LANCEMENT DU LIVRE MA­MAN NI­COLE

Le Franco - - LA UNE - HÉ­LÈNE LEQUITTE Ré­dac­trice en chef Le Fran­co

Ma­man Ni­cole n’est pas une ma­man comme les autres. De­nis Mar­tin-Cha­bot, l’au­teur de ce livre épo­nyme, a vou­lu ra­con­ter son his­toire. C’est l’his­toire vraie de Ni­cole Pa­geau. Une fran­co­phone qui au­ra tout quit­té pour ve­nir en aide à d’autres femmes; celles qui ont connu et su­bi les atro­ci­tés du gé­no­cide rwan­dais en 1994. C’est cette his­toire sur la ré­si­lience et le res­pect hu­main qu’est ve­nu par­ta­ger, le 8 dé­cembre der­nier, De­nis Mar­tin-Cha­bot à la Ci­té.

En 32 ans de jour­na­lisme, M. Mar­tin-Cha­bot au­ra rou­lé sa bosse. An­cien jour­na­liste pour Ra­dio Ca­na­da, dont 14 an­nées pas­sées en Alberta, c’est avec plai­sir que M. Cha­bot a fait le dé­pla­ce­ment de Mon­tréal pour par­ler de son livre : Ma­man Ni­cole. De­ve­nu écri­vain de­puis 2004, c’est avec la col­la­bo­ra­tion de la li­brai­rie le Car­re­four qu’il a fait son lancement à la Ro­tonde. Une ving­taine de per­sonnes a fait tout spé­cia­le­ment le dé­pla­ce­ment pour cet évè­ne­ment. Ce lancement est une pre­mière pour la pro­vince de l’Alberta. En ef­fet, le per­son­nage prin­ci­pal de ce livre, Ni­cole Pa­geau, est une femme fran­co­phone qui a tra­vaillé par le pas­sé à l’ACFA d’Edmonton, avant de faire le grand saut pour le Rwan­da.

LES CIR­CONS­TANCES

Si De­nis Mar­tin-Cha­bot l’avait ren­con­trée à quelques re­prises avant son dé­part pour l’Afrique, c’est lors d’un tour­nage en 2009, au Rwan­da, que les che­mins de l’écri­vain et de Ni­cole se sont croi­sés une fois de plus. Un ha­sard qui per­met­tra de mettre en pers­pec­tive le tra­vail de Mme Pa­geau, aux yeux de l’écri­vain. À la suite de ce pre­mier contact, De­nis Mar­tin-Cha­bot dé­ci­de­ra d’y re­tour­ner en 2012. Après avoir réa­li­sé de nom­breuses en­tre­vues et fait de nom­breuses re­cherches, c’est en 2013 que le ma­nus­crit fi­ni­ra par voir le jour.

UN CRI DU COEUR

En 2004, Ni­cole Pa­geau pos­sède dé­jà une so­lide ex­pé­rience dans le sec­teur communautaire fran­co­phone en Alberta. Cette an­née-là, elle as­siste à la com­mé­mo­ra­tion des dix ans du gé­no­cide rwan­dais, or­ga­ni­sé à l’époque par la com­mu­nau­té rwan­daise. « Lors­qu’elle a en­ten­du le sort de ces femmes, rescapées du gé­no­cide, elle était tel­le­ment fu­rieuse, tel­le­ment tou­chée qu’elle a vou­lu s’im­pli­quer », re­late M. Mar­tin-Cha­bot. Faire une dif­fé­rence et ai­der ces femmes est de­ve­nu non pas im­por­tant, mais es­sen­tiel. En 2005, Mme Pa­geau vend tout ce qu’elle pos­sède et prend un al­ler simple vers un pays dont elle ignore tout : le Rwan­da. Un dé­fi osé, avec comme seuls points de re­père la convic­tion pro­fonde et le be­soin vi­tal de ve­nir en aide à ces femmes qu’elle ne connaît pas, qui ne la connaissent pas non plus, mais avec qui elle res­sent dé­jà un lien fort. Fé­mi­niste des pre­mières heures, ce n’est pas juste la condi­tion de la femme qui l’in­ter­pelle, mais le res­pect des droits hu­mains. Un ap­pel, un cri du coeur où Ni­cole Pa­geau de­vien­dra au fil du temps Ma­man Ni­cole. Une ma­man pour d’autres ma­mans, qui pren­dra soin de ces femmes ter­ri­ble­ment meur­tries dans leur corps et dans leur âme, par l’abo­mi­na­tion de la guerre. Ni­cole Pa­geau dé­cide alors de fon­der le centre communautaire Cé­sar, en la mé­moire de Cy­riac Cé­sar, rwan­dais d’ori­gine. Un lieu où peu à peu les femmes gagnent en au­to­no­mie, « c’est un lieu de ré­con­fort, elles ap­prennent des mé­tiers de l’ar­ti­sa­nat, et gagnent un peu d’argent », ex­plique De­nis Mar­tin-Cha­bot. UN HÉ­RI­TAGE QUI RESTE

Au­jourd’hui, si le centre a fer­mé faute de fi­nan­ce­ment, le tra­vail et l’hé­ri­tage de Ni­cole Pa­geau de­meurent. Grâce à Ni­cole, ces femmes ont pu ap­prendre un mé­tier et réa­li­ser qu’elles avaient une va­leur et un rôle à jouer dans la so­cié­té.

« Ces femmes tra­vaillent dans d’autres en­droits main­te­nant, cer­taines ont ap­pris à lire et à écrire, Ni­cole a été là au bon mo­ment, au bon en­droit », pré­cise l’au­teur. Re­je­tées au­pa­ra­vant par la so­cié­té, elles ont re­cou­vert un peu de leur di­gni­té. « On n’ira pas tous au Rwan­da, mais on peut faire une dif­fé­rence dans la vie d’une per­sonne ou bien de 100 per­sonnes », conclut l’au­teur. Plus qu’un livre, Ma­man Ni­cole est un té­moi­gnage qui nous rap­pelle que le chan­ge­ment est à por­tée de main. Et comme di­sait cette cé­lèbre citation de Ma­hat­ma Gand­hi : «soyez le chan­ge­ment que vous vou­lez voir dans le monde ». Un mes­sage que Ni­cole Pa­geau au­ra ini­tié pas seule­ment à el­le­même, mais aus­si aux autres.

« LORS­QU’ELLE A EN­TEN­DU LE SORT DE CES FEMMES, RESCAPÉES DU GÉ­NO­CIDE, ELLE ÉTAIT TEL­LE­MENT FU­RIEUSE, TEL­LE­MENT TOU­CHÉE QU’ELLE A VOU­LU S’IM­PLI­QUER »

-DE­NIS MAR­TIN-CHA­BOT

L'au­teur De­nis Mar­tin-Cha­bot pré­sente son livre, Ma­man Ni­cole, dont le lancement s'est dé­rou­lé le 8 dé­cembre der­nier à la Ci­té Fran­co­phone d'Edmonton.

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