AIDE À MOURRIR

Le Franco - - LA UNE - PAR JEAN-PIERRE DU­BÉ (FRANCOPRESSE)

La di­rec­tive de six dio­cèses de l’Ouest ca­na­dien ex­hor­tant les paroisses à re­fu­ser les sa­cre­ments aux de­man­deurs d’aide à mou­rir a été mal re­çue. Les évêques des 61 dio­cèses réunis fin sep­tembre gardent le cap sur l’offre, qui s’étend aux fa­milles des sui­ci­dés.

Même si elle re­jette la loi ca­na­dienne sur l’aide à mou­rir, la Confé­rence des évêques ca­tho­liques du Ca­na­da pro­pose une ap­proche de com­pas­sion aux fi­dèles qui y ont re­cours.

« Nous ne don­ne­rons pas de consignes, ex­plique Noël Si­mard, l’évêque du dio­cèse de Val­ley­field (Qué­bec). Ce n’est pas une ques­tion de re­fu­ser (d’ad­mi­nis­trer les sa­cre­ments) et ça ne veut pas dire qu’on est d’ac­cord avec l’eu­tha­na­sie.

« Quand il y a une de­mande, on ne conseille pas de mettre de l’avant un in­ter­dit, mais de voir le sens de cette dé­marche et d’ac­com­pa­gner les fa­milles. C’est une ap­proche qui consiste à ap­por­ter des pa­roles de mi­sé­ri­corde. Les fu­né­railles, c’est pour ceux qui res­tent. »

Le pro­fes­seur Boniface Bahi du Cam­pus Saint-Jean à Ed­mon­ton si­tue la po­si­tion di­plo­ma­tique des évêques dans un contexte so­cial. « On est dans le res­pect des hu­mains à cause de la Charte des droits, on est une so­cié­té de to­lé­rance qui res­pecte le juste mi­lieu. » L’an­thro­po­logue mé­di­cal rap­pelle que les ordres re­li­gieux, telles les Soeurs Grises, ont

«ON EST DANS LE RES­PECT DES HU­MAINS À CAUSE DE LA CHARTE DES DROITS, ON EST UNE SO­CIÉ­TÉ DE TO­LÉ­RANCE QUI RES­PECTE LE JUSTE MI­LIEU »

- BONIFACE BAHI

été fon­dés pour sou­la­ger la souf­france des femmes, des pauvres et des ma­lades que les ré­gimes de l’époque n’avaient pas les moyens de soi­gner.

« Les re­li­gieuses sont là sur la base de pro­tec­tion de la vie, qui est sa­crée : c’est Dieu qui la donne et qui la re­prend. Ils sont dans cette lo­gique en s’ou­vrant aux soins pal­lia­tifs. »

Se­lon Noël Si­mard, les hô­pi­taux ca­tho­liques qui pri­vi­lé­gient les soins pal­lia­tifs et re­fusent l’aide à mou­rir sont dans un di­lemme. La loi re­con­naît la li­ber­té de conscience des four­nis­seurs de ser­vices, mais im­pose aux éta­blis­se­ments le trai­te­ment des de­mandes.

« On parle d’une li­ber­té de conscience ins­ti­tu­tion­nelle, note l’an­cien auxi­liaire du dio­cèse de Sault-Sainte-Ma­rie (On­ta­rio). Il y a toute une ba­taille pour le res­pect de l’énon­cé de vi­sion des éta­blis­se­ments ca­tho­liques. »

L’As­so­cia­tion des hô­pi­taux ca­tho­liques de l’On­ta­rio a ré­cem­ment dif­fu­sé une po­li­tique in­ter­di­sant toute forme de par­ti­ci­pa­tion à l’aide à mou­rir au sein de ses 29 éta­blis­se­ments. Au Nou­veau-Bruns­wick, cinq hô­pi­taux du ré­seau de san­té Vi­ta­li­té ne four­ni­ront pas d’aide mé­di­cale à mou­rir.

La so­cié­té a beau­coup évo­lué sur la ques­tion de la mort, rap­pelle Boniface Bahi. « Pen­dant long­temps, on était dans le dé­ni de la mort. C’était un signe d’échec pour l’in­di­vi­du et la fa­mille. Main­te­nant, on cherche la lon­gé­vi­té. On ne veut pas être sur­pris par la mort. On veut la contrô­ler, même si elle a tou­jours le der­nier mot.

« On par­lait de ma­lade, ex­plique-t-il, en­suite de pa­tient, de bé­né­fi­ciaire, puis de client. On est main­te­nant dans la phase de l’ap­pro­pria­tion des soins. » Ce qui com­prend le droit de de­man­der la mort dans cer­taines condi­tions.

La Fé­dé­ra­tion des aî­nés fran­co­phones de l’Al­ber­ta a re­çu l’an­thro­po­logue mé­di­cal Boniface Bahi, du Cam­pus Saint-Jean (Ed­mon­ton), pour une confé­rence sur l’aide à mou­rir. (Pho­to : Ma­rie-Pierre Cas­ton­guay)

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