DE­VIENT UNE EN­TRE­PRISE SO­CIALE

Le Franco - - LA UNE - PAR JEAN-PIERRE DU­BÉ (FRANCOPRESSE)

La so­cié­té éditrice du jour­nal fran­co­ma­ni­to­bain La Li­ber­té en­tame pour 2019 sa trans­for­ma­tion en en­tre­prise so­ciale. Pres­seOuest Ltée (POL) et son pro­prié­taire, la So­cié­té de la fran­co­pho­nie ma­ni­to­baine (SFM) ont re­çu le man­dat d’en­clen­cher le pro­ces­sus pour me­ner le jour­nal à l’in­dé­pen­dance.

Le 11 oc­tobre, après quatre ans de dé­bats, l’as­sem­blée an­nuelle de la SFM a tran­ché. « Une in­ter­ven­tion dé­ci­sive pour un vote his­to­rique », a ti­tré le jour­nal dans son édi­tion du 17 oc­tobre. Dès le dé­but de l’as­sem­blée d’en­vi­ron 200 membres, le ton a été don­né par le re­jet du pro­cès-ver­bal de 2017, en rai­son d’une omis­sion ré­vé­la­trice des ten­sions entre les deux or­ga­nismes. « Il manque l’in­ter­ven­tion de Me Marc Ma­rion, pré­sident de POL, sur les ten­ta­tives d’in­gé­rence tou­chant La Li­ber­té, a si­gna­lé le membre Mi­chel La­ga­cé. L’ab­sence de son in­ter­ven­tion faus­se­rait la te­neur de l’As­sem­blée de 2017 si le pro­cès-ver­bal était adop­té comme tel. » Les membres ont en­suite été en­cou­ra­gés à faire abou­tir le dos­sier. « Le co­mi­té man­da­té pour étu­dier la struc­ture de gou­ver­nance a fait son tra­vail, a dé­cla­ré le membre Ray­mond Poi­rier. Il a re­com­man­dé que Presse-Ouest de­vienne une en­tre­prise so­ciale. Les con­seils de la SFM et de Presse-Ouest de­vraient com­men­cer les dé­marches. »

FI­NI LE TEMPS DE «L’AUGE DES BAILLEURS DE FONDS »

La mo­tion de­man­dant aux con­seils des deux or­ga­nismes de «mettre sur pied une en­tre­prise so­ciale » au­rait été adop­tée par une forte ma­jo­ri­té. Vé­té­ran de luttes pour des es­paces fran­co­phones dans la pro­vince et au na­tio­nal, Ray­mond Poi­rier est re­ve­nu en en­tre­vue à La Li­ber­té sur l’ur­gence d’agir. « C’est le temps d’in­no­ver. Elle est fi­nie l’époque où les or­ga­nismes fran­co­phones pen­saient que l’auge des bailleurs de fonds leur ap­par­te­nait. Presse-Ouest ser­vi­ra de mo­dèle non seule­ment aux or­ga­nismes d’ici, mais aux jour­naux du Ca­na­da et pas seule­ment la presse fran­co­phone. » Marc Ma­rion a pré­ci­sé la vo­ca­tion so­ciale de la struc­ture sou­hai­tée : « Une en­tre­prise so­ciale a pour but de re­don­ner à la com­mu­nau­té et non pas à des ac­tion­naires. Les pro­fits se­ront in­ves­tis dans la pro­duc­tion du jour­nal. »

UNE IN­DÉ­PEN­DANCE À LA FOIS ÉDI­TO­RIALE ET FI­NAN­CIÈRE

Le pré­sident de l’As­so­cia­tion de la presse fran­co­phone (APF), Fran­cis So­nier, re­con­nait l’im­por­tance de cette in­no­va­tion. « Il y a des or­ga­nismes, des co­opé­ra­tives et des en­tre­prises pri­vées à l’APF, mais l’en­tre­prise so­ciale m’ap­pa­rait comme un mo­dèle d’af­faires in­té­res­sant. » Se­lon lui, l’APF consi­dère que le jour­nal L’Eau vive de la Co­opé­ra­tive des pu­bli­ca­tions fran­sas­koises et le Cour­rier de la Nou­velle-Écosse comme des en­tre­prises so­ciales. Fran­cis So­nier sou­ligne l’in­gé­nio­si­té des jour­naux comme La Li­ber­té de di­ver­si­fier les sources de re­ve­nus pour sou­te­nir leur mis­sion, comme la consul­ta­tion et le gra­phisme. « Il n’y a pas juste l’abon­ne­ment et la pu­bli­ci­té, sou­tient-il. D’autres choses leur per­mettent de de­ve­nir plus au­to­nomes. Ça prend un en­ga­ge­ment des lec­teurs et des an­non­ceurs. Peu im­porte sa struc­ture, d’une ma­nière ou d’une autre, le jour­nal doit assurer son in­dé­pen­dance » fi­nan­cière et édi­to­riale.

LES AC­TION­NAIRES S’EN­TENDENT DE RÉ­IN­VES­TIR TOUT PRO­FIT

Se­lon Re­ve­nu Ca­na­da, trois formes d’en­tre­prises peuvent ob­te­nir le sta­tut so­cial. L’une d’elles, se­lon Marc Ma­rion, est « une so­cié­té im­po­sable où les ac­tion­naires s’en­tendent entre eux de ré­in­ves­tir tout pro­fit pour faire avan­cer sa mis­sion so­ciale ». Le pré­sident de POL men­tionne l’exa­men me­né par Pa­tri­moine ca­na­dien sur la pos­si­bi­li­té d’au­to­ri­ser les jour­naux sans but lu­cra­tif à s’en­re­gis­trer comme or­ga­nismes de bien­fai­sance ha­bi­li­tés à re­ce­voir des dons et à émettre des re­çus of­fi­ciels. « Ça pour­rait ai­der des jour­naux comme La Li­ber­té, conclut-il, mais il ne faut pas s’at­tendre à des dons sub­stan­tiels, ré­gu­liers et pré­vi­sibles du pu­blic, sur­tout que plu­sieurs s’at­tendent à re­ce­voir le jour­nal gra­tui­te­ment. » La Li­ber­té a été fon­dée en 1913 et le cler­gé l’a cé­dée à la SFM en 1970. L’heb­do a été dis­tri­bué gra­tui­te­ment du­rant une dou­zaine d’an­nées avant le re­tour de l’abon­ne­ment en 1983. Son édi­tion pa­pier compte au­jourd’hui quelque 6000 abon­nés.

Ray­mond Poi­rier, Vé­té­ran de luttes pour des es­paces fran­co­phones dans la pro­vince et au na­tio­nal.

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