JEUNES EN MI­LIEU MI­NO­RI­TAIRE PAS À LA MÊME EN­SEIGNE

Le Franco - - CHRONIQUE - PAR SERGE BOU­DREAULT

Le cer­ti­fi­cat d'études se­con­daire est un en­jeu dé­ter­mi­nant pour l'ave­nir d'un jeune adulte au Ca­na­da. Ce­pen­dant, dans le contexte lin­guis­tique ac­tuel les jeunes fran­co­phones conti­nuent d'être pé­na­li­sés au ni­veau de la langue dans les ré­sul­tats des tests pro­vin­ciaux de 12e an­née, en tant que mi­no­ri­té lin­guis­tique en Al­ber­ta. Pour­quoi ? Tout d’abord, il en ré­sulte que la per­for­mance des élèves fran­co­phones ne de­vrait en au­cun cas être réa­li­sée pour cher­cher à dé­cou­vrir les dif­fé­rences ou les res­sem­blances avec la per­for­mance des élèves an­glo­phones aux tests de ren­de­ment stan­dar­di­sés de l’Al­ber­ta. Voi­ci donc quatre fac­teurs qui entrent en jeu et pou­vant af­fec­ter le ren­de­ment des élèves fran­co­phones en Al­ber­ta aux tests pro­vin­ciaux. Voi­ci quelques fac­teurs pou­vant af­fec­ter le ren­de­ment des élèves fran­co­phones en Al­ber­ta aux tests pro­vin­ciaux.

1ER FAC­TEUR : COM­PA­RAI­SONS ENTRE DEUX VER­SIONS LINGUISTIQUEMENT DIF­FÉ­RENTES (AN­GLAISE ET FRAN­ÇAISE)

Il est vrai que les pro­grammes d’études sont com­pa­rables. Ce­pen­dant, à l’ex­clu­sion du test de fran­çais (épreuve de lec­ture et d’écri­ture), les tests de ren­de­ment stan­dar­di­sés pro­vin­ciaux sont ré­di­gés uni­que­ment en an­glais (maths, science, phy­sique, chi­mie, bio­lo­gie et études so­ciales) et se­ront par la suite tra­duite en ver­sion fran­çaise. Or, plu­sieurs études scien­ti­fiques l’ont consta­té de­puis long­temps que toute tra­duc­tion d’une langue dans une autre n’est ja­mais équi­va­lente ou veut dire in­té­gra­le­ment (le vou­loir dire) la même chose quant à la si­gni­fi­ca­tion. Quoique la tra­duc­tion va consis­ter à trans­po­ser le plus fi­dè­le­ment pos­sible un texte écrit d’une langue à une autre, sou­vent, dans la tra­duc­tion on ne trou­ve­ra pas le mot équi­valent dans une langue dif­fé­rente, ce qui fait qu’il y au­ra tou­jours une part d’in­ter­pré­ta­tion. Dans la ma­jo­ri­té du temps, une tra­duc­tion lit­té­rale à 100 % est ra­re­ment pos­sible parce que nous avons af­faire à deux sys­tèmes [lin­guis­tiques] uniques en leur genre et qui dif­fèrent l’un de l’autre. Sans consi­dé­rer que dans une cul­ture mi­no­ri­taire, toute tra­duc­tion de­vrait te­nir compte des réa­li­tés de la langue.

Voi­ci un exemple : « How big is this house ? »

Si l’on tra­duit lit­té­ra­le­ment, ce­la de­vient…

« Com­ment grande est cette mai­son ? » Cette tra­duc­tion n’est pas cor­recte en fran­çais. Ni même… « Com­bien grande est cette mai­son ? » Il faut dire : « Quelle est la taille de cette mai­son ? »

2E FAC­TEUR : CONTEXTE MI­NO­RI­TAIRE ET VÉ­CU LAN­GA­GIER

Les po­li­ti­ciens al­ber­tains per­çoivent sou­vent le sys­tème d’édu­ca­tion en Al­ber­ta comme un tout (élèves an­glo­phones et élèves fran­co­phones dans le même pa­quet). Ils n’aiment pas com­pa­rer les deux sys­tèmes d’édu­ca­tion. Peu im­porte, si les élèves fran­co­phones sont un groupe mi­no­ri­taire en Al­ber­ta et qu’ils ont moins de pos­si­bi­li­tés de s’ap­pro­prier les connais­sances lin­guis­tiques et le vo­ca­bu­laire de la langue fran­çaise dans les écoles fran­co­phones que leurs congé­nères an­glo­phones.

L’ef­fet des ayants droit

Il de­vrait être du de­voir des psy­cho­mé­tri­ciens du gou­ver­ne­ment de l’Al­ber­ta de rap­por­ter à chaque tes­ting le

nombre d’élèves et la com­po­si­tion de la co­horte d’élèves tes­tés pour chaque ni­veau de sco­la­ri­té. Ima­gi­nons qu’en dé­but de l’an­née sco­laire 2018, la ma­jo­ri­té des élèves tes­tés de 6e an­née à l’école Notre-Dame sont des ayants droit en rai­son de leur lien fa­mi­lial. Il y au­ra de fortes pro­ba­bi­li­tés que la per­for­mance de ce sous-groupe com­po­si­tion­nel d’élèves au test de ren­de­ment pro­vin­cial se­ra né­ces­sai­re­ment plus faible parce qu’ils n’ont pas les com­pé­tences lin­guis­tiques et idio­ma­tiques du groupe d’élèves dont les deux pa­rents sont fran­co­phones et dont le fran­çais est langue d’usage en tous lieux. "Ça prend pas la tête à Pa­pi­neau'' pour pré­tendre qu’il y au­ra un ef­fet (ad­verse ef­fect) sur le clas­se­ment de cette école au test de ren­de­ment.

L’ef­fet de l’in­sé­cu­ri­té lin­guis­tique

Les élèves d’écoles fran­co­phones qui consi­dèrent que le fran­çais est une langue par­lée par une mi­no­ri­té en Al­ber­ta, donc moins im­por­tante que l’an­glais langue ma­jo­ri­taire, au­ront ten­dance à s’ex­pri­mer conti­nuel­le­ment en an­glais dans la classe, dans la cour d’école, à la mai­son et dans leur vie quo­ti­dienne, et à la longue, au­ra un ef­fet sur leurs pra­tiques lan­ga­gières. Ce que le cher­cheur William La­bov, dans les an­nées 1970, a ap­pe­lé l’image men­tale que cer­tains lo­cu­teurs se font de leur langue et de sa lé­gi­ti­mi­té. Or, on sait que les connais­sances lan­ga­gières ac­quises dans la vie de tous les jours des élèves vont fa­ci­li­ter, d’une part, leur com­pré­hen­sion de nou­veaux textes à lire et, d’autre part, vont mieux com­prendre le sens de ce que les élèves lisent lors­qu’ils pos­sèdent une base lexi­cale riche. Ayant comme consé­quence qu’il y au­ra de fortes pro­ba­bi­li­tés que plu­sieurs élèves fran­co­phones de l’Al­ber­ta au­ront ten­dance à ne pas ap­pro­fon­dir leurs connais­sances lin­guis­tiques et, ce­la va de soi, au­ra un ef­fet si­gni­fi­ca­tif dans leurs ren­de­ments aux tests pro­vin­ciaux.

3E FAC­TEUR : L'EF­FET INDIRECT

La ques­tion que l’on doit se de­man­der est celle-ci : Est-ce qu’il y au­ra un ef­fet indirect sur le taux de di­plo­ma­tion ou d’ac­cep­ta­tion au Col­lège et à l’uni­ver­si­té chez les élèves fran­co­phones dû au fait que leurs per­for­mances dans les tests de ren­de­ment stan­dar­di­sés pro­vin­ciaux risquent d’être plus faibles à cause

de leurs com­pé­tences lan­ga­gières plus li­mi­tées que ceux des élèves an­glo­phones ? Si oui, il s’agi­ra ce que cer­tains cher­cheurs ont ap­pe­lé un ''ad­verse ef­fect''. Un "ad­verse ef­fect'' est un ef­fet indirect et nui­sible dû à la réa­li­té lin­guis­tique et cultu­relle que vivent les élèves fran­co­phones comme groupe mi­no­ri­taire (ex­po­sé quo­ti­dien­ne­ment à la force d’at­trac­tion de la langue an­glaise et de la com­mu­nau­té do­mi­nantes) par rap­port aux élèves an­glo­phones comme groupe ma­jo­ri­taire et dont l’an­glais est leur langue ma­ter­nelle en Al­ber­ta.

4E FAC­TEUR : LE FONC­TION­NE­MENT DIF­FÉ­REN­TIEL D'ITEMS – FDI

Le FDI est une ca­rac­té­ris­tique sta­tis­tique de cer­taines ques­tions ou items dans un test qui me­su­re­ront dif­fé­rem­ment les connais­sances ou/et les ha­bi­le­tés des membres d’un sous-groupe (genre, eth­nie, âge, lin­guis­tique) tes­té. Ayant comme ef­fet, que les pro­ba­bi­li­tés de ré­ponse à un item ou à une ques­tion à un test pour­raient ne pas être com­plè­te­ment ex­pli­quées par la com­pé­tence de l’élève. En d’autres termes, le FDI est une si­tua­tion dans la­quelle un sous-groupe d’élèves pos­sé­dant les mêmes connais­sances ou/et ha­bi­le­tés que le groupe do­mi­nant ne ré­pon­dront pas de la même fa­çon à un item ou à une ques­tion. Ce qui au­ra pour ef­fet que la va­li­di­té des items de l’ins­tru­ment de me­sure ne se­ra pas tou­jours équi­va­lente pour les deux groupes tes­tés. Les ca­rac­té­ris­tiques d’un item pour­raient dé­pendre, par exemple, du groupe d’élèves aux­quels il est pro­po­sé (fran­co­phones mi­no­ri­taires vs an­glo­phones ma­jo­ri­taires).

Lorsque, dans un test, cer­tains items ou ques­tions fonc­tionnent de ma­nière dif­fé­ren­tielle dans un sous­groupe d’une po­pu­la­tion tes­tée, l’es­ti­ma­tion des com­pé­tences des élèves fai­sant par­tie de ce sous-groupe peut être biai­sée. Pour éli­mi­ner ce biais, une so­lu­tion fon­da­men­tale consiste à éli­mi­ner les items d’un test qui fonc­tionnent dif­fé­ren­tiel­le­ment. Par exemple, cer­tains items ou ques­tions ayant une cer­taine com­plexi­té lin­guis­tique dans un test peuvent être in­ter­pré­tés ou com­pris dif­fé­rem­ment dé­pen­dant du sous-groupe d’ap­par­te­nance.

Dans le cas qui nous concerne, il existe de fortes pro­ba­bi­li­tés que les élèves fran­co­phones ver­ront leurs scores af­fec­tés dans un test de ren­de­ment stan­dar­di­sé à en­jeu éle­vé en rai­son, d’une part, de la com­plexi­té lin­guis­tique (dif­fi­cul­tés liées à la com­pré­hen­sion de la ques­tion ou de l’item) et, d’autre part, à cause de leurs com­pé­tences lan­ga­gières et lin­guis­tiques li­mi­tées en tant que langue mi­no­ri­taire. Il s’agi­ra d’un FDI re­la­tif à cer­tains items ou ques­tions du test fa­vo­ri­sant da­van­tage les élèves an­glo­phones au dé­tri­ment des élèves fran­co­phones de l’Al­ber­ta. Dès lors, il y au­ra un pro­blème de va­li­di­té des scores ob­te­nus des élèves fran­co­phones aux tests de ren­de­ment pro­vin­ciaux parce qu’ils ne per­mettent pas d’ob­te­nir une re­pré­sen­ta­tion exacte de ce que ces élèves fran­co­phones savent ou savent faire réel­le­ment en si­tua­tion hors test.

« Re­ce­voir ce cré­dit aide vrai­ment à dis­si­per la pres­sion. »

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