LE PRO­VIN­CIAL VIENT À LA RES­COUSSE

DIS­PA­RI­TION D’UNE BOURSE D’ÉTUDES POUR LES FRAN­CO­PHONES,

Le Franco - - LA UNE - PAR LU­CAS PILLERI

La bourse « Fel­low­ship for full time stu­dies in French », éta­blie en 1983, a dis­pa­ru. Fi­nan­cée par Pa­tri­moine ca­na­dien et gé­rée par le mi­nis­tère de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur al­ber­tain, l’aide n’est plus dis­po­nible pour l’an­née 2018-2019, au grand dam des étu­diants fran­co­phones. En cause : une dé­ci­sion in­jus­ti­fiée du fé­dé­ral que le gou­ver­ne­ment pro­vin­cial en­tend bien cor­ri­ger.

En cette ren­trée 2018, Re­bec­ca La­za­ren­ko, étu­diante en maî­trise au Cam­pus Saint-Jean de l'Uni­ver­si­té de l'Al­ber­ta, s’ap­prê­tait à pré­pa­rer sa de­mande de bourse d’études au­près du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial, comme à chaque an­née de­puis son en­trée dans le cycle su­pé­rieur. Sur le site de l’Al­ber­ta Student Aid, une branche du mi­nis­tère de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur, elle cherche le for­mu­laire d’ins­crip­tion mais ne le trouve pas. Après un coup de té­lé­phone, on lui fait part de la nou­velle : la bourse a été sup­pri­mée. Au­cune ex­pli­ca­tion ne lui est don­née.

UNE AIDE PRÉ­CIEUSE MISE ENTRE PA­REN­THÈSES

La bourse, in­ti­tu­lée of­fi­ciel­le­ment « Fel­low­ship for full time stu­dies in French », per­met­tait aux étu­diants pour­sui­vant leurs études en fran­çais au post-se­con­daire (dans un mi­ni­mum de trois cours par se­mestre) d’ac­cé­der à 500 ou 1 000 $, un jo­li coup de pouce non né­gli­geable au vu du coût des études. Chaque an­née, entre 270 et 360 étu­diants bé­né­fi­ciaient de cette aide fi­nan­cière. Re­bec­ca, qui est aus­si pré­si­dente de l’as­so­cia­tion pour les étu­diants aux cycles su­pé­rieurs du Cam­pus Saint-Jean, s’in­ter­roge : « Je me de­mande pour­quoi la bourse a été en­le­vée si le gou­ver­ne­ment veut pro­mou­voir la fran­co­pho­nie, la langue et la cul­ture fran­çaises en Al­ber­ta », songe-t-elle, dé­çue. Comme ses amis, l’étu­diante comp­tait vrai­ment sur cette bourse pour l’ai­der à fi­nan­cer ses études, d’au­tant plus que les aides of­fertes par le cam­pus an­glo­phone ne lui sont pas ac­ces­sibles.

LE FÉ­DÉ­RAL RES­PON­SABLE ?

La bourse d’études était jus­qu’à pré­sent fi­nan­cée par le mi­nis­tère du Pa­tri­moine ca­na­dien, puis était ad­mi­nis­trée par le mi­nis­tère al­ber­tain de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur. Les élèves fai­saient leur de­mande en oc­tobre et re­ce­vaient les pré­cieux de­niers en fé­vrier ou mars.

Bill Moore-Kil­gan­non, chef de ser­vice au bu­reau du mi­nis­tère de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur, as­sure que le res­pon­sable est à trou­ver à Ot­ta­wa. « Le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral n’a pas re­nou­ve­lé un ac­cord avec l’Al­ber­ta et d’autres pro­vinces. Le mi­nistre de l’Édu­ca­tion Da­vid Eg­gen a dé­jà écrit une lettre à la mi­nistre Mé­la­nie Jo­ly au mois d’août pour dire qu’on n’était pas con­tents », rap­porte-t-il. Mal­gré tout, l’agent se veut in­sis­tant : « Ça fait presque un an qu’on es­saie de fi­na­li­ser l’ac­cord. Nous aus­si nous trou­vons que ce n’est pas juste. On va conti­nuer de mettre la pres­sion et j’es­père que la si­tua­tion va chan­ger ra­pi­de­ment. On veut vrai­ment un ac­cord ».

Les re­gards se tournent donc du cô­té de la mi­nistre Mé­la­nie Jo­ly. Quel a donc été l’im­pact de sa mu­ta­tion du Pa­tri­moine ca­na­dien au nou­veau mi­nis­tère du Tou­risme, des Langues of­fi­cielles et de la Fran­co­pho­nie en juillet 2018 ? Car la res­pon­sa­bi­li­té de la bourse d’études est aus­si pas­sée d’un mi­nis­tère à l’autre. « C’est peu­têtre dû au chan­ge­ment de ca­bi­net », sus­pecte Bill Moore-Kil­gan­non.

Du cô­té du fé­dé­ral, on reste si­len­cieux. Le nou­veau Plan d’ac­tion pour les langues of­fi­cielles au­rait sa part de res­pon­sa­bi­li­té dans le ra­len­tis­se­ment des né­go­cia­tions car il est cen­sé en­glo­ber l’at­tri­bu­tion des bourses. Un pa­ra­doxe quand on sait qu’il pré­voit 12 mil­lions de dol­lars sup­plé­men­taires pour les bourses... Pour­quoi dans ce cas faire tar­der au­tant les né­go­cia­tions ?

Face à l’en­li­se­ment de la si­tua­tion, Marlin Sch­midt, mi­nistre de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur, vient à la res­cousse des étu­diants : « J’ai com­man­dé à mon dé­par­te­ment de fi­nan­cer cette bourse d’études avec notre propre bud­get pro­vin­cial comme so­lu­tion in­té­ri­maire. Nous conti­nue­rons de tra­vailler avec le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral pour trou­ver une so­lu­tion à long terme ».

Cette an­nonce, in­édite et en­ga­gée, n’a pas en­core été ren­due pu­blique par le mi­nistre qui de­vrait faire une an­nonce of­fi­cielle pro­chai­ne­ment au Cam­pus Saint-Jean. Les dé­tails de l’aide ain­si ap­por­tée se­ront éga­le­ment don­nés aux étu­diants qui pour­ront, fi­na­le­ment, faire leur de­mande de bourse !

« J’AI COM­MAN­DÉ À MON DÉ­PAR­TE­MENT DE FI­NAN­CER CETTE BOURSE D’ÉTUDES AVEC NOTRE PROPRE BUD­GET PRO­VIN­CIAL COMME SO­LU­TION IN­TÉ­RI­MAIRE. »

- MARLIN SCH­MIDT, MI­NISTRE DE L’EN­SEI­GNE­MENT SU­PÉ­RIEUR

Cer­tains étu­diants du Cam­pus Saint-Jean comp­taient vrai­ment sur cette bourse pour les ai­der à fi­nan­cer leurs études, d’au­tant plus que les aides of­fertes par le cam­pus an­glo­phone ne leur sont pas ac­ces­sibles.

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