LE PLAN D’AC­TION N’AI­DE­RA PAS LE CAM­PUS SAINTJEAN MAL­GRÉ LES BE­SOINS

Le Franco - - ÉDUCATION - PAR LU­CAS PILLERI

Avec l’an­nonce du Plan d’ac­tion pour les langues of­fi­cielles le 28 mars der­nier, beau­coup nour­ris­saient l’es­poir que des fonds se­raient al­loués à la for­ma­tion d’en­sei­gnants en fran­çais. Bien que Jus­tin Tru­deau et Mé­la­nie Jo­ly aient as­su­ré vou­loir en­di­guer le pro­blème de la pé­nu­rie, le plan ne pré­voit rien pour les ins­ti­tu­tions postsecondaires fran­co­phones, au grand dam du Cam­pus Saint-Jean.

C’est tou­jours le même dé­fi : il n’y a pas as­sez de pro­fes­seurs de fran­çais. Il y a un an, De­nis Fon­taine, ad­joint au doyen au Cam­pus Saint-Jean, s’ex­pri­mait dé­jà dans Le Fran­co pour faire part de cette pé­nu­rie, étroi­te­ment liée au dé­fi du re­cru­te­ment. Rap­pe­lons que deux centres de for­ma­tion existent pour tout l’Ouest : d’une part, l’Uni­ver­si­té de Saint-Bo­ni­face à Win­ni­peg, et d’autre part l’Uni­ver­si­té de l’Al­ber­ta. Mais avec seule­ment 70 di­plô­més par an dans son pro­gramme, le CSJ ne par­vient plus à ré­pondre à la de­mande de­puis plu­sieurs an­nées. Le res­pon­sable évo­quait alors la pos­si­bi­li­té de dou­bler ce chiffre, à condi­tion que le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral ac­corde plus d’in­ves­tis­se­ments. Mais le Plan d’ac­tion ré­cem­ment an­non­cé ne le per­met­tra pas. « On avait beau­coup d’es­poir. Le plan ne ré­pond ab­so­lu­ment pas à la de­mande. Il n’y a rien pour les ins­ti­tu­tions postsecondaires en fran­çais », s’in­quiète De­nis Fon­taine.

UN MANQUE À COM­BLER

Face à l’ur­gence, les or­ga­nismes d’en­sei­gne­ment si­tués dans l’Ouest se tournent vers d’autres contrées. En Colombie-Bri­tan­nique, des chefs de file du sec­teur partent même en tour­née de re­cru­te­ment en Eu­rope. Une dé­lé­ga­tion se ren­dra en France, en Bel­gique et aux Pays-Bas afin de ra­me­ner des pro­fes­seurs. « C’est un pro­blème chro­nique, rap­porte Te­ri Moo­ring, vice-pré­si­dente de la Fé­dé­ra­tion des en­sei­gnants de la pro­vince pa­ci­fique. Nous man­quons de pro­fes­seurs pour les écoles fran­co­phones et l’im­mer­sion. La de­mande est très forte et nous sommes très in­quiets ». D’après De­nis Fon­taine, il fau­dra at­tendre plu­sieurs an­nées avant de ré­cu­pé­rer le manque à ga­gner. Avec un nombre d’élèves crois­sant et un nombre de di­plô­més qui stagne, les tour­nées de re­cru­te­ment risquent de se mul­ti­plier. « Cette pé­nu­rie est une réa­li­té à la gran­deur du pays », ex­prime-t-il. Pe­tite éclair­cie dans ce ta­bleau sombre : le Cam­pus Saint-Jean a en­re­gis­tré une aug­men­ta­tion du nombre d’ins­crits avec 80 nou­veaux étu­diants à la ren­trée de l’au­tomne 2017. En outre, il de­vrait pro­duire 100 di­plô­més en avril 2019, la plus grande co­horte de l’his­toire de la Fa­cul­té. « Ça va prendre plu­sieurs an­nées

« LE PLAN NE RÉ­POND AB­SO­LU­MENT PAS À LA DE­MANDE. IL N’Y A RIEN POUR LES INS­TI­TU­TIONS POSTSECONDAIRES EN FRAN­ÇAIS »

- DE­NIS FON­TAINE, AD­JOINT AU DOYEN AU CAM­PUS SAINT-JEAN

avant que ces étu­diants de­viennent em­ployables », aver­tit tou­te­fois De­nis Fon­taine. Une goutte d’eau ap­pré­ciable, mais qui ne suf­fi­ra pas. « Il y a un énorme rat­tra­page à faire », illustre le vice-doyen.

UN PLAN D’AC­TION DÉ­CE­VANT

De­nis Fon­taine le ré­pète : le Cam­pus Saint-Jean fait par­tie de la so­lu­tion. « C’est même d’après moi la meilleure so­lu­tion, sou­tient-il. On a dé­jà les res­sources, les ser­vices, les connais­sances, les pro­grammes existent dé­jà. Ce se­rait fa­cile d’étendre le pro­gramme à plus d’étu­diants ». Le hic : les in­fra­struc­tures ac­tuelles ne per­mettent pas d’ac­cueillir au­tant d’étu­diants que l’ad­joint au doyen le vou­drait. L’ins­ti­tu­tion est même dé­jà en sur­ca­pa­ci­té : « On dé­passe de loin le quo­ta d’étu­diants pour les­quels on re­çoit des fi­nan­ce­ments. On est sous-fi­nan­cés d’en­vi­ron 100 étu­diants par an­née ! », sou­ligne De­nis Fon­taine. Le res­pon­sable ré­clame donc plus de développement pour que le Cam­pus at­teigne « son plein po­ten­tiel ». Il re­grette que le Plan d’ac­tion ne pré­voit pas de bourses pour les étu­diants fran­co­phones afin de pour­suivre leurs études postsecondaires en fran­çais, alors qu’il of­fri­ra 1 000 bourses de 3 000 dol­lars aux an­glo­phones pour le faire. Par ailleurs, il s’in­quiète de la ré­ten­tion des élèves dans le sys­tème édu­ca­tif fran­co­phone : « Avec le plan ac­tuel, où iront tous ces étu­diants de l'Ouest in­té­res­sés à pour­suivre leurs études postsecondaires en fran­çais ? Dans l'est du pays ? ». Si la so­lu­tion pa­raît lim­pide aux yeux du vice-doyen, elle ne l’est pas for­cé­ment pour le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral. « Une chose est cer­taine : il fau­dra plus qu’un plan de quatre ans pour com­bler la pé­nu­rie. Si ce fi­nan­ce­ment sert seule­ment à trou­ver de nou­velles fa­çons de re­cru­ter, il est très pos­sible qu’on se re­trouve dans la même si­tua­tion en 2023 », dénonce De­nis Fon­taine.

De­nis Fon­taine, ad­joint au doyen au Cam­pus Saint-Jean, avait beau­coup d’es­poir pour le plan d'ac­tion.

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