FRANCOPHONIE AL­BER­TAINE : UN CHOC DES CUL­TURES ?

Le Franco - - CALGARY - HÉ­LÈNE LEQUITTE Ré­dac­trice en chef Le Fran­co

Pour la pre­mière fois de­puis plu­sieurs an­nées, plu­sieurs can­di­dats briguent la pré­si­dence de l’ACFA pro­vin­ciale. Ce pre­mier chan­ge­ment se­rait-il an­non­cia­teur d’un chan­ge­ment en­core plus grand ? Ces quatre can­di­dats pos­sèdent des vi­sions, soit dia­mé­tra­le­ment op­po­sées par rap­port à la pré­si­dence ac­tuelle, soit s’ins­crivent dans sa conti­nui­té. La francophonie al­ber­taine est à la croisée des che­mins et son ave­nir se joue­ra aux pro­chaines élec­tions.

Avoir le choix entre plu­sieurs can­di­dats est tou­jours un signe de bonne san­té en ma­tière de dé­mo­cra­tie. Avec l’avè­ne­ment d’une po­li­tique de ser­vices en fran­çais, la com­mu­nau­té fran­co­phone al­ber­taine ar­rive bel et bien à un tour­nant de son his­toire. Ce­pen­dant, cette po­li­tique n’est pas en­core faite et le vi­sage de la po­pu­la­tion des fran­co­phones a gran­de­ment évo­lué. Se­lon le der­nier re­cen­se­ment de Sta­tis­tique Ca­na­da, les fran­co­phones de la pro­vince sont en­vi­ron 268 000. J’en­tends bien souvent par­ler de la ‘com­mu­nau­té’, une ter­mi­no­lo­gie lar­ge­ment vé­hi­cu­lée pour dé­si­gner une en­ti­té cultu­relle, nom­mée dans les dis­cours, évo­quées dans les conver­sa­tions, mais au fi­nal as­sez gal­vau­dée et né­bu­leuse. La com­mu­nau­té des uns cor­res­pond-elle à celle des autres ? Existe-t-il une di­cho­to­mie au sein de cette fa­meuse com­mu­nau­té ? En 2017, à quoi res­sem­blet-elle ? Qui est-elle ? C’est cette sé­rie de ques­tions, po­sées en ra­fale, qui re­vient sans ar­rêt sur la table.

LES DEUX VI­SAGES DE LA COM­MU­NAU­TÉ

D’un cô­té, il y a une com­mu­nau­té dite d’ac­cueil, celle des fon­da­teurs et des chefs de file dont les noms fi­gurent sur la fa­çade d’un ins­ti­tut, d’une école, d’une salle de cours ou d’une salle de ré­cep­tion, voire même d’une ré­com­pense - Guy La­combe, Georges Arès, Mau­rice La­val­lée... C’est ce noyau qui a vu et connu le jour­nal La Sur­vi­vance, avant de de­ve­nir le jour­nal Le Fran­co. Entre temps, c’est cette même com­mu­nau­té qui voit ses rangs s’ame­nui­ser, qui as­siste im­puis­sant à l’exode ru­ral des jeunes et qui voit s’ac­cé­lé­rer son vieillis­se­ment. De l’autre cô­té, l’ar­ri­vée de jeunes fa­milles, is­sues de pays fran­co­phones di­verses et va­riés. C’est une francophonie mé­tis­sée, co­lo­rée et pleine d’es­poir. Cette éner­gie est né­ces­saire au re­nou­vel­le­ment du fran­çais, mais aus­si de la po­pu­la­tion même des fran­co­phones de la pro­vince. Cette tranche de la po­pu­la­tion manque certes par­fois d’ex­pé­rience, mais cherche à s’adap­ter et se faire ac­cep­ter.

LE VOTE

D’un point de vue quan­ti­ta­tif, pour cer­tains la com­mu­nau­té ré­side dans les 2 000 et quelques membres de l’ACFA pro­vin­ciale. Or, la com­mu­nau­té ne se ré­sume pas aux membres. Pour beau­coup, elle s’ins­crit dans un en­semble plus large, à sa­voir ces 268 000 fran­co­phones re­cen­sés en Alberta. D’ailleurs, la grande ques­tion à l’ap­proche de ces élec­tions est : qui vote réel­le­ment et qui ce vote re­pré­sente-t-il ? Estce une por­tion re­pré­sen­ta­tive des 268 000 qui s’ex­pri­me­ra lors du scru­tin ou une mi­no­ri­té de membres ins­crits à l’ACFA pro­vin­ciale ? Ce qui fait tout une dif­fé­rence quant au ré­sul­tat de ces élec­tions et de sa por­tée. Au-de­là des dé­fi­ni­tions et des vi­sions per­son­nelles sur la no­tion de ‘com­mu­nau­té’, l’hé­ri­tage et l’ave­nir de la francophonie al­ber­taine se­raient-ils comme l’eau et l’huile, une com­bi­nai­son im­pos­sible, ou peuvent-ils se ré­con­ci­lier ? L’uni­té dans la di­ver­si­té, c’est le dé­fi qui de­vra être re­le­vé dans les pro­chaines an­nées si la com­mu­nau­té, au sens large, veut con­ti­nuer à pros­pé­rer.

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