SA­LAIRE DES EN­SEI­GNANTS EN MANQUE DE CO­HÉ­RENCE

Le Franco - - LA UNE - PAR LU­CAS PILLERI

Si les ré­mu­né­ra­tions des en­sei­gnants albertains sont par­mi les plus éle­vées du pays, un manque d’ali­gne­ment et d’équi­té existe à l’échelle de la pro­vince, voire par­fois au sein même d’un con­seil sco­laire. Ana­lyse.

De­puis que le gou­ver­ne­ment NPD est au pou­voir, le sa­laire des en­sei­gnants se dé­cide au ni­veau pro­vin­cial. Au­pa­ra­vant, c’étaient les conven­tions col­lec­tives, né­go­ciées au sein de chaque con­seil sco­laire, qui ré­gis­saient la ré­mu­né­ra­tion.

GEL DES SA­LAIRES

De­puis six ans un ba­rème a ins­tau­ré le gel des sa­laires. Ain­si, pour la pé­riode 2012-2016, il a été éta­bli que les en­sei­gnants albertains en­re­gis­tre­raient des aug­men­ta­tions de sa­laire de 0% pour 2012-2013, 0% pour 2013-2014, 0% pour 2014-2015 et 2% pour 2015-2016. Une si­tua­tion qui en fait sour­ciller plus d’un : « Si les profs n’ont presque pas d’aug­men­ta­tion sur quatre ans, j’ai­me­rais que les di­rec­teurs gé­né­raux et tout le per­son­nel du bu­reau cen­tral soient dans le même ba­teau », dénonce Phi­lippe Bresee, en­sei­gnant à l’école Notre-Dame-des-Monts à Can­more. Ce­lui qui est aus­si pré­sident du Comité de po­li­tique éco­no­mique du con­seil sco­laire Fran­coSud fait ré­fé­rence aux aug­men­ta­tions de sa­laires de cer­tains cadres, dont Yvan Beau­bien. L’an­cien se­cré­taire cor­po­ra­tif pour Fran­coSud, par­ti à la re­traite en jan­vier der­nier, a re­çu une aug­men­ta­tion de plus de 10% sur son sa­laire l’an pas­sé. « Le gel sa­la­rial de­vrait être le même pour tous », sou­tient alors Phi­lippe Bresee. Du cô­té du gou­ver­ne­ment, on jus­ti­fie la me­sure : « Les en­sei­gnants ont te­nu leur rôle en sou­te­nant un ac­cord de gel des sa­laires, en échange d’une sta­bi­li­té de l’em­ploi et d’in­ves­tis­se­ments dans nos salles de classe », as­sure Lind­say Har­vey, at­ta­chée de presse pour le mi­nistre de l’édu­ca­tion Da­vid Eg­gen.

UNE QUES­TION D’ÉQUI­TÉ

Par sou­ci d’équi­té, le gou­ver­ne­ment NPD a dé­ci­dé d’éta­blir une moyenne dans la ré­mu­né­ra­tion des pro­fes­seurs de la pro­vince. Cette moyenne prend en compte le nombre d’an­nées d’études et le nombre d’an­nées d’ex­pé­rience dans l’en­sei­gne­ment. La grille sa­la­riale pro­vin­ciale montre par exemple qu’un pro­fes­seur avec quatre ans d’études et dix ans d’ex­pé­rience de­vrait ga­gner 92 073 dol­lars. Les conseils sco­laires en-de­çà de ce taux ont alors dû aug­men­ter leurs em­ployés pour s’ali­gner. Ain­si, au sein du con­seil sco­laire Fran­coSud, par exemple, les pro­fes­seurs ont en­re­gis­tré une aug­men­ta­tion de 0,47% en 2015 pour at­teindre la moyenne pro­vin­ciale. « Le NPD a cor­ri­gé les in­jus­tices », es­time Phi­lippe Bresee qui trou­vait la si­tua­tion in­com­pré­hen­sible et inique au­pa­ra­vant. « Pour­quoi un prof de Red Deer ga­gne­rait moins qu’un prof à Ro­cky View, juste à cô­té ? », ques­tionne-t-il.

« SI LES PROFS N’ONT PRESQUE PAS D’AUG­MEN­TA­TION SUR QUATRE ANS, J’AI­ME­RAIS QUE LES DI­REC­TEURS GÉ­NÉ­RAUX ET TOUT LE PER­SON­NEL DU BU­REAU CEN­TRAL SOIENT DANS LE MÊME BA­TEAU »

- PHI­LIPPE BRESEE, EN­SEI­GNANT « LE NPD A COR­RI­GÉ LES IN­JUS­TICES »

- PHI­LIPPE BRESEE, EN­SEI­GNANT

Tou­te­fois, des ir­ré­gu­la­ri­tés existent par­fois au sein d’un même con­seil sco­laire. À titre d’exemple, de­puis le 1er sep­tembre 2015, un jeune en­sei­gnant avec son di­plôme de quatre ans en poche gagne en­vi­ron 59 000 dol­lars dans une école pu­blique de Fran­coSud. Après deux ans d’en­sei­gne­ment, il peut es­pé­rer em­po­cher près de 66 000 dol­lars dans ce con­seil sco­laire. Des sommes qui dif­fèrent de quelques cen­taines de dol­lars de celles pré­vues pour les en­sei­gnants dans les écoles ca­tho­liques du même con­seil sco­laire. « Nous avons le même em­ployeur mais pas la même convention col­lec­tive, donc pas les mêmes sa­laires », pointe du doigt Phi­lippe Bresee. Mal­gré les in­co­hé­rences, il faut no­ter que les en­sei­gnants albertains ne sont pas à plaindre com­pa­ra­ti­ve­ment à leurs ho­mo­logues dans le reste du pays. Avec par­fois des écarts de plus de 10 000 dol­lars, les pro­fes­seurs de l’Al­ber­ta font par­tie des mieux payés au pays.

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