CHARTE : RAP­PEL SUR LA LI­BER­TÉ DE LA PRESSE

Le Franco - - LA UNE - PAR LU­CAS PILLERI

Le 31 oc­tobre, l’As­so­cia­tion de la presse fran­co­phone (APF) a dé­voi­lé sa charte de la presse écrite de langue fran­çaise en si­tua­tion minoritaire. Ce do­cu­ment vise à rap­pe­ler les prin­cipes fon­da­men­taux de la pra­tique du jour­na­lisme. Le Franco, di­rec­te­ment concer­né, a in­ter­ro­gé plu­sieurs membres im­pli­qués dans la com­mu­nau­té afin de re­cueillir leurs ré­ac­tions.

Plu­sieurs per­son­na­li­tés de la com­mu­nau­té francoalbertaine accueillent d’un bon oeil la charte de l’APF. « Quand on voit ce qui se passe aux États-Unis, avec les fake news, il faut ai­der les mé­dias à dé­mon­trer la vé­ri­té », re­marque Da­niel Cour­noyer, di­rec­teur de la Ci­té fran­co­phone à Ed­mon­ton.

Vé­ri­table « ba­ro­mètre de la dé­mo­cra­tie » pour Na­tha­lie Ker­moal, di­rec­trice du Centre de re­cherche Ru­perts­land sur les Mé­tis, la li­ber­té de la presse se doit d’être ga­ran­tie. « La charte est une bonne chose parce qu’elle rap­pelle aux gens que la li­ber­té de la presse est fon­da­men­tale », es­time-t-elle. UN MAN­DAT PAR­FOIS MAL COM­PRIS La po­si­tion d’un jour­nal com­mu­nau­taire comme le Franco est dé­li­cate. D’un cô­té, il faut as­su­rer le rôle de source d’in­for­ma­tion in­dé­pen­dante pour ou­tiller les Franco-Al­ber­tains. De l’autre, les or­ga­nismes at­tendent par­fois une cer­taine forme de com­plai­sance qui peut en­trer en conflit avec cette même in­dé­pen­dance.

Marc Ar­nal, nou­veau pré­sident de l’ACFA, le re­con­nais­sait vo­lon­tiers dans un en­tre­tien pour Fran­co­presse: « Ce n’est pas tou­jours évident lorsque des in­di­vi­dus ou des groupes de­mandent une cou­ver­ture de leurs ac­ti­vi­tés. Est-ce que c’est une sug­ges­tion ou une pres­sion? Les gens de­viennent sen­sibles à leurs po­si­tions in­di­vi­duelles », com­men­tait-il.

L’an­cienne di­rec­trice et édi­trice en chef du Franco, Na­tha­lie Ker­moal, se sou­vient qu’elle es­sayait de trou­ver un équi­libre entre les su­jets d’opi­nion et la cou­ver­ture d’évé­ne­ments de la com­mu­nau­té. « En mi­lieu com­mu­nau­taire, il y a une attente, mais il faut être clair sur le man­dat du jour­nal : est-ce un vrai jour­nal ou une ga­zette ? Il faut que la com­mu­nau­té dé­cide ce qu’elle veut en faire », re­lève-t-elle.

Quant à Léo Pi­quette, per­son­na­li­té po­li­tique en Al­ber­ta, il es­time que la charte est par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tante dans sa dé­fense de l’in­dé­pen­dance des mé­dias : « Les jour­naux com­mu­nau­taires sont trop contrô­lés par les as­so­cia­tions pro­vin­ciales. On est ca­pables d’avoir une dé­mo­cra­tie libre et des opinions cri­tiques en­vers les as­so­cia­tions. C’est bon d’avoir une in­dé­pen­dance d’opi­nion, voir les deux cô­tés de la mé­daille dans les his­toires de la com­mu­nau­té », ex­prime-t-il. LES BIEN­FAITS DU DÉ­BAT DÉ­MO­CRA­TIQUE Les di­ver­gences d’opinions par­ti­cipent à la dé­mo­cra­tie. Da­niel Cour­noyer sou­tient, sur le plan per­son­nel, que « si on veut avoir une vraie presse, avec des commentaires sur la com­mu­nau­té, il faut une marge de ma­noeuvre et d’ex­pres­sion ». Il dé­fend ain­si le droit à la cri­tique : « Il ne faut pas avoir peur de dire les vraies af­faires. Si on sent qu’on est pris à la gorge parce que le dis­cours d’un chef est re­mis en ques­tion, ce n’est pas nor­mal. Un jour­nal amène le dé­bat. On n’est pas tou­jours en ac­cord mais on a droit à des dis­cus­sions », avance le res­pon­sable.

D’autres, comme Mme Ker­moal re­joignent cette ana­lyse : « Mon­trer les di­vers as­pects du dé­bat, pou­voir émettre di­verses opinions, per­met aux gens de prendre des dé­ci­sions de ma­nière au­to­nome. C’est comme ça qu’on peut en tant que ci­toyen se faire une idée. Avoir des dé­bats sains et ou­verts est fon­da­men­tal », in­siste-t-elle.

Paul De­nis, di­rec­teur du Ré­seau san­té al­ber­tain, se ré­jouit du fait que la charte « cla­ri­fie la si­tua­tion ». Di­rec­teur du Franco dans les an­nées 1980, il a tou­jours te­nu le même dis­cours: « Il faut res­pec­ter la li­ber­té de la presse mais les jour­naux en si­tua­tion minoritaire doivent aus­si ap­puyer la com­mu­nau­té fran­co­phone, tra­vailler avec et pour la com­mu­nau­té, tout en res­pec­tant les bases du jour­na­lisme ». Il ad­met tou­te­fois qu’as­su­mer son rôle de jour­na­liste tout en ayant un pen­chant fa­vo­rable à la com­mu­nau­té peut être « une ligne dif­fi­cile à te­nir ».

Pour beau­coup, il semble donc que les jour­naux com­mu­nau­taires comme le Franco ont la dif­fi­cile res­pon­sa­bi­li­té de faire ap­pa­raître les di­ver­gences d’opinions et de sou­le­ver les ques­tions, par­fois épi­neuses, qui touchent la com­mu­nau­té. Ce­la afin de la faire avan­cer et rayon­ner, quitte par­fois à frois­ser cer­taines sen­si­bi­li­tés.

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