AUG­MEN­TA­TION DU SA­LAIRE MI­NI­MUM

Le Franco - - LA UNE - Alexan­dra de Moor Jour­na­liste Le Fran­co

Em­ployeurs ou employés, tous res­sen­ti­ront l'ef­fet de la hausse pro­gres­sive du sa­laire mi­ni­mum en Al­ber­ta. Le 1er oc­tobre der­nier, la pre­mière aug­men­ta­tion sa­la­riale a éle­vé le mon­tant ini­tial de 11,20 $ à 12,20 $. Une hausse qui n’a pas fi­ni de grim­per d’ici deux ans. Si cer­tains y sont fa­vo­rables, d'autres voient en elle un pur dan­ger pour l'éco­no­mie. Les avis sont par­ta­gés. Point sur la si­tua­tion.

Qu'en est-il de cette aug­men­ta­tion ? Éta­lée sur trois phases, elle at­tein­dra le seuil de 13,60 $ en oc­tobre 2017 pour fi­na­le­ment tracer son sillon jus­qu'à 15 $ en 2018. Les ser­veurs et les bar­mans se ver­ront ac­cor­der un sa­laire mi­ni­mum iden­tique aux autres. Un sa­laire moindre, de 10,70 $, était au­tre­fois ap­pli­cable pour ces deux mé­tiers. Il se­ra donc abo­li. Ces ajus­te­ments, se­lon le gou­ver­ne­ment pro­vin­cial, ne pour­ront être an­nu­lés ou mo­di­fiés que par le ca­bi­net ou par un pro­chain gou­ver­ne­ment élu.

PILE DANS L'IN­TÉ­RÊT DES EMPLOYÉS

« Au point de vue des clients d'Ac­cès Em­ploi, c'était es­sen­tiel. Nous avons des clients qui ont deux ou trois em­plois, car au­tre­ment ils n'ont pas suf­fi­sam­ment de re­ve­nus pour sub­ve­nir à leurs be­soins », in­dique Su­zanne Cor­neau, di­rec­trice gé­né­rale d'Ac­cès Em­ploi. Elle pré­cise que par­mi eux, beau­coup gagnent le sa­laire mi­ni­mum, et sou­vent pour un em­ploi à temps par­tiel. C'est pour­quoi elle pense que, spé­cia­le­ment pour ses clients qui ont des en­fants, il de­vient dif­fi­cile de sub­ve­nir à leurs be­soins tout en conju­guant plu­sieurs em­plois avec leur ho­raire familial. « Pour ces per­sonnes, c'est une très bonne me­sure, concède-t-elle. Mais il ne faut pas ou­blier que 12,20$ l'heure, ça ne pro­duit pas un grand re­ve­nu an­nuel. Il y a tou­jours des per­sonnes qui vivent sous le seuil de la pau­vre­té avec ce sa­laire-là. »

Se­lon une ré­cente étude de Pu­blic In­te­rest Al­ber­ta (PIA), un sa­la­rié al­ber­tain sur cinq re­çoit le sa­laire mi­ni­mum. D'ailleurs, l'étude ré­vèle que 77,1% d'entre eux ont 20 ans ou plus. Il s'agit donc d'une pro­por­tion im­por­tante, con­trai­re­ment à la pen­sée cou­rante. « J'es­père que les ci­toyens vont pou­voir mieux vivre avec cette aug­men­ta­tion de sa­laire qui entre en vi­gueur», com­mente Mme Cor­neau. Et pour­tant, un tout autre point de vue doit être consi­dé­ré.

FACE À UNE SI­TUA­TION ÉCO­NO­MIQUE DÉ­FA­VO­RABLE

À l'heure ac­tuelle, plu­sieurs fac­teurs af­fectent les en­tre­prises. «La ré­ces­sion a un im­pact consi­dé­rable », af­firme Attila Varga, pro­prié­taire d'un Co­ra Dé­jeu­ners à Cal­ga­ry et membre du CDÉA. Que ça soit dans le sec­teur du pé­trole, de la res­tau­ra­tion, de l'hô­tel­le­rie ou autres, M. Varga confirme que les com­pa­gnies su­bissent des dif­fi­cul­tés à la suite de cette crise. Il avoue qu'il com­pren­drait la per­ti­nence de la hausse si le contexte éco­no­mique était sem­blable à ce­lui de 2012 ou 2013, « mais en réa­li­té, ce n'est pas le mo­ment op­por­tun pour prendre cette me­sure », pense-t-il.

« Étant don­né que le mar­ché est très doux en en­vi­ron­ne­ment éco­no­mique, ça pro­duit une si­tua­tion où les gens tentent d'éco­no­mi­ser da­van­tage », pour­suit-il. La po­pu­la­tion ré­duit donc sa consom­ma­tion, et ce­la com­mence na­tu­rel­le­ment par les dé­penses de loi­sirs, comme le men­tionne l'en­tre­pre­neur. Pour les en­tre­prises, le ré­sul­tat est une baisse du vo­lume des ventes. « Au Co­ra, nos re­ve­nus ont en­core bais­sé cette an­née, au nombre de 13%, en com­pa­rai­son à 12% en 2015 », ren­ché­rit-il. De plus, avec le coût de la vie qui grimpe, les dé­penses des com­mer­çants ne peuvent que suivre la ca­dence. « Le prix des four­ni­tures, de la nour­ri­ture, des pro­duits de net­toyage, du trans­port, du loyer... Tout est à la hausse, sauf nos re­ve­nus », se dé­sole le pro­prié­taire du Co­ra.

En bref, les com­merces sont dé­jà dans une si­tua­tion où ils di­mi­nuent leur nombre d'employés ain­si que les heures ac­cor­dées, et où ils doivent haus­ser les prix de leurs pro­duits et ser­vices. «En ajou­tant à tout ça le fac­teur de l'aug­men­ta­tion du sa­laire mi­ni­mum, ces me­sures vont être d'au­tant plus im­por­tantes », sou­lève M. Varga.

Qui dit aug­men­ta­tion de sa­laire pour l'un, dit aug­men­ta­tion de sa­laire pour l'autre. L'ef­fet do­mi­no que va pos­si­ble­ment en­gen­drer la hausse met­tra bien des em­ployeurs dans le pé­trin. Les sa­la­riés ga­gnant à la base un sa­laire plus éle­vé ver­ront les sa­laires mi­ni­mums se his­ser non loin du leur, et ils n'ap­pré­cie­ront guère. « Mal­heu­reu­se­ment, on ne peut pas se per­mettre d'ac­cor­der une aug­men­ta­tion gé­né­rale avec la baisse de re­ve­nus ac­tuelle », ex­plique-t-il.

Le com­merce de M. Varga a dé­ci­dé d'in­for­mer le mi­nistre Lo­ri Si­gurd­son de l'im­pact que cette aug­men­ta­tion au­ra sur eux, les pro­prié­taires de res­tau­rants, et sur leurs re­ve­nus. La ré­ponse qu'on leur a don­née ? « Vous n'avez qu'à haus­ser vos prix », cite-t-il. Dans un contexte éco­no­mique fa­vo­rable, le pro­prié­taire consent que ce pour­rait être en­vi­sa­geable. « Mais dans un mo­ment où l'éco­no­mie est très faible, c'est dan­ge­reux pour une com­pa­gnie de faire grim­per ses prix ain­si, car les clients vont vite s'en rendre compte. », sou­ligne-t-il.

QUELQUES PRÉ­VI­SIONS

« Ça ne vaut pas la peine d'avoir un com­merce quand les dé­penses sont tellement éle­vées qu'il n'y a peu ou pas de pro­fit. », re­late M. Varga. Lorsque l'aug­men­ta­tion at­tein­dra les 15 $ en 2018, il croit qu'en ef­fet plu­sieurs en­tre­prises de­vront fer­mer leurs portes à la suite d'une trop forte pres­sion. Si une vague de com­merces cesse leur ac­ti­vi­té, le nombre d'em­plois va na­tu­rel­le­ment di­mi­nuer. « L'em­ployeur le plus im­por­tant en ce mo­ment, c'est les en­tre­prises pri­vées. Si on en­lève ces en­tre­prises-là, il n'y a plus d'em­plois », conclut l'en­tre­pre­neur.

« DANS UN MO­MENT OÙ L'ÉCO­NO­MIE EST TRÈS FAIBLE, C'EST DAN­GE­REUX POUR UNE COM­PA­GNIE DE FAIRE GRIM­PER SES PRIX AIN­SI, CAR LES CLIENTS VONT VITE S'EN RENDRE COMPTE »

- ATTILA VARGA

Tout compte fait, la hausse du sa­laire mi­ni­mum en­traî­ne­ra cer­tai­ne­ment des avan­tages et des in­con­vé­nients. Alors que cer­tains employés se­ront heu­reux de voir leur sa­laire aug­men­ter, d'autres ver­ront plu­tôt la du­rée de leur em­ploi s'écour­ter. Quelles se­ront les réelles ré­per­cus­sions ? À suivre.

L'aug­men­ta­tion du sa­laire mi­ni­mum en Al­ber­ta pour­ra af­fec­ter né­ga­ti­ve­ment les en­tre­prises al­ber­taines.

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