ÉDI­TO­RIAL DE LA REN­TRÉE

Le Franco - - ÉDITORIAL DE LA RENTRÉE -

Après l’en­vie d’avan­cer, an­non­cée dé­but 2018, l’an­née 2019 mar­que­ra cette fois l’en­vie de s’ou­vrir vers une fran­co­pho­nie élar­gie. Le Fran­co tient à s’adres­ser à tous les fran­co­phones et tous les fran­co­philes vi­vants et res­pi­rants en sol al­ber­tain. En ré­su­mé, on conti­nue d’avan­cer, de gran­dir et de s’agran­dir.

Un pre­mier édi­to­rial, c’est tou­jours une belle ma­nière de faire la ré­tros­pec­tive des mo­ments forts de l’an­née.

IM­MI­GRA­TION FRAN­CO­PHONE :

Le dos­sier en ma­tière d’im­mi­gra­tion fran­co­phone, à sa­voir la cible du 4,4% à at­teindre en ma­tière d’im­mi­gra­tion fran­co­phone hors Qué­bec, au­ra fait cou­ler beau­coup d’encre. Si les ren­contres et les conver­sa­tions avec les re­pré­sen­tants et les di­ri­geants tiennent une cer­taine im­por­tance, 17 ans après les consul­ta­tions pan­ca­na­diennes des an­nées 2000-2001, la conver­sa­tion était en­core de mise en 2018 à Cal­ga­ry avec le nou­veau com­mis­saire aux langues of­fi­cielles Ray­mond Thé­berge. L’an­nonce le 28 mars der­nier du plan d’ac­tion 2018-2023 pour les Langues of­fi­cielles par la mi­nistre de l’époque de Pa­tri­moine ca­na­dien Mé­la­nie Jo­ly, soit 2,7 mil­liards pré­vus sur cinq ans, montre que des moyens im­por­tants sont mis en place. Ce­pen­dant, comme l’avait sou­li­gné Al­phonse Aho­la, pré­sident du Ré­seau en im­mi­gra­tion fran­co­phone de l’Al­ber­ta (RIFA), « […] C’est un pro­blème structurel. Si le Ca­na­da a be­soin de toutes les mains d’oeuvre, le sys­tème ne fa­ci­lite pour le mo­ment que les tra­vailleurs très qua­li­fiés ». Com­ment des re­pré­sen­tants du gou­ver­ne­ment ou bien des or­ga­nismes peuvent-ils agir, sans connaître la réa­li­té des nou­veaux ar­ri­vants ? « In­ves­tir dans notre ave­nir » était le slo­gan prô­né par le gou­ver­ne­ment au dé­but de l’an­née 2018.

MÉ­DIAS COM­MU­NAU­TAIRES ET LI­BER­TÉ DE LA PRESSE :

Une de­vise pour­rait s’ap­pli­quer éga­le­ment en ma­tière de mé­dias com­mu­nau­taires. Au-de­là du mon­tant his­to­rique de 2,7 mil­liards de dol­lars éta­lés sur cinq ans, les 10 mil­lions an­non­cés en sou­tien aux mé­dias com­mu­nau­taires font vé­ri­ta­ble­ment l’ef­fet d’un coup d’épée dans l’eau. Là en­core la réa­li­té du ter­rain rat­trape les po­li­ti­ciens et les bu­reau­crates.

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Dans le bi­lan de ces dix der­nières an­nées, les jour­naux au pays ont ac­cu­sé une baisse de leurs pla­ce­ments pu­bli­ci­taires de 20 mil­lions de dol­lars. Des chiffres avaient cir­cu­lé de l’ordre de 50 mil­lions de dol­lars pour les mé­dias com­mu­nau­taires, dont 20 mil­lions de rat­tra­pages his­to­riques pour la perte des pu­bli­ci­tés fé­dé­rales. Les dix mil­lions an­non­cés pour sou­te­nir les mé­dias com­mu­nau­taires donnent un bel ef­fet d’an­nonce, mais ne cernent pas vrai­ment le pro­blème. D’où « la piètre bonne nou­velle » men­tion­née par ma col­lègue So­phie Gau­lin, di­rec­trice du jour­nal La Li­ber­té au Ma­ni­to­ba dans son édi­to­rial pa­ru en oc­tobre der­nier. Comme elle l’ex­plique, « cet ar­gent ne va pas dans les coffres des jour­naux pour qu’ils puissent in­ves­tir dans du nou­veau ma­té­riel ou payer des jour­na­listes ex­pé­ri­men­tés. Non, ces dol­lars sont tout juste des­ti­nés à ré­mu­né­rer des sta­giaires dans le cadre du pro­gramme Jeu­nesse Ca­na­da au Tra­vail ». Conti­nuer à dé­pendre de la « ma­melle fé­dé­rale » n’est plus vrai­ment une so­lu­tion. Oui, les temps changent et on sou­haite que les mé­dias com­mu­nau­taires res­tent ! Pour pa­ra­phra­ser ma consoeur de La Li­ber­té : « On veut sau­ver le jour­na­lisme de qua­li­té au Ca­na­da et pré­tendre re­vi­ta­li­ser les com­mu­nau­tés ? À coup d’un sta­giaire par an­née » ? Cer­tains l’ont très bien dit : si les jour­naux étaient ame­nés à dis­pa­raître, les com­mu­nau­tés fran­co­phones en si­tua­tion mi­no­ri­taire tom­be­raient dans l’ou­bli. La li­ber­té de la presse est es­sen­tielle sur­tout quand elle re­late la dis­pa­ri­tion d’une Di­rec­tion fran­co­phone ou d’une bourse fran­co­phone ve­nant en aide à la re­lève fran­co­phone et fran­co­phile al­ber­taine. Être jour­na­liste n’est pas un mé­tier fa­cile, mais utile. Il peut être cri­ti­qué, ce qui est plu­tôt sain en ma­tière de dé­mo­cra­tie, mais il peut aus­si faire l’ob­jet d’in­ti­mi­da­tions, de dés­in­for­ma­tion, de dif­fa­ma­tion, voire en­core de vio­lence phy­sique, mo­rale ou sym­bo­lique.

Le ma­cabre épi­sode de la dis­pa­ri­tion du jour­na­liste saou­dien et cor­res­pon­dant pour le Wa­shing­ton Post Ja­mal Kha­shog­gi à Is­tan­bul re­trou­vé dé­mem­bré, la mort de Vik­to­ria Ma­ri­no­va, jour­na­liste bul­gare tuée du­rant son in­ves­ti­ga­tion contre la cor­rup­tion, et un Do­nald Trump de plus en plus hai­neux en­vers les jour­na­listes lors des confé­rences de presse. C’est à se de­man­der si « on » n’au­rait pas in­té­rêt à voir le jour­na­lisme dis­pa­raître. Au­jourd’hui quand on parle de li­ber­té de la presse, de quelle li­ber­té parle-t-on ? Celle des pro­prié­taires ? Celle des jour­na­listes ? Du droit à l'in­for­ma­tion ? Qui est vrai­ment libre et libre de faire quoi ?

UN CA IN­DÉ­PEN­DANT POUR LE FRAN­CO :

L’an­née 2018 se­ra à mar­quer d’une pierre blanche dans les an­nales du jour­nal : celle d’un CA in­dé­pen­dant. Cette no­mi­na­tion par le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’ACFA, le 27 mai der­nier, marque un tour­nant dans l’évo­lu­tion du jour­nal.

Ce­la per­met ain­si de mieux dé­fi­nir le rôle des uns et des autres au sein d’une com­mu­nau­té. Un CA in­dé­pen­dant per­met d’être le tam­pon né­ces­saire, afin d’as­su­rer une li­ber­té de presse et de ton entre un ac­tion­naire pro­prié­taire et le jour­nal qu’il dé­tient dans le trai­te­ment des dos­siers tou­chant la com­mu­nau­té. Car 2018 n’au­ra pas tou­jours été un long fleuve tran­quille dans la com­mu­nau­té fran­co­phone. Entre le dé­part de sa di­rec­tion gé­né­rale, les dé­mis­sions suc­ces­sives de cer­tains membres du CA, des com­men­taires à l’em­por­te­pièce sur les mé­dias so­ciaux, la pu­bli­ca­tion d’une lettre ou­verte, l’au­dit du Fran­co, et en­fin le dé­part du di­rec­teur du Centre d’ac­cueil, la fran­co­pho­nie al­ber­taine est une vé­ri­table sa­ga. Or, si les es­prits s’échauffent sou­vent, les dos­siers prio­ri­taires sont lé­gion, et res­ter concen­trer sur l’es­sen­tiel, de­meure le plus im­por­tant pour l’ave­nir des fran­co­phones et des fran­co­philes.

LE CLI­MAT :

Si l’ave­nir de notre fran­co­pho­nie est pri­mor­dial et a été trai­té tout au long de l’an­née dans les pages du Fran­co, l’ave­nir de notre pla­nète au­ra aus­si te­nu une place de choix dans nos édi­tions. En ma­tière d’éco­lo­gie qu’al­lons-nous de­ve­nir ? Si le mi­nistre de l’en­vi­ron­ne­ment fran­çais Ni­co­las Hu­lot a dé­mis­sion­né le 28 août, de l’autre cô­té de l’At­lan­tique, deux jours plus tard, notre pre­mière mi­nistre Ra­chel Not­ley an­nonce que la pro­vince se re­tire du plan na­tio­nal de lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique, une ré­ac­tion-sanc­tion ba­sée sur la dé­ci­sion de la Cour d’ap­pel fé­dé­rale de sus­pendre l’avan­cée de l’oléo­duc Trans Moun­tain. L’été au­ra été chaud et même brû­lant à l’is­sue des feux en Ca­li­for­nie, en Grèce, aux États-Unis, au Ca­na­da et en Suède, après que les îles Vierges bri­tan­niques aint été dé­vas­tées par l’ou­ra­gan Ir­ma l’hi­ver der­nier.

Si pour Ni­co­las Hu­lot, « le su­jet de l’en­vi­ron­ne­ment condi­tionne tous les autres… et on s’ac­com­mode de la gra­vi­té »; notre pre­mière mi­nistre Ra­chel Not­ley, a à coeur les in­té­rêts éco­no­miques de la pro­vince et de ses ha­bi­tants. Les bonnes in­ten­tions sont là, car les gens s’in­quiètent de trou­ver un em­ploi, de perdre ce­lui qu’ils ont dé­jà ou bien d’avoir un sa­laire dé­cent pour sub­ve­nir à leurs be­soins et à ceux de leurs en­fants. Dans quel ave­nir sommes-nous en train de nous en­ga­ger ?

LE FRAN­CO FÊTE SES 90 ANS :

Si l’ave­nir de notre pla­nète est in­cer­tain, c’est contre vents et ma­rées que La Sur­vi­vance au­ra ré­sis­té du­rant 90 an­nées. CHAM – PA – GNE ! Le Fran­coal­ber­tain, de­ve­nu Le Fran­co marque la pé­ren­ni­té, mais aus­si l’évo­lu­tion d’une iden­ti­té, ain­si que celle d’une com­mu­nau­té. La « Sur­vi­vance » de la fran­co­pho­nie ré­side dans l’émer­gence et le mé­lange d’une dia­spo­ra de fran­co­phones et de fran­co­philes d’ici et d’ailleurs. Au­jourd’hui, le dé­fi consis­te­ra à de­meu­rer en phase avec les réa­li­tés de son temps.

Et pour être dans l’ali­gne­ment des pla­nètes, Le Fran­co lance à la ren­trée un tout nou­veau site et une toute nou­velle iden­ti­té.

Le fait que le jour­nal Le Fran­co ait souf­flé ses 90 bou­gies, dé­montre la ré­si­lience des fran­co­phones en mi­lieu mi­no­ri­taire, n’en dé­plaise à Mme De­nise Bom­bar­dier. Le Fran­co tient à sou­hai­ter une ex­cel­lente an­née 2019 à tous les ir­ré­duc­tibles Fran­co-Al­ber­tains. Vive la fran­co­pho­nie ! Vive le Fran­co !

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