DE L’IM­MER­SION À POINTE-DEL’ÉGLISE AU HAPPY HOUR À LA FAYETTE

Le Franco - - FRANCOPHONIE - PAR JEAN-PIERRE DU­BÉ (FRANCOPRESSE)

« Ce qui m’a bou­le­ver­sée en écri­vant mon livre, lance Lau­ra Atran-Fres­co, c’est une en­quête au­près des jeunes Loui­sia­nais qui avaient étu­dié à l’Uni­ver­si­té Sainte-Anne. L’ex­pé­rience a été dé­ci­sive, ça les a ou­verts à leur propre culture. Ils voyaient que cette toute pe­tite com­mu­nau­té à des mil­liers de ki­lo­mètres de chez eux avait beau­coup de traits com­muns avec eux. Ça a créé des liens d’ami­tié avec les jeunes de la Nou­velle-Écosse et du Nou­veau-Bruns­wick.

« Ils sont re­ve­nus en Loui­siane en se di­sant qu’il ne faut ab­so­lu­ment pas qu’on perde notre culture et ils ont com­men­cé à s’en­ga­ger », ex­plique l’au­teure de l’étude Les Cadiens au pré­sent, pa­rue mi-oc­tobre. « La pro­mo­tion de la langue se fait main­te­nant dans l’es­pace pu­blic, par exemple avec les Happy Hour fran­co­phones. »

En Loui­siane, c’est par la mu­sique que la culture fran­co­phone a sur­vé­cu, sou­ligne la dé­ten­trice de deux doc­to­rats (so­cio­lo­gie à Pa­ris et études fran­co­phones à La Fayette), alors que la lit­té­ra­ture est long­temps restée si­len­cieuse. « Le pro­blème, c’est le manque de lec­to­rat fran­co­phone. Le prin­ci­pal fac­teur de la pé­ren­ni­té, c’est la mu­sique, croit-elle. Ça s’en­tend, ça se danse, ça se chante, mais on n’a pas be­soin de sa­voir écrire. La mu­sique ca­dienne a une re­nom­mée in­ter­na­tio­nale.

Il faut com­prendre que l’ar­gu­ment ma­jeur de la pro­mo­tion du fran­çais en Loui­siane est l’éco­no­mie, pour­suit la cher­cheuse. Le tourisme est es­sen­tiel et les jeunes ont un rôle im­por­tant à jouer pour l’image d’une fran­co­pho­nie au ca­rac­tère unique. Le tourisme as­sure l’ave­nir de la com­mu­nau­té fran­co­phone. C’est un cercle ver­tueux. »

Lau­ra Atran-Fres­co se dit très heu­reuse de la pu­bli­ca­tion de son livre au Ca­na­da, dans la col­lec­tion Langues of­fi­cielles et so­cié­té, des Presses de l’Uni­ver­si­té La­val. Un des pro­pos vise l’in­té­gra­tion de la Loui­siane dans la fran­co­pho­nie, en par­ti­cu­lier au Ca­na­da.

« Les Ca­na­diens fran­co­phones ne sont pas né­ces­sai­re­ment au cou­rant de ce qui se passe en Loui­siane. Mais c’est le contraire pour les Loui­sia­nais : les fran­co­phones et fran­co­philes sont tout à fait ins­pi­rés par le mo­dèle ca­na­dien. Et plu­tôt par les petites com­mu­nau­tés aca­diennes, on­ta­riennes et ma­ni­to­baines que par le Qué­bec. Les pro­grammes d’im­mer­sion française sont un des grands suc­cès chez eux. »

L’oeuvre fait le point sur l’iden­ti­té, les ins­ti­tu­tions et les re­ven­di­ca­tions ca­diennes. Elle dresse le por­trait d’une nou­velle réa­li­té, se­lon un des di­rec­teurs de la col­lec­tion, Éric Forgues, de l’Ins­ti­tut ca­na­dien de re­cherche sur les mi­no­ri­tés lin­guis­tiques.

« Chez nous, on parle de l’Aca­die po­li­tique, comme si le reste était plu­tôt cultu­rel. Je ne connais­sais pas bien les Ca­diens1. Le livre m’a fait dé­cou­vrir la di­men­sion po­li­tique et les ins­ti­tu­tions en place pour pro­té­ger la langue et la culture.

« Quand on dé­couvre l’en­ga­ge­ment po­li­tique des ac­teurs, conclut-il, on voit que la réa­li­té ca­dienne est com­plexe. Ce n’est pas mo­no­li­thique, il y a des ti­raille­ments. »

Lau­ra Atran-Fres­co parle de so­li­da­ri­té. « La Loui­siane est dans la même échelle que les autres com­mu­nau­tés mi­no­ri­taires. Dans le monde glo­ba­li­sé, plus on fait d’échanges, plus on peut s’ins­pi­rer les uns les autres et de­ve­nir plus forts. Et plus on au­ra de chances de pé­ren­ni­ser notre culture et notre his­toire. » 1En

1991, le groupe fran­co­phone de la Loui­siane a choi­si de s’iden­ti­fier comme Ca­dien au lieu de Ca­jun, avec l’or­tho­graphe et la pro­non­cia­tion an­glaises.

Doc­teure en so­cio­lo­gie (Sor­bonne Nou­velle) et en études fran­co­phones (Uni­ver­si­té de Loui­siane), Lau­ra Atran-Fres­co est pro­fes­seure ad­jointe à Ober­lin Col­lege (Ohio). « Une amie di­sait qu’on tra­vaille tou­jours dans son his­toire. Je suis d’une famille fran­co-amé­ri­caine. »

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