CFA : UN CHAN­GE­MENT DE CAP QUI IN­QUIÈTE

Le Franco - - LA UNE - PAR LU­CAS PILLERI (FRANCOPRESSE)

Le pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral du Centre de la francophonie des Amériques, Denis Des­ga­gné, est rem­pla­cé au pied le­vé sur dé­ci­sion du gou­ver­ne­ment qué­bé­cois. Sa rem­pla­çante, une fonc­tion­naire moins connue des com­mu­nau­tés en mi­lieu mi­no­ri­taire, ne ras­sure pas les Fran­coCa­na­diens. Ce chan­ge­ment an­non­ce­rait-il un re­pli à leur égard ?

Pour­tant en­cen­sé par tous ses col­la­bo­ra­teurs et en poste de­puis huit ans, Denis Des­ga­gné doit faire ses adieux de fa­çon pré­ci­pi­tée à son équipe du Centre de la francophonie des Amériques. « C’est ar­ri­vé très vite. Je n’ai pas eu beau­coup de temps. J’ai re­çu un ap­pel m’ap­pre­nant la no­mi­na­tion d’une nou­velle PDG, puis j’ai pris quelques mi­nutes pour ava­ler, re­ce­voir et di­gé­rer cette in­for­ma­tion. En 15 mi­nutes, j’ai dû an­non­cer la nou­velle à mon per­son­nel », re­la­tet-il. La tran­si­tion est en ef­fet ra­pide : Denis Des­ga­gné de­vra quit­ter son poste le 9 jan­vier pro­chain. Triste et sur­pris, le res­pon­sable n’ex­prime pas pour au­tant d’amer­tume. « J’ai eu le pri­vi­lège d’exer­cer deux beaux man­dats. J’es­pé­rais pour­suivre mon tra­vail, mais l’or­ga­ni­sa­tion est plus im­por­tante que l’in­di­vi­du. Il y a tel­le­ment de beaux pro­jets en cours. »

UNE NOU­VELLE DI­REC­TION EN­CORE FLOUE

Denis Des­ga­gné est ain­si rem­pla­cé par Jo­hanne Whit­tom, une fonc­tion­naire du mi­nis­tère du Conseil exé­cu­tif. Si­dé­rée, Ma­rieF­rance Ken­ny, an­cienne membre du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion du CFA de 2009 à 2015, cherche à com­prendre : « Pour­quoi chan­ger la vi­sion ac­tuelle ? Est-ce qu’on veut re­cu­ler, cou­per le fi­nan­ce­ment ? Per­sonne d’autre que Denis Des­ga­gné n’a une vi­sion aus­si ras­sem­bleuse et éclai­rante. Alors que l’or­ga­nisme avait fait des pas de géant, on prend un sé­rieux re­cul en nom­mant une per­sonne qui ne connaît pas du tout les com­mu­nau­tés fran­co­phones. C’est comme si on ba­layait d’un re­vers de la main tout ce qui avait été ac­com­pli. » Pour la Fran­sas­koise, dé­co­rée de l’Ordre des fran­co­phones d’Amé­rique, la dé­ci­sion s’ap­pa­rente à une « no­mi­na­tion po­li­tique qui donne un autre coup dur à la francophonie ». Se­lon elle, le CFA souffre d’un sé­rieux pro­blème de gou­ver­nance, puisque le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion avait for­te­ment re­com­man­dé de re­nou­ve­ler le man­dat de Denis Des­ga­gné. Luc Dou­cet, re­pré­sen­tant de l’Aca­die au conseil du CFA, té­moigne : « Nous avons ap­pris la nou­velle par les mé­dias. Nous sommes très, très sur­pris du dé­part de Denis Des­ga­gné. Le conseil avait don­né une note de A+ pour son éva­lua­tion. » Le di­rec­teur gé­né­ral de l’As­so­cia­tion des aî­nés fran­co­phones du Nou­veau-Bruns­wick et pré­sident du Ri­che­lieu In­ter­na­tio­nal sou­ligne par ailleurs « la fa­çon as­sez ca­va­lière » dont le conseil a été trai­té. « Ce n’est pas ac­cep­table », juge-t-il. Aus­si, les membres du conseil ont dé­ci­dé d’en­voyer une lettre ce lun­di 3 dé­cembre au pre­mier mi­nistre Fran­çois Le­gault afin d’exi­ger une ren­contre. « Nous consi­dé­rons ac­tuel­le­ment le gou­ver­ne­ment comme une par­tie ad­verse », lâche l’ad­mi­nis­tra­teur.

UNE DÉ­CI­SION NUISIBLE ?

« Le CFA est de­ve­nu un ou­til ex­tra­or­di­naire pour la vi­si­bi­li­té du Qué­bec, du Bré­sil jus­qu’au fin fond du Yu­kon », ob­serve Luc Dou­cet. Le Centre de la francophonie des Amériques se­rait-il donc ra­pa­trié dans le gi­ron du gou­ver­ne­ment qué­bé­cois ? La dé­ci­sion est peut-être plus po­li­tique en­core : « Les ru­meurs disent que quel­qu’un dans le bu­reau d’un mi­nistre a été très aga­cé par l’in­ter­ven­tion de Denis Des­ga­gné dans les mé­dias suite à la dé­ci­sion du gou­ver­ne­ment Ford en On­ta­rio, évoque le membre du conseil. On se pose sé­rieu­se­ment des ques­tions. » En ré­ac­tion, les membres du conseil, in­cluant Za­cha­ry Ri­chard, ont me­na­cé de dé­mis­sion­ner en bloc. Du cô­té des or­ga­nismes fran­co­phones, l’in­com­pré­hen­sion règne tout au­tant : « Notre ni­veau de frus­tra­tion est très éle­vé, com­mente Denis Si­mard, pré­sident de l’As­sem­blée com­mu­nau­taire fran­sas­koise (ACF). Avec le dé­part de Denis Des­ga­gné, nous per­dons un al­lié sur le dé­ve­lop­pe­ment de nos com­mu­nau­tés fran­co­phones. » Pour le res­pon­sable, ce chan­ge­ment pour­rait af­fec­ter les rap­ports entre le Qué­bec et la francophonie ca­na­dienne : « Nous étions ra­vis de voir la par­ti­ci­pa­tion du Qué­bec par l’en­tre­mise du CFA. La di­rec­tion était très po­si­tive et par­ti­ci­pa­tive. Est-ce que les pra­tiques vont chan­ger ? », s’in­ter­roge-til. Dans l’Est, l’in­quié­tude est par­ta­gée par Ro­bert Me­lan­son, pré­sident de la So­cié­té de l’Aca­die du Nou­veau-Bruns­wick (SANB), qui se dit mal­gré tout prêt à tra­vailler avec la nou­velle di­rec­tion, « en es­pé­rant ne pas avoir à la sen­si­bi­li­ser aux be­soins des fran­co­phones... »

Denis Des­ga­gné, an­cien di­rec­teur du Centre de la francophonie des Amériques.

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