’ils nous ac­cor­dait de nou­veaux es­paces, ils de­vraient le faire pour tout le monde; ce qui n’est pas pos­sible», a in­di­qué Mme Gio­net. Au mo­ment où nous écri­vons, la mu­ni­ci­pa­li­té ré­gio­nale de Wood Buf­fa­lo n'a pas fait par­ve­nir de com­men­taires à ce su­jet. Le re­tour dans les an­ciens lo­caux de­vrait se faire dans le cou­rant de l’an­née 2017, mais d'ici là, nombre de fa­milles fran­co­phones vont de­voir re­non­cer à une édu­ca­tion en fran­çais pour leurs en­fants. Et ces fa­milles là, «on sait qu'on va les perdre», a dé­cla­ré la di­rec­trice.

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