LE LEA­DER­SHIP AU NOM DU BIEN COM­MUN

Le Franco - - EDMONTON - PAR HÉ­LÈNE LEQUITTE

Un étu­diant du Cam­pus Saint-Jean, Tho­mas Po­mer­leau, 20 ans, a dé­ci­dé dans le cadre du pro­gramme Peter Lou­gheed Lea­der­ship Col­lege, d’ai­der à sa ma­nière des jeunes de son âge. L’or­ga­nisme Youth Em­po­werment and Sup­port Ser­vices (YESS), qui se trouve à l’en­trée du quar­tier francophone, aide ré­gu­liè­re­ment des jeunes vi­vant dans la rue. Une réa­li­té peu sou­vent par­ta­gée, qu’il fau­drait rap­por­ter à l’en­semble de la communauté.

« En tra­vaillant avec le Cam­pus Saint-Jean, on réa­li­sait qu’il y avait du monde qui dor­mait en haut de nos es­ca­liers », a re­la­té l’étu­diant, en Bac bi­lingue de com­merce. Se­lon Tho­mas Po­mer­leau, cer­tains jeunes res­taient au Cam­pus faute de lits. «Il n’y a pas tou­jours de la place à YESS », ex­plique-t-il. Voir des jeunes de son âge vivre et dor­mir de­hors, c’est dé­ran­geant, voire dé­rou­tant. « En tant que jeune je n’aime pas en voir d’autres souf­frir », ra­conte-t-il.

En pa­ral­lèle, dans le cadre du pro­gramme Peter Lou­gheed Lea­der­ship Col­lege, que Tho­mas suit, il était de­man­dé aux élèves de dé­mon­trer leur lea­der­ship en ac­tion. Le lea­der­ship ce n’est pas juste de la théo­rie, c’est aus­si al­ler de l’avant pour des si­tua­tions qui nous in­ter­pellent. Cons­cient que YESS tra­vaille au contact de ses jeunes au quo­ti­dien et leur ap­porte un sou­tien de grande né­ces­si­té, l’étu­diant a vou­lu lui aus­si contri­buer.

Tho­mas a donc réa­li­sé une ré­colte de fonds, au­près no­tam­ment des or­ga­nismes fran­co­phones de la Ci­té, d’un mon­tant de 512 dol­lars. C’est sa fa­çon à lui de faire sa part au­près des jeunes. «J’ai contac­té YESS pour vi­si­ter les lo­caux et avoir une meilleure idée de leur réa­li­té», a-t-il com­men­té. C’est donc ac­com­pa­gné de neuf autres per­sonnes de la communauté qu’il est al­lé en ap­prendre un peu plus sur leur vie. « Les portes ouvrent à 8h30, à 9h tout est rem­pli et les jeunes qui viennent ici n’ont gé­né­ra­le­ment rien man­gé », re­late Tho­mas. L’ar­gent ré­col­té per­met­tra donc de leur ache­ter des re­pas. Le centre offre 24 lits d’ur­gence, et 8 autres lits pour des périodes d’une plus longue du­rée.

DES CIBLES FA­CILES

Ce­pen­dant, ce havre de paix tem­po­raire n’at­tire pas né­ces­sai­re­ment que les jeunes. Ces der­niers sont aus­si la proie de gangs, ou bien de tra­fi­quants de drogues. Bien sou­vent, ils sta­tionnent de­vant l’éta­blis­se­ment et at­tendent que les jeunes sortent, pour pou­voir les ap­pro­cher. Ils leur offrent des ca­deaux, de la drogue, leur font croire qu’ils sont leurs amis, leur fa­mille. Et puis, vient le temps des comptes, les obli­geant ain­si à tra­vailler pour eux. Il est alors trop tard pour pou­voir re­fu­ser après. « Je sou­hai­te­rais que ces jeunes aient une voix », re­ven­dique Mme Caut­ley, di­rec­trice du YESS. Le lo­cal re­çoit en moyenne 600 jeunes par an­née. « Ces jeunes sont gé­né­ra­le­ment in­vi­sibles aux yeux des gens, jus­qu’à ce qu’ils fassent quelque chose de mal », ren­ché­rit-elle.

UNE RÉA­LI­TÉ SI LOIN ET SI PRÈS À LA FOIS

Ce­la fe­ra 35 ans au­jourd’hui que YESS existe. L’or­ga­nisme Youth Em­po­werment and Sup­port Ser­vices (YESS), est donc un or­ga­nisme de cha­ri­té. Il re­çoit des fonds du gou­ver­ne­ment, à sa­voir 22% du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial et 6% de Uni­ted Way. Mal­heu­reu­se­ment, une par­tie de ces fonds a été der­niè­re­ment cou­pée. En mars, la di­rec­trice a donc pré­vu de ren­con­trer Ra­chel Not­ley afin de par­ler des dé­fis que ren­contre l’or­ga­nisme. Se­lon Deb Caut­ley, di­rec­trice exé­cu­tive de YESS, les be­soins en ma­tière de per­son­nel sont ce qu’il y a de plus im­por­tant. « Ob­te­nir un thé­ra­peute spé­cia­li­sé dans les trau­ma­tismes de­meure cru- cial», ex­plique-t-elle. Sou­vent, cer­tains d’entre eux ont des pro­blèmes de san­té men­tale.

L’autre as­pect in­con­tour­nable dans le tra­vail de l’or­ga­nisme se­rait de re­ce­voir des fonds ré­gu­liers, pour fi­nan­cer un per­son­nel ré­gu­lier au­près des jeunes. C’est un tra­vail de longue ha­leine, car créer des liens de confiance ne va pas for­cé­ment de soi et re­quiert une pré­sence quo­ti­dienne, « si­non ils pensent qu’on les a en­core aban­don­nés», pré­cise la di­rec­trice. « Il n’y a ja­mais eu per­sonne pour eux », ajoute Deb Caut­ley.

Pour Tho­mas Po­mer­leau, at­ti­rer l’at­ten­tion de la communauté francophone sur la dé­tresse d’autres jeunes est une pre­mière ac­tion concrète vers le lea­der­ship. Car après tout, les ra­cines du lea­der­ship ne pro­vien­draient-elles pas fi­na­le­ment de notre em­pa­thie, cette ca­pa­ci­té à nous mettre à la place des autres ?

Pho­to gra­cieu­se­té.

Deb Caut­ley, la di­rec­trice exé­cu­tive de YESS, pré­sente les dor­toirs lors de la vi­site des lo­caux.

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