UNE FU­TURE UNI­VER­SI­TÉ SAINT-JEAN ?

Le Franco - - ÉDUCATION - PAR AMY VA­CHON-CHA­BOT

Le 23 sep­tembre der­nier, la jour­née com­mu­nau­taire du Som­met sur l’édu­ca­tion postsecondaire en fran­çais en Alberta a réuni près d’une cen­taine de membres de la com­mu­nau­té. Un pa­nel d’in­vi­tés et des dis­cus­sions ont per­mis d’ex­plo­rer des pistes de so­lu­tions pour l’ave­nir du Cam­pus SaintJean. Plus pré­ci­sé­ment, la com­mu­nau­té s’est in­ter­ro­gée sur la pos­si­bi­li­té que l’éta­blis­se­ment de­vienne une uni­ver­si­té à part en­tière, telle l’Uni­ver­si­té de Saint-Bo­ni­face au Ma­ni­to­ba.

En 2011, le Col­lège uni­ver­si­taire de SaintBo­ni­face au Ma­ni­to­ba est de­ve­nu l’Uni­ver­si­té de Saint-Bo­ni­face en ré­ponse à l’adop­tion d’un pro­jet de loi qui a ac­cor­dé le sta­tut d’uni­ver­si­té à part en­tière à l’éta­blis­se­ment. Un mo­dèle au sein de la francophonie ca­na­dienne qui pour­rait four­nir une piste de so­lu­tion pour le Cam­pus Saint-Jean. Le rec­teur de l’Uni­ver­si­té de Saint-Bo­ni­face, Ga­bor Cse­pre­gi, a donc été in­vi­té par l’ACFA pour l’oc­ca­sion. Il a sou­le­vé lors de sa pré­sen­ta­tion les avan­tages qui dé­coulent du mo­dèle de son éta­blis­se­ment, soit la pré­ser­va­tion de l’af­fi­lia­tion avec l’Uni­ver­si­té du Ma­ni­to­ba, le financement qui pro­vient di­rec­te­ment des pa­liers gou­ver­ne­men­taux, un bu­reau des gou­ver­neurs in­dé­pen­dant qui re­flète la com­mu­nau­té fran­co­phone et la pos­si­bi­li­té de créer d’autres af­fi­lia­tions. Mal­gré la re­con­nais­sance de l’au­to­no­mie, M. Cse­pre­gi a in­di­qué qu’il y a une cer­taine dé­pen­dance : « Le sé­nat de l’Uni­ver­si­té du Ma­ni­to­ba conserve l’ap­pro­ba­tion quant aux cours de l’Uni­ver­si­té de Saint-Bo­ni­face et l’ap­pro­ba­tion des can­di­dats au di­plôme ».

RIEN À PERDRE

L’avo­cat Me Mark Power, de la firme Ju­ristes Power, char­gé de nom­breux dos­siers de l’ACFA, a pour sa part été di­rect avec la salle : « Le statu quo n’est pas ac­cep­table. Qu’avez-vous à perdre? » Se­lon lui, la pre­mière étape pour­rait être de re­voir l’ar­chi­tec­ture juridique qui en­cadre le Cam­pus SaintJean, c’est-à-dire l’en­tente de 1976. Dans l’op­tique que la com­mu­nau­té ne se­rait pas en me­sure d’ob­te­nir par texte des en­ga­ge­ments concrets de la part de l’Uni­ver­si­té de l’Alberta, il fau­drait qu’elle « passe à autre chose ». Me Power d’ailleurs ren­ché­ri qu’il n’exis­te­rait « au­cune rai­son sur le plan consti­tu­tion­nel que le Cam­pus Saint-Jean ne pour­rait pas avoir sa propre loi ha­bi­li­tante et pour­rait être aus­si in­dé­pen­dant que l’uni­ver­si­té Saint-Bo­ni­face ».

UNE AF­FI­LIA­TION AVEC L’UNI­VER­SI­TÉ DE L’ALBERTA PRI­MOR­DIALE

L’Uni­ver­si­té de l’Alberta fi­gure par­mi les 100 meilleures uni­ver­si­tés au monde at­ti­rant de nom­breux étu­diants et pro­fes­seurs-cher­cheurs. Se­lon le doyen du Cam­pus Saint-Jean, Pierre-Yves Moc­quais, la re­cherche dis­tingue l’Uni­ver­si­té, et par le fait même le Cam­pus Saint-Jean, per­met­tant de faire « la dis­tinc­tion entre une ins­ti­tu­tion qui va être une cour­roie de trans­mis­sion du sa­voir et une ins­ti­tu­tion qui va créer le sa­voir ». L’Uni­ver­si­té de l’Alberta fait éga­le­ment par­tie de la pre­mière ca­té­go­rie dans la clas­si­fi­ca­tion du gou­ver­ne­ment de l’Alberta des uni­ver­si­tés, qui est uti­li­sée pour ac­cor­der du financement. « Si le Cam­pus Saint-Jean n’était pas rat­ta­ché à l’Uni­ver­si­té de l’Alberta, où se trou­ve­rai­til ? Cette clas­si­fi­ca­tion est telle que je doute fort que le Cam­pus se re­trouve au som­met de la clas­si­fi­ca­tion », a pré­ci­sé M.Moc­quais. En fait, des uni­ver­si­tés telles que Grant MacE­wan et Mount Royal n’ont pas en­core ac­cès à la clas­si­fi­ca­tion de pre­mière ca­té­go­rie. M. Moc­quais es­time d’ailleurs que l’in­dé­pen­dance du Cam­pus Saint-Jean pour­rait ne pas re­mé­dier à la ques­tion du financement. « Il n’y a au­cune ga­ran­tie que le financement du Cam­pus Saint-Jean se­rait plus ap­pro­prié s’il était in­dé­pen­dant ».

UN PRO­JET À CONCRÉ­TI­SER

À la fin des dis­cus­sions, le rec­teur de l’Uni­ver­si­té de Saint-Bo­ni­face a mis en garde les par­ti­ci­pants quant aux coûts et mon­tants de chan­ge­ments qu’un nou­veau mo­dèle en­gendre. La si­tua­tion fi­nan­cière de l’éta­blis­se­ment au­rait d’ailleurs un im­pact. Se­lon M. Moc­quais, « si l’ACFA et le gou­ver­ne­ment de l’Alberta veulent avan­cer dans de telles né­go­cia­tions, je ne pense pas qu’il y au­ra de la part de l’Uni­ver­si­té une op­po­si­tion. La ré­ti­cence risque de ve­nir du corps pro­fes­so­ral du Cam­pus SaintJean». Adam Brown, pré­sident de l’As­so­cia­tion des uni­ver­si­taires de la Fa­cul­té Saint-Jean, a pour sa part in­di­qué que « les étu­diants d’im­mer­sion se­raient beau­coup plus at­ti­rés par une ins­ti­tu­tion af­fi­liée qu’une ins­ti­tu­tion com­plè­te­ment sé­pa­rée ». Les étu­diants d’im­mer­sion com­posent 60% de la po­pu­la­tion étu­diante du Cam­pus Saint-Jean. Al­bert No­lette af­firme que le tra­vail qui a été en­ta­mé lors du Som­met « va prendre quelques an­nées» à réa­li­ser . La pro­chaine étape se­ra de pré­sen­ter les pers­pec­tives à la com­mu­nau­té pour les va­li­der et dé­ve­lop­per un plan d’ac­tion.

« LE STATU QUO N’EST PAS AC­CEP­TABLE. QU’AVEZ-VOUS À PERDRE? »

- ME MARK POWER, AVO­CAT

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