DIRECTION PAR IN­TÉ­RIM À L'ACFA

Le Franco - - LA UNE - PAR HÉ­LÈNE LEQUITTE

De­puis le 14 août, le CE a dé­si­gné Hé­lène Guillemette comme di­rec­trice générale par in­té­rim de l’ACFA. Mme Guillemette a ac­cor­dé une en­tre­vue au Fran­co, afin de par­ler es­sen­tiel­le­ment des dos­siers prio­ri­taires et comment elle aborde ses nou­velles fonc­tions par in­té­rim.

Le Fran­co : Après une re­lève au pied le­vé, quelles sont les prio­ri­tés dans les dos­siers de l’ACFA ?

Hé­lène Guillemette : L’ACFA a un gros au­tomne. On a plu­sieurs projets qui sont dé­jà en cours et pour les­quels il faut as­su­rer une conti­nui­té et réus­sir à li­vrer. Notre con­grès an­nuel se tien­dra les 19 et 20 octobre. Par-des­sus le con­grès, nous avons eu un fi­nan­ce­ment pour créer le mois de la fran­co­pho­nie, ce­la fait suite à la pro­cla­ma­tion du mi­nistre Mi­ran­da. Pa­ral­lè­le­ment à ça, et dans la conti­nui­té sur le som­met sur l’édu­ca­tion que nous avons eu l’an­née der­nière, cette an­née nous avions dit que nous en­ta­me­rions les conver­sa­tions dans les ré­gions sur le conti­nuum de l’édu­ca­tion. Ces conver­sa­tions de­vraient être lan­cées au con­grès, se pour­suivre du­rant l’an­née jus­qu’ à l’au­tomne 2019, pour te­nir un autre som­met pas seule­ment sur le post­se­con­daire, mais sur le conti­nuum de l’édu­ca­tion. Le conti­nuum, c’est à par­tir de la pe­tite en­fance, jus­qu’au post­se­con­daire et à la li­vrai­son de ser­vices par des pro­fes­sion­nels for­més en fran­çais.

Le Fran­co : Concer­nant le cur­ri­cu­lum, quel est le geste qu’il fau­dra po­ser en prio­ri­té dans ce dos­sier ?

Hé­lène : Il y en a plu­sieurs qu’il faut po­ser en même temps. On a le dos­sier de post­se­con­daire sur le­quel on conti­nue de tra­vailler. Mais le som­met sur l’édu­ca­tion a ou­vert des pro­blé­ma­tiques beau­coup plus larges que le post­se­con­daire lui-même, c’est à dire comment on se rend jus­qu’au post­se­con­daire ? On a réa­li­sé qu’il faut com­men­cer par la pe­tite en­fance, parce qu’il y a des pa­rents qui hé­sitent à en­voyer leur en­fant à la ma­ter­nelle en fran­çais, parce qu’ils ne les sentent pas as­sez so­lides. Ils s’ex­priment plus en an­glais, même s’ils ont deux langues ma­ter­nelles. Il faut que les pa­rents soient sûrs de pou­voir en­voyer leurs en­fants en fran­çais à la ma­ter­nelle, pour qu’en­suite ils puissent en­tre­prendre un cur­sus en fran­çais à l’école. Il faut s’as­su­rer de les gar­der tout le long jus­qu’au post­se­con­daire. Mais comment se rend-on jus­qu’au post­se­con­daire ? Et même s’ils ne font pas le post­se­con­daire en fran­çais, ils sont pro­ba­ble­ment en me­sure de don­ner des ser­vices en fran­çais, peu im­porte dans quel sec­teur. Ce­ci est quand même la base du dé­ve­lop­pe­ment en fran­co­pho­nie, par op­po­si­tion à l’ex­tinc­tion de la fran­co­pho­nie, parce que notre po­pu­la­tion est vieillis­sante comme celle de l’Al­ber­ta. C’est pour ça qu’il faut que nos en­fants soient ha­bi­li­tés à par­ler fran­çais, et il ne faut pas qu’ils aient peur.

Le Fran­co : Quand on parle de po­pu­la­tion vieillis­sante, on touche aus­si à son re­nou­vel­le­ment et donc au su­jet de l’im­mi­gra­tion. Quelles sont au­jourd’hui les prio­ri­tés dans ce do­maine ?

Hé­lène : C’est de si­gner une en­tente com­mu­nau­taire avec la Fran­co­pho­nie Al­ber­taine Plu­rielle (FRAP). C’est dans nos plans de­puis dé­jà plu­sieurs mois. Le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion avait dé­ci­dé que la si­gna­ture au­rait lieu quand on se­rait ca­pable de leur trou­ver un fi­nan­ce­ment pour une res­source. L’ob­jec­tif est de créer des ponts avec toutes les com­mu­nau­tés is­sues de l’im­mi­gra­tion, c’est quelque chose d’ex­trê­me­ment im­por­tant. L’ACFA s’est re­ti­rée du RIFA. Mais le RIFA s’est ré­or­ga­ni­sé et ce­la me semble bien al­ler, au­tant la FRAP que le RIFA. Les ré­gio­nales c’est aus­si quelque chose de fon­da­men­tal pour la fran­co­pho­nie pour que cette der­nière soit par­tout ac­tive en Al­ber­ta. Elles font dé­jà un su­perbe tra­vail mal­gré des res­sources li­mi­tées. Cette an­née, notre ges­tion­naire des af­faires ré­gio­nales est ar­ri­vée avec un plan d’har­mo­ni­sa­tion. Ce­la fait trois ans qu’elle tra­vaille avec les ré­gio­nales pour qu’elles soient prêtes or­ga­ni­sa­tion­nel­le­ment, pour se do­ter d’un plan d’har­mo­ni­sa­tion où elles vont bé­né­fi­cier des struc­tures que l’ACFA peut mettre à leur dis­po­si­tion. Le sys­tème se­ra si­mi­laire dans cha­cun des bu­reaux ré­gio­naux. On va avoir une ren­contre de la grande fa­mille avec les di­rec­tions et les pré­si­dences. La date n’est pas encore dé­ter­mi­née, mais on a le mo­men­tum pour faire avan­cer ça. Et bonne nou­velle ! Le pro­jet Ac­cent est re­nou­ve­lé.

Le Fran­co : Ce pro­jet était au­pa­ra­vant sous la res­pon­sa­bi­li­té de la Direction de l’édu­ca­tion en fran­çais. De­puis la direction a été abo­lie. Comment se fai­til que le pro­jet Ac­cent soit re­nou­ve­lé ?

Hé­lène : Ils sont en train de dé­ve­lop­per un nou­veau cur­ri­cu­lum pour Al­ber­ta Edu­ca­tion. Et dans ce nou­veau cur­ri­cu­lum, il y a l’obli­ga­tion d’en­sei­gner les pers­pec­tives fran­co­phones et les pers­pec­tives au­toch­tones. Et donc né­ces­sai­re­ment, il faut dé­ve­lop­per du ma­té­riel pé­da­go­gique. Ce que Ac­cent a consta­té, c’est qu’ils n’ont pas les res­sources pour at­teindre les ob­jec­tifs d’ap­pren­tis­sage. Le rôle d’Ac­cent à ce cha­pitre-là est ma­jeur ain­si que le rôle de la So­cié­té his­to­rique. Les deux tra­vaillent en­semble.

Le Fran­co : Y a-t-il d’autres bonnes nou­velles ?

Hé­lène : Pa­tri­moine ca­na­dien, avec le nou­veau plan d’ac­tion pour les langues of­fi­cielles. Il y a 500 mil­lions qui sont ar­ri­vés pour la fran­co­pho­nie au Ca­na­da, pour les Langues of­fi­cielles. Ce mon­tant doit-être ven­ti­lé dans les pro­vinces, dans les pro­grammes, et ce­la fait l’ob­jet de dis­cus­sions avec les per­sonnes de Pa­tri­moine ca­na­dien. Donc, on est in­ter­pel­lé là des­sus. On a dé­jà été consul­té une pre­mière fois avec les chefs de file et la table d’éva­lua­tion, afin de connaître nos be­soins, notre réa­li­té, notre vo­lon­té et ques­tion­ner des ré­seaux qu’on au­rait be­soin de ren­for­cer pour op­ti­mi­ser le fi­nan­ce­ment qui est dé­jà là et ce­lui qui va s’ajou­ter. Quelle est notre vi­sion or­ga­ni­sa­tion­nelle de notre com­mu­nau­té, afin d’op­ti­mi­ser ces fonds-là, faire plus avec le même ar­gent. On s’est concer­té, puis on les a ren­con­trés. Il ne reste plus qu’une der­nière étape de va­li­da­tion de notre vi­sion. Mais ce­la de­mande tout un tra­vail d’ana­lyse, des ren­contres et de la concertation. C’est un gros dos­sier. On pour­rait être in­ter­pel­lés sur la mo­der­ni­sa­tion de la loi avant les pro­chaines élec­tions.

Le Fran­co : Pour me­ner de front au­tant de dos­siers, est-ce que la ca­pa­ci­té ad­mi­nis­tra­tive de l’ACFA est ac­tuel­le­ment suf­fi­sante ?

Hé­lène : C’est pos­sible que l’on doive em­bau­cher. La di­rec­trice générale n’étant plus là, moi je prends l’in­té­rim. Il n’y a plus per­sonne dans mon poste. Ga­briel (Krei­ner) qui est res­pon­sable du pro­jet Ac­cent tra­vaille beau­coup sur la ques­tion de l’édu­ca­tion, c’est l’un de ceux qui ré­flé­chissent beau­coup à ça et il est dé­jà dans le bain. Il tra­vaille dé­jà sur un ou­til de dis­cus­sion qu’on va pou­voir uti­li­ser dans les ré­gions à par­tir de l’au­tomne. À pré­sent, il faut re­mettre en marche le pro­jet Ac­cent. Mais si­non on a une équipe qui est ex­trê­me­ment com­pé­tente, qui re­groupe un éven­tail de com­pé­tences qui est plu­tôt large. C’est une équipe qui est aus­si solidaire. Je tiens à le men­tion­ner. On tra­vaille tous très bien en­semble, on se connaît bien. On a une dy­na­mique d’équipe qui est su­perbe. Nous sommes ac­tuel­le­ment sept.

Le Fran­co : le choix de votre no­mi­na­tion à la direction générale en in­té­rim a-t-elle été une sur­prise pour vous ?

Hé­lène : Ce­la fait un an que je suis là, et du­rant toute l’an­née on a eu un manque de res­sources criant parce qu’on a notre ad­jointe aux af­faires pu­bliques qui a quit­té, on a le poste que j’oc­cupe, ges­tion­naire aux stra­té­gies com­mu­nau­taires qui a quit­té. À un mo­ment don­né, Isa­belle et moi étions deux pour faire quatre postes et ça a du­ré plu­sieurs mois. Puis Isa­belle a été très gé­né­reuse de ses com­pé­tences, de son ex­per­tise. Elle a par­ta­gé avec moi beau­coup de fins dé­tails dans des dos­siers com­plexes,parce qu’on avait be­soin d’as­su­rer nos ar­rières. Puis on les a me­nés de front. On était épui­sées, il man­quait des heures dans nos jour­nées, nos se­maines, dans nos mois. Mais ce­la a per­mis que je puisse faire le tour de tous les dos­siers, à part quelques-uns. Dans mon rôle, je suis aus­si ame­née à tra­vailler en col­la­bo­ra­tion et en concertation avec plu­sieurs or­ga­nismes. Ce­la fait que j’ai dé­jà un bon réseau et une bonne connais­sance de l’en­semble. Lors de la pro­chaine ren­contre du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion qui au­ra lieu du 24 au 25 août, il y au­ra un pro­ces­sus de sé­lec­tion pour la direction générale qui se­ra iden­ti­fié. Je se­rai sur­prise qu’il soit mis en oeuvre avant le con­grès, à la lu­mière de tout le tra­vail qui nous at­tend.

Le Fran­co : Sou­hai­te­riez­vous res­ter à ce poste de fa­çon per­ma­nente ?

Hé­lène : C’est pos­sible, mais on va voir à l’usage. J’ajou­te­rai que j’ai un grand amour pour ma com­mu­nau­té. Je suis ar­ri­vée ici il y a quatre ans, pour re­trou­ver les ra­cines de ma fa­mille. Ma mère vient de la Sas­kat­che­wan fran­co­phone, elle a étu­dié au Cam­pus Saint-Jean. Je me sens vrai­ment chez moi et je prends vrai­ment à coeur les dos­siers de la fran­co­pho­nie. Avec l’ex­pé­rience po­li­tique et com­mu­nau­taire que j’ai, oui, c’est quelque chose qui pour­rait m’in­té­res­ser, mais on va voir vé­ri­ta­ble­ment à l’usage.

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