LES FRAN­CO-ONTARIENS NE SE­RONT PAS LES SEULS BÉ­NÉ­FI­CIAIRES

Le Franco - - FRANCOPHONIE - PAR JEAN-PIERRE DU­BÉ (FRANCOPRESSE)

La per­cep­tion est très ré­pan­due, à l’étran­ger ou même au Ca­na­da : les Canadiens fran­co­phones sont né­ces­sai­re­ment du Qué­bec. La ques­tion des iden­ti­tés ca­na­diennes de­vient plus nuan­cée avec l’ac­cueil de l’On­ta­rio, le 26 no­vembre, comme membre ob­ser­va­teur à l’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale de la Francophonie (OIF), lors du 16e Som­met à Ma­da­gas­car.

« Le monde sait qu’on a une francophonie au Ca­na­da », sou­ligne Ajà Bes­ler, la pré­si­dente de l’As­so­cia­tion des com­mu­nau­tés fran­co­phones d’Ot­ta­wa, « mais peut-être pas que l’On­ta­rio est le deuxième bas­sin le plus im­por­tant de fran­co­phones, après le Qué­bec. On a une culture dis­tincte. On est chan­ceux que la Pro­vince était re­pré­sen­tée par Yao, l’ar­tiste d’Ot­ta­wa (d’ori­gine to­go­laise), lors d’un spec­tacle au Som­met. »

Comp­tant 600 000 lo­cu­teurs fran­co­phones, l’On­ta­rio se joint au Qué­bec et au Nou­veau-Bruns­wick, re­con­la nus comme gou­ver­ne­ments membres de l’OIF, et au Ca­na­da, un État membre. Qu’est-ce que l’adhé­sion de l’On­ta­rio ajoute aux bé­né­fices que pro­cure dé­jà la par­ti­ci­pa­tion du Ca­na­da ? Ajà Bes­ler es­time que ce dé­ve­lop­pe­ment ren­for­ce­ra l’im­mi­gra­tion. « Les nou­veaux ar­ri­vants sont une com­po­sante très im­por­tante de la com­mu­nau­té fran­co­phone. Mais quand ils ar­rivent, ils ne savent pas qu’il y a des écoles fran­çaises. »

La di­men­sion sym­bo­lique de l’adhé­sion à l’OIF consti­tue aus­si, se­lon elle, un ap­pui stra­té­gique à la dé­si­gna­tion bi­lingue

ca­pi­tale na­tio­nale. Le pro­fes­seur Ch­ris­tophe Trais­nel, de l’École des hautes études po­li­tiques de l’Uni­ver­si­té de Monc­ton, l’af­firme aus­si. « L'On­ta­rio se targue sou­vent de la pré­sence d'une francophonie dy­na­mique. Deux gestes se­raient fort bien­ve­nus pour illus­trer cette re­con­nais­sance : la pré­sence de l'On­ta­rio sur la scène in­ter­na­tio­nale et faire d'Ot­ta­wa une ville bi­lingue.»

Le fran­çais est sou­vent vu comme une langue lo­cale, note le po­li­ti­co­logue, ce qui af­fai­blit sa di­men­sion glo­bale. Pré­sente sur les cinq conti­nents et dans la plu­part des or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales, le fran­çais est par­lé par plus de 270 mil­lions lo­cu­teurs.

« Le fran­çais est sou­vent ou­bliée par les fran­co­phones du Ca­na­da, re­marque-t-il, ob­nu­bi­lés par l'an­glais om­ni­pré­sent dans leur quo­ti­dien et leur en­vi­ron­ne­ment. Une meilleure prise de conscience du dy­na­misme de cette langue dans le monde peut per­mettre, len­te­ment, de chan­ger le sta­tut du fran­çais au Ca­na­da. »

Ch­ris­tophe Trais­nel voit l’importance de par­ti­ci­per aux di­vers fo­rums de chefs d’État por­tant no­tam­ment sur l’édu­ca­tion, la dé­mo­cra­tie et le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique. « Ces ren­contres sont sou­vent flan­quées d'ac­teurs du monde éco­no­mique, d'or­ga­nismes po­li­tiques, so­ciaux et cultu­rels : au­tant d'oc­ca­sion de faire rayon­ner les atouts de la pro­vince comme lieu pri­vi­lé­gié d'af­faires, ou d'ac­cueil de l'im­mi­gra­tion, d'entreprenariat. »

La vice-pré­si­dente de l’Alliance des Femmes de la Francophonie ca­na­dienne, Ma­rie-Stéphanie Gasse, se ré­jouit du rôle joué par Jus­tin Tru­deau pour faire connaître l’en­ver­gure du fran­çais au Ca­na­da. La ré­si­dente de Whi­te­horse fai­sait par­tie de la dé­lé­ga­tion ca­na­dienne et elle s’est en­tre­te­nue avec lui.

« Le pre­mier mi­nistre nous a par­lé du nou­veau sta­tut de l’On­ta­rio. Il en était très fier. C’est un honneur pour toutes les pro­vinces et les ter­ri­toires. Les com­mu­nau­tés fran­co­phones de par­tout vont bé­né­fi­cier de la re­pré­sen­ta­tion de l’On­ta­rio à l’OIF.»

Ma­rie-Stéphanie Grasse a été im­pres­sion­née par le dis­cours « in­croyable» de Jus­tin Tru­deau, s’af­fir­mant comme fé­mi­niste de­vant les 84 pays réunis. « Les femmes ont été mises de l’avant dans ce Som­met et la pré­sence de l’AFFC était vrai­ment à pro­pos », croit-elle. «Une des prio­ri­tés du Ca­na­da est l’ap­port des femmes au dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et de leur rôle en édu­ca­tion et droits de la per­sonne. La lutte contre les ma­riages for­cés, la vio­lence phy­sique et sexuelle, l’ex­clu­sion et la dis­cri­mi­na­tion, tout ça s’est re­flé­té dans le dis­cours de M. Tru­deau.»

L’AFFC sou­hai­te­rait se rat­ta­cher à la dé­marche ca­na­dienne de ren­for­cer la so­li­da­ri­té in­ter­na­tio­nale entre les femmes. Une ré­flexion au­ra lieu sur la na­ture de cette contri­bu­tion. La vice-pré­si­dente songe au dé­ve­lop­pe­ment d’ou­tils pour l’édu­ca­tion sexuelle des femmes, « un su­jet très ta­bou » dans nombre de pays.

Le pre­mier mi­nistre Tru­deau s’est prê­té vo­lon­tiers à l’égo-por­trait, à Ma­da­gas­car, en com­pa­gnie de la pré­si­dente de la Fé­dé­ra­tion des com­mu­nau­tés fran­co­phones et aca­dienne, Syl­viane Lan­thier.

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