UN THRIL­LER PRI­MÉ MULTIPLIE REBONDISSEMENTS ET CAFOUILLAGES

Le Franco - - FRANCOPHONIE - PAR PAUL-FRAN­ÇOIS SYLVESTRE

L’écri­vain fran­çais Vincent Hauuy, éta­bli au Qué­bec, a écrit Le Tri­cycle rouge et a rem­por­té le Prix Mi­chel-Mus­si du meilleur thril­ler fran­çais. Il s’agit d’un pre­mier ro­man où un meurtre n’at­tend pas l’autre, tan­tôt dans le Ver­mont, tan­tôt au Qué­bec. Il ne faut pas avoir peur des ca­davres, les vi­vants sont bien plus ef­frayants. Avec près de 500 pages, ce ro­man multiplie les rebondissements et en­tre­mêlent al­lè­gre­ment les sous-in­trigues. Ce n’est qu’à la page 460 qu’on com­prend le lien avec le titre du ro­man. Mais on ne tarde pas à com­prendre qu’« il y a plus der­rière ces meurtres que le tableau de chasse d’un tueur psy­cho­pathe, co­py­cat ou non ». Le tueur est ap­pe­lé le Dé­mon du Ver­mont. Cer­tains de ses meurtres font l’ob­jet de mises en scène qui ren­voient à des « princes de l’en­fer » comme Bel­phé­gor, Bé­lial ou Bel­zé­buth. Deux po­li­ciers, l’un du Ver­mont, l’autre du Qué­bec, cherchent à trou­ver la vé­ri­té et n’hé­sitent pas à ma­nier la du­pe­rie ou le men­songe. Le per­son­nage prin­ci­pal n’est pas le tueur ou un po­li­cier. Noah Wal­lace est un brillant pro­fi­leur de­ve­nu un homme usé de­puis la mort de son épouse. Il trempe dans un uni­vers pois­seux plein d’his­toires sor­dides. En rai­son de son pas­sé trouble – c’est le moins que l’on puisse dire –, Noah a peur de lui­même, de ce qu’il au­rait fait dans son en­fance et de ce qu’il pour­rait faire main­te­nant. L’au­teur prend plai­sir à mul­ti­plier le nombre de per­son­nages dans son ro­man, mais ne les étoffe pas au ni­veau psy­cho­lo­gique. On a par­fois l’im­pres­sion qu’il a col­lé les scé­na­rios de deux ou trois ro­mans pour rendre son thril­ler plus ori­gi­nal. Il aime aus­si col­ler des mots rares comme obom­bré, cas­ca­telle, ada­man­tine, agé­laste, ca­li­gi­neux, vé­sa­nie et j’en passe. Le Tri­cycle rouge ren­ferme des scènes de vio­lence et de cruau­tés in­ouïes. Noah Wal­lace cô­toie constam­ment la vio­lence. « C’est son quo­ti­dien d’en étu­dier les symp­tômes, de la dé­cryp­ter sur les bles­sures, de la lire sur les fa­ciès, de la dé­ce­ler dans les re­gards. » Cette vio­lence et cette cruau­té sont connues de la po­lice du Ver­mont, de la Sû­re­té du Qué­bec, de la GRC et de la CIA; cha­cun dé­tient quelques mor­ceaux de ce casse-tête où « le tueur en sé­rie n’est que la par­tie vi­sible de l’ice­berg ». Comme si l’in­trigue n’était pas dé­jà as­sez tor­due, Vincent Hauuy fait in­ter­ve­nir une jour­na­liste-blo­gueuse de New York, « une ac­cro aux em­merdes » qui de­vient sus­pecte bien mal­gré elle dans deux meurtres. Ce­la per­met à l’au­teur de lan­cer plein de clins d’oeil sexuels, di­rects ou in­di­rects. Ce­la alour­dit la lec­ture et risque de faire dé­cro­cher cer­tains lec­teurs. Je me suis ren­du jus­qu’au bout – je n’avais que ça à lire sur l’au­to­bus me condui­sant de To­ron­to à l’Ohio – et je ne suis pas d’ac­cord que le prix Mi­chelMus­si a cou­ron­né « un vrai ta­lent d’écri­ture ». C’est bon, par­fois très bon, mais il n’y a rien d’ex­tra­or­di­naire.

Vincent Hauuy, Le tri­cycle rouge, ro­man, Pa­ris, Édi­tions Hu­go et com­pa­gnie, 2017, 496 pages, 29,95 $.

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