LES FRESQUES DE MORINVILLE ET LEGAL

Le Franco - - LA UNE - PAR LUCAS PILLERI

La ville de Legal, si­tuée au nord d’Edmonton, pos­sède la plus grosse concen­tra­tion de pein­tures mu­rales par ha­bi­tant au monde. Une si­tua­tion qui vaut à la ville son sur­nom de ca­pi­tale de la fresque. Ce sont plus de qua­rante pein­tures mu­rales que l’on peut ad­mi­rer dans les rues de Legal, tan­dis que la ville de Morinville, éta­blie à quelques ki­lo­mètres, en compte, elle, une quin­zaine. Toutes ont pour vo­ca­tion à in­for­mer sur la contri­bu­tion des fran­co­phones dans l’histoire du Ca­na­da et de la pro­vince.

La pre­mière des fresques fut réa­li­sée en 1997 par les frères Marc et Da­niel Mi­chaud, alors jeunes étu­diants en art. De­puis, ce sont des di­zaines d’ar­tistes fran­co­phones re­con­nus qui se sont suc­cé­dés : Jacques Mar­tel, Ka­ren Blan­chet, Sho­ko Cé­sar, Do­ris Cha­rest, Su­zanne Ba­ron, et bien d’autres.

RA­CON­TER L’HISTOIRE EN PEIGNANT DES HIS­TOIRES

Er­nest Chau­vet, co­or­don­na­teur à la So­cié­té Tou­ris­tique Cen­tral­ta à Legal, ex­plique que les fresques ne sont pas que de simples dé­co­ra­tions : « Chaque pein­ture ra­conte sa propre histoire ». Avec une fresque pour trente ha­bi­tants, il y en a des his­toires à ra­con­ter. Les oeuvres mu­rales dé­peignent nombre de mo­ments mar­quants de l’histoire de la ville et des fa­milles qui l’ont fon­dée: de la pré­sen­ta­tion de l’ab­bé Mo­rin, qui avait fait ve­nir 620 fa­milles en Al­ber­ta avec son an­nonce de fermes dis­po­nibles à bas prix pour ex­ploi­ta­tion en 1891, en pas­sant par le té­moi­gnage de l’im­mi­gra­tion ir­lan­daise qui avait fui la fa­mine en Eu­rope dans les an­nées 1850, à la cé­lé­bra­tion de grandes victoires contre les États-Unis des ca­na­diens-fran­çais al­liés aux sol­dats bri­tan­niques et aux Pre­mières Na­tions à la fin du 18e siècle et au dé­but du 19e, des évé­ne­ments qui ex­pliquent qu’au­jourd’hui la pro­vince n’est pas amé­ri­caine.

DES OEUVRES QUI CONSCIENTISENT EN DOU­CEUR

« Les com­men­taires des per­sonnes qui par­ti­cipent aux tour­nées de pein­tures mu­rales sont ex­trê­me­ment po­si­tifs », re­lève Er­nest Chau­vet. Les fran­co­phones ap­pré­cient ce re­tour sur l’histoire de leurs an­cêtres et, du cô­té des an­glo­phones, les oeuvres changent leur fa­çon de voir la francophonie al­ber­taine. Ces pein­tures marquent l’ou­ver­ture et éclairent la contri­bu­tion his­to­rique des fran­co­phones. « C’est pour eux une prise de conscience des dé­fis de l’éducation en fran­çais », re­marque le co­or­don­na­teur. Les écoles, elles aus­si, re­con­naissent la qua­li­té et l’im­por­tance des fresques. «Dans le cadre de pro­grammes sco­laires que nous or­ga­ni­sons, nos ef­forts sont una­ni­me­ment ap­pré­ciés », sou­ligne-t-il.

Si les oeuvres sont si ef­fi­caces, c’est pour deux rai­sons pour Er­nest Chau­vet. D’une part, la qua­li­té des pein­tures, exé­cu­tées par de grands ar­tistes ré­pu­tés et re­con­nus à tra­vers le pays. D’autre part, la di­plo­ma­tie de l’ap­proche : « ce sont des pein­tures qui n’at­taquent pas, qui pré­sentent de fa­çon douce qui nous sommes, ce que nous avons fait, c’est un moyen de pré­sen­ter l’in­for­ma­tion sans confron­ta­tion », ex­prime M. Chau­vet. Une ini­tia­tive qui per­met de je­ter un re­gard cu­rieux sur le pas­sé, dé­ta­ché de tout res­sen­ti­ment.

Les fresques peuvent être contem­plées en tout temps dans les rues de Morinville et Legal. Pour celles et ceux qui s’in­té­ressent à l’histoire et qui sou­haitent en sa­voir plus sur les su­jets évo­qués dans les pein­tures, la So­cié­té Tou­ris­tique Cen­tral­ta a dé­ve­lop­pé des livres dé­cryp­tant les fresques et ex­plo­rant en pro­fon­deur les thèmes abor­dés.

Les fresques de Morinville et Legal re­tracent l'in­fluence des fran­co­phones dans l'histoire de la pro­vince mais aus­si du Ca­na­da. Pho­to : Na­ta­lya Bu­kha­no­va

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