CAM­PUS ST-JEAN, LA SO­LU­TION À LA PÉNURIE D'ENSEIGNANTS

PÉNURIE D’ENSEIGNANTS

Le Franco - - LA UNE - PAR LUCAS PILLERI

Du fait de la forte de­mande tou­jours crois­sante pour les pro­grammes en im­mer­sion et les écoles de langue fran­çaise, les conseils sco­laires des dif­fé­rentes pro­vinces de l’Ouest peinent à trou­ver des enseignants com­pé­tents. Le Cam­pus Saint-Jean pour­rait ai­der à at­té­nuer la ca­rence.

« Les pro­grammes d’im­mer­sion sont pré­sen­te­ment en ex­cel­lente san­té », com­mente De­nis Fon­taine, ad­joint au doyen au Cam­pus Saint-Jean. En ef­fet, avec près de 7 000 ins­crip­tions en 2013 et jus­qu’à 18 000 élèves at­ten­dus d’ici 2030 pour la simple pro­vince de l’Al­ber­ta, le fran­çais se porte à mer­veille.

LE FRAN­ÇAIS A LE VENT EN POUPE

Cette po­pu­la­ri­té s’ex­plique no­tam­ment par le fait que les pro­grammes sont plé­bis­ci­tés par les pa­rents qui avaient pu en bé­né­fi­cier dans les an­nées 1980, date à la­quelle ils avaient été éta­blis. « Les pa­rents qui ont par­ti­ci­pé à l’im­mer­sion dans ces an­née-là connaissent la va­leur de l’en­sei­gne­ment en fran­çais et sont nos meilleurs pro­mo­teurs », re­marque De­nis Fon­taine. Les nou­velles gé­né­ra­tions sont ain­si na­tu­rel­le­ment pous­sées à in­té­grer les pro­grammes d’im­mer­sion à leur tour.

Il faut aus­si ajou­ter que l’im­mer­sion fran­çaise jouit en­core de per­cep­tions très fa­vo­rables au­près des pa­rents: « Beau­coup per­çoivent ces pro­grammes comme éli­tistes en­core au­jourd’hui, même s’ils sont ac­ces­sibles à tous », té­moigne M. Fon­taine. De plus, « nombre d’entre eux croient au bi­lin­guisme et veulent que leurs enfants puissent pro­fi­ter des mêmes enseignements », ajoute l’ad­joint au doyen.

LE DÉ­FI DU RE­CRU­TE­MENT

Il y a seule­ment deux grands centres de for­ma­tion de pro­fes­seurs en fran­çais pour tout l’Ouest du pays. D’une part, l’Uni­ver­si­té de Saint-Bo­ni­face à Win­ni­peg, qui ali­mente sur­tout les pro­vinces du Ma­ni­to­ba et de la Sas­kat­che­wan. Et, d’autre part, le Cam­pus Saint-Jean de l’Uni­ver­si­té de l’Al­ber­ta. L’ad­joint au doyen in­forme que : « Le Cam­pus Saint-Jean compte en­vi­ron 70 di­plô­més par an dans son pro­gramme, mais nous ne suf­fi­sons plus à la de­mande ».

La crise est d’au­tant plus ur­gente que ses ef­fets se font dé­jà res­sen­tir. C’est le cas no­tam­ment en Co­lom­bie-Bri­tan­nique où cer­tains pro­grammes d’im­mer­sion ont dû fer­mer par­tiel­le­ment ou tem­po­rai­re­ment. « Cer­tains pa­rents vont jus­qu’à pas­ser la nuit de­vant les écoles pour ins­crire leurs enfants aux pro­grammes », re­late De­nis Fon­taine. Et la si­tua­tion n’est pas près de chan­ger. Se­lon les pré­dic­tions, on doit s’at­tendre à des aug­men­ta­tions du nombre d’ins­crip­tions entre 150 et 200% se­lon les pro­vinces.

QUELLES SO­LU­TIONS ?

Afin de pal­lier le manque, les conseils sco­laires se tournent vers l’Est, et font du re­cru­te­ment au Qué­bec, en On­ta­rio, ou dans les Ma­ri­times. Cer­tains signent même des en­tentes avec des uni­ver­si­tés en France via le Mi­nis­tère de l’Edu­ca­tion Na­tio­nale.

L’autre so­lu­tion, c’est le Cam­pus Saint-Jean qui l’in­carne. Se­lon une étude ré­cente, le cam­pus pour­rait for­mer au moins le double du nombre ac­tuel d’enseignants, si­non plus. « Tous les étu­diants sup­plé­men­taires trou­ve­raient du tra­vail très fa­ci­le­ment », in­dique De­nis Fon­taine. « Nous sommes l’ins­ti­tu­tion la mieux pla­cée pour ré­pondre à la de­mande. Mais pour ce­la, il nous faut aug­men­ter le fi­nan­ce­ment». Un bud­get qui pour­rait ve­nir du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial et du Pa­tri­moine Ca­na­dien au ni­veau fé­dé­ral.

Fi­na­le­ment, l’ad­joint au doyen tient aus­si à si­gna­ler que l’ab­sence d’enseignants s’ex­plique éga­le­ment par le manque d’en­goue­ment de la jeu­nesse à pour­suivre des car­rières dans l’en­sei­gne­ment. Le ré­sul­tat se­lon lui d’une dé­va­lo­ri­sa­tion par la so­cié­té. « Il faut re­va­lo­ri­ser l’en­sei­gne­ment. C’est la res­pon­sa­bi­li­té de tous. Il faut pou­voir at­ti­rer les jeunes vers ce beau mé­tier. Les enseignants sont d’une im­por­tance cru­ciale pour la so­cié­té. Tout passe par l’éducation », sou­ligne-til. Ain­si, au-de­là des bud­gets re­quis, c’est aus­si le dé­sir des jeunes qu’il fau­dra s’at­te­ler à re­le­ver.

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