IMMIGRER AU CA­NA­DA : UN PAR­COURS DU COM­BAT­TANT

Le Franco - - IMMIGRATION - PAR LU­CAS PILLERI

Tous les ans, en­vi­ron 200 000 nou­veaux ré­si­dents per­ma­nents sont ac­cueillis au Ca­na­da. Mar­jo­rie Le­zin-Laurent es­père elle aus­si en faire par­tie. Ve­nue au Ca­na­da en 2015 de­puis la France, la jeune tren­te­naire a écu­mé les dé­marches ad­mi­nis­tra­tives pour pou­voir res­ter.

LE PVT : UN GRAAL POUR LES JEUNES FRAN­ÇAIS

Tout com­mence avec la pre­mière étape de son aven­ture mi­gra­toire : le fa­meux PVT, le Pro­gramme Va­cances-Tra­vail, ob­jet de toutes les convoi­tises en France. Il offre aux jeunes Fran­çais de moins de 35 ans un per­mis de tra­vail ou­vert, uti­li­sable pour n’im­porte quel em­ployeur, va­lide pen­dant deux ans et sans au­cune exi­gence. En 2016, ils étaient plus de 40 000 à en faire la de­mande pour moins de 7 000 places. « Les places sont par­ties en moins de cinq mi­nutes », re­late Mar­jo­rie, qui a dû faire preuve de ra­pi­di­té sur son cla­vier pour pos­tu­ler et être ti­rée au sort. « C’est le jeu de la lo­te­rie. C’est dom­mage car cer­tains uti­lisent le PVT pour seule­ment trois mois alors que d’autres en pro­fitent plei­ne­ment pen­dant deux ans, pour en­suite s’éta­blir à long terme au Ca­na­da », ob­serve-t-elle. UN LA­BY­RINTHE AD­MI­NIS­TRA­TIF Ins­tal­lée en Al­ber­ta au cours de l’au­tomne 2016, la jeune Fran­çaise a tra­vaillé comme ser­veuse au Ca­fé Bi­cy­clette à Edmonton, au coeur de la Ci­té fran­co­phone. Son PVT étant non re­nou­ve­lable, elle a dû en­ta­mer des dé­marches ad­mi­nis­tra­tives pour pou­voir res­ter. Et là com­mencent les tra­cas. Pre­mier coup dur : « Mes études ne sont pas re­con­nues au Ca­na­da », re­grette-t-elle. C’est en fait le cas de mil­liers de nou­veaux ve­nus qui, doc­teurs, in­gé­nieurs ou comp­tables dans leur pays d’ori­gine, ne peuvent exer­cer leur pro­fes­sion sur le sol ca­na­dien et sont sou­vent obli­gés de re­tour­ner à la case dé­part. Mar­jo­rie consi­dère alors le sys­tème En­trée Ex­press. Lan­cé en jan­vier 2015, il offre la pos­si­bi­li­té chaque an­née à près de 30 000 nou­veaux ar­ri­vés de de­ve­nir ré­si­dents per­ma­nents, ba­sé sur un sys­tème de points pre­nant en compte le ni­veau d’édu­ca­tion, l’ex­pé­rience pro­fes­sion­nelle et d’autres cri­tères. Pro­blème : il faut cu­mu­ler un an d’ex­pé­rience ca­na­dienne dans un em­ploi dit “qua­li­fié”, ce qui n’est pas le cas de Mar­jo­rie, ser­veuse. Reste alors le pro­gramme Mo­bi­li­té fran­co­phone, qui vise à aug­men­ter la pro­por­tion de fran­co­phones en de­hors du Qué­bec. Mais là en­core, l’ex­pé­rience de Mar­jo­rie ne cor­res­pond pas. « Je n’y étais pas ad­mis­sible car mon tra­vail ne fai­sait pas par­tie d’un em­ploi qua­li­fié ». Et la no­mi­na­tion pro­vin­ciale ? « Une loi est pas­sée en mars 2017 en Al­ber­ta pour re­ti­rer le sec­teur de la res­tau­ra­tion, ce qui em­pê­chait mon em­ployeur de me sponsoriser ». Toutes les portes sont fer­mées. Mar­jo­rie dé­cide alors de consul­ter un avo­cat spé­cia­li­sé qui est très clair : « Il fal­lait que je me ma­rie avec mon com­pa­gnon qui, lui, avait un tra­vail ». UNE BUREAUCRATIE LENTE POUR UN « BU­SI­NESS » JU­TEUX Au­jourd’hui, après de nom­breuses dé­marches, Mar­jo­rie a dé­po­sé sa de­mande de ré­si­dence per­ma­nente au­près du mi­nis­tère Im­mi­gra­tion, Ré­fu­giés et Ci­toyen­ne­té Ca­na­da (IRCC). Mais c’est au tour de la ma­chine ad­mi­nis­tra­tive de faire des siennes. « Le gou­ver­ne­ment a fait des er­reurs avec mon dos­sier », évoque-t-elle. L’of­fi­cier en charge du dos­sier a consi­dé­ré sa de­mande « in­com­plète » car l’acte de nais­sance de Mar­jo­rie était ré­di­gé… en fran­çais, pour­tant l’une des deux langues of­fi­cielles. Après une plainte et des ex­cuses de la part d’IRCC, la de­mande de la jeune femme a été rou­verte en juillet 2017. Le hic : son per­mis de tra­vail avait entre temps ex­pi­ré. « À cause de cette er­reur, je me suis re­trou­vée pen­dant sept mois sans tra­vail », com­mente-t-elle. Sept mois sans re­ve­nus, sans chô­mage, et sans sor­tie du ter­ri­toire pos­sible. À ce­la, il faut ajou­ter tous les frais as­so­ciés à ces dé­marches. Car l’im­mi­gra­tion est un «bu­si­ness» ju­teux : au to­tal, c’est plus de 12 000 dol­lars qu’au­ra dé­bour­sés la jeune femme, entre frais d’avo­cat, frais ad­mi­nis­tra­tifs, test de fran­çais et vi­sites mé­di­cales. En fé­vrier de cette an­née, un nou­veau per­mis de ré­sident tem­po­raire a été fi­na­le­ment ac­cor­dé à Mar­jo­rie Le­zin-Laurent. Elle pour­ra tra­vailler jus­qu’au ré­sul­tat de sa de­mande de ré­si­dence per­ma­nente. La jeune femme croise dé­sor­mais les doigts, dans l’at­tente d’une ré­ponse fa­vo­rable, comme des di­zaines de mil­liers d’autres per­sonnes dans son cas.

Mar­jo­rie Le­zin-Laurent, an­cienne em­ployée du Ca­fé Bi­cy­clette à la Ci­té fran­co­phone d’Edmonton, té­moigne de son par­cours se­mé d’em­bûches pour de­ve­nir ré­si­dente per­ma­nente au Ca­na­da. Un pé­riple em­blé­ma­tique de mil­liers d’autres chaque an­née. « UNE LOI EST PAS­SÉE EN MARS 2017 EN AL­BER­TA POUR RE­TI­RER LE SEC­TEUR DE LA RES­TAU­RA­TION, CE QUI EM­PÊ­CHAIT MON EM­PLOYEUR DE ME SPONSORISER »

- MAR­JO­RIE LEZINLAURENT « À CAUSE DE CETTE ER­REUR, JE ME SUIS RE­TROU­VÉE PEN­DANT SEPT MOIS SANS TRA­VAIL »

- MAR­JO­RIE LEZINLAURENT

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