LE LAIT CAUSE T-IL LE CANCER ?

Le Franco - - LA UNE - PAR LAURIE NOREAU ( FRANCOPRESSE )

Le lait de vache fait l'ob­jet de nom­breuses ru­meurs dont plu­sieurs touchent à la santé des consom­ma­teurs. Dans le lot, c'est celle pré­ten­dant que le lait puisse cau­ser le cancer qui semble pré­oc­cu­per da­van­tage les jeunes lec­teurs du ma­ga­zine Cu­rium. Le Dé­tec­teur de ru­meurs leur ré­pond. L'ORI­GINE DE LA RUMEUR

L’ori­gine de cette rumeur ré­side dans le mot « hor­mone ». D’une part, il existe une hor­mone de crois­sance na­tu­rel­le­ment pré­sente dans le corps hu­main, ap­pe­lée IGF-1, que des études ont as­so­ciée à une aug­men­ta­tion de cer­tains can­cers. Or, elle est aus­si na­tu­rel­le­ment pré­sente dans le lait de vache.

Par ailleurs, d’autres hor­mones sont na­tu­rel­le­ment pré­sentes dans le lait, comme l’oes­tro­gène et la pro­ges­té­rone, et cer­taines per­sonnes craignent qu’en bu­vant du lait, ces hor­mones ne se re­trouvent dans notre sang.

1. LES HOR­MONES SE RE­TROUVENT EN QUANTITÉ NÉGLIGEABLE DANS LE SANG

Or, les hommes pro­duisent 6 000 fois plus d’oes­tro­gène que ce que l’on re­trouve dans un verre de lait. Le corps des femmes, lui, en pro­duit 28 000 fois plus !

Le lait in­gur­gi­té est donc une goutte d’eau dans l’océan par rap­port aux hor­mones que l’on pro­duit na­tu­rel­le­ment. Quant à l’IGF-1 (pour In­su­lin-like Growth Fac­tor), puis­qu’elle est pré­sente dans le lait de vache, plu­sieurs en ont conclu que de consom­mer des pro­duits lai­tiers fai­sait aug­men­ter les taux d’IGF-1 et donc, les risques de cancer. Ce n’est pour­tant pas aus­si simple.

Tout d’abord, à l’heure ac­tuelle, la ma­jo­ri­té des don­nées sur l’as­si­mi­la­tion par le corps de l’IGF-1 pro­viennent d’études réa­li­sées chez des rats. Par exemple, se­lon cette étude pu­bliée en 1997, il semble qu’elle se re­trouve à 70 % dans le sang de ces ani­maux.

Chez l’hu­main tou­te­fois, les conclu­sions sont beau­coup moins claires. Un rap­port de l’Agence fran­çaise de sé­cu­ri­té sa­ni­taire pu­blié en 2012 conclut que cette hor­mone de crois­sance se­rait dé­gra­dée par l’in­tes­tin bien avant d’at­teindre le sang. Et même si elle s’y re­trou­vait, en­core une fois, la quantité de pro­duits lai­tiers consom­més quo­ti­dien­ne­ment ne se­rait pas suf­fi­sante pour aug­men­ter la concen­tra­tion d’IGF-1 qu’on re­trouve na­tu­rel­le­ment dans notre corps. Il fau­drait boire plu­sieurs litres de lait par jour pour ar­ri­ver à en mo­di­fier sub­stan­tiel­le­ment la concen­tra­tion.

Le rap­port conclut que « la contri­bu­tion de l’IGF-1 d’ori­gine lai­tière au risque de can­cers, si elle existe, se­rait faible ».

Pour le nu­tri­tion­nis­te­dié­té­tiste Jean-Phi­lippe Drouin-Char­tier, il est pré­fé­rable d’ob­ser­ver l’ali­ment dans son in­té­gra­li­té plu­tôt que de dé­cor­ti­quer cha­cune de ses mo­lé­cules pour dé­ter­mi­ner ses bien­faits ou ses dan­gers. « Il faut se rap­pe­ler que les hu­mains consomment du lait et non pas de l’IGF-1 », nuance ce­lui qui est aus­si sta­giaire post­doc­to­ral au dé­par­te­ment de nu­tri­tion de l’École de santé pu­blique de Har­vard. « Il vaut mieux éta­blir le lien entre la consom­ma­tion de cet ali­ment et son ef­fet sur la santé. On peut en­suite es­sayer d’ex­pli­quer les as­so­cia­tions en se ba­sant sur sa com­po­si­tion nu­tri­tion­nelle. »

2. LE LAIT AU­RAIT UN EF­FET PROTECTEUR CONTRE CER­TAINS CAN­CERS

Cer­tains cher­cheurs ont même ex­plo­ré la pos­si­bi­li­té que le lait ait un ef­fet protecteur. C’est ce qu’a fait le World Cancer Re­search Fund (WCRF) dans son rap­port 2018 ana­ly­sant le lien entre le cancer et la consom­ma­tion de pro­duits lai­tiers. Sa conclu­sion la plus sur­pre­nante pour ceux qui craignent les pro­duits lai­tiers : il exis­te­rait des preuves convain­cantes que leur consom­ma­tion di­mi­nue­rait le risque de cancer co­lo­rec­tal.

Il s’ap­puie no­tam­ment sur une mé­ta-ana­lyse pu­bliée en 2012, se­lon la­quelle le cal­cium au­rait un ef­fet protecteur sur le dé­ve­lop­pe­ment du cancer dans la mu­queuse co­lo­rec­tale et pour­rait ré­duire les risques jus­qu’à 24 %. On as­so­cie aus­si la consom­ma­tion de pro­duits lai­tiers à une ré­duc­tion du risque de cancer du sein, mais les preuves se­raient plus li­mi­tées.

Le rap­port du WCFR dit éga­le­ment que la consom­ma­tion de pro­duits lai­tiers pour­rait aug­men­ter le risque de cancer de la pros­tate de 3 à 9 % chez les très grands bu­veurs de lait. Ce­pen­dant, là aus­si, les preuves sont li­mi­tées et pas as­sez concluantes pour né­ces­si­ter des re­com­man­da­tions nu­tri­tion­nelles.

3. AUCUNE HOR­MONE DE CROIS­SANCE N'EST PERMISE AU CA­NA­DA

Il existe un der­nier fac­teur qui de­vrait ras­su­rer les lec­teurs de Cu­rium. Bien que l’ajout d’hor­mones sti­mu­lant la pro­duc­tion lai­tière soit tou­jours au­to­ri­sé aux États-Unis, c’est for­mel­le­ment in­ter­dit au Ca­na­da de­puis les an­nées 1990.

VERDICT

Le lien entre une consom­ma­tion mo­dé­rée de pro­duits lai­tiers et l’aug­men­ta­tion des risques du cancer n’a pas été dé­mon­tré de ma­nière concluante. Les re­cherches ac­tuelles in­diquent même que ces pro­duits pour­raient ré­duire cer­tains types de can­cers, comme le cancer co­lo­rec­tal.

Il­lus­tra­tion d'un verre de lait. Cré­dit pho­to

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