POUR­QUOI LA VILLE EST LA CLÉ DE CETTE ÉLEC­TION ?

Lors des élec­tions pro­vin­ciales de 2015, le tour­nant élec­to­ral après 44 ans de do­mi­na­tion du Par­ti conser­va­teur pro­gres­siste s'est joué à Calgary. Quatre ans plus tard, les deux par­tis en tête des son­dages luttent pour s'ar­ra­cher les votes en­core in­cer­tai

Le Franco - - LA UNE - PAR GEOFFREY GAYE

« La clé de cette élec­tion, c’est Calgary », an­nonce sans hé­si­ta­tion Fré­dé­ric Boi­ly, pro­fes­seur de sciences po­li­tiques au Cam­pus Saint-Jean à Ed­mon­ton. C’est une ha­bi­tude, Calgary a ap­puyé le gou­ver­ne­ment ga­gnant à chaque élec­tion de­puis 1948. De 1971 à 2015, c’est la com­bi­nai­son du sou­tien ru­ral et de ce­lui de Calgary qui a ci­men­té la dy­nas­tie du Par­ti conser­va­teur (PC) pen­dant 44 ans.

La ca­pi­tale éco­no­mique de l’Al­ber­ta a été ga­gnée par le Nou­veau par­ti dé­mo­cra­tique (NPD) en 2015. « ll y avait une réelle vo­lon­té de chan­ge­ment », ex­plique Laurent Pi­rot, jour­na­liste po­li­tique à Ra­dio-Ca­na­da. Les néo-dé­mo­crates avaient ob­te­nu 33 % des voix dans la ville et dans les en­vi­rons lors de cette élec­tion, rem­por­tant 15 sièges sur 25, de­van­çant ain­si le PC et le par­ti Wil­drose.

Quatre ans plus tard, les choses ont beau­coup chan­gé. Les deux par­tis de droite ont fu­sion­né, créant une nou­velle force po­li­tique ; Calgary a été for­te­ment tou­chée par une crise éco­no­mique ; et le NPD n’est plus en ter­rain conquis.

LA MÉ­TRO­POLE CANADIENNE LA PLUS TOU­CHÉE PAR LE CHÔ­MAGE

« Le NPD sait qu’il gar­de­ra de nom­breux sièges à Ed­mon­ton, sur­tout dans les cir­cons­crip­tions proches du centre-ville. Plus on s’éloigne du centre-ville, plus on vote conser­va­teur.

Pour Calgary c’est in­cer­tain, la ville a été tou­chée par le chô­mage et s’ap­prête à vo­ter plus conser­va­teur », in­dique Laurent Pi­rot.

La puis­sance éco­no­mique de la ville s’était lar­ge­ment construite sur la bonne san­té de l’in­dus­trie pé­tro­lière. Avec la chute des prix ces der­nières an­nées, la ville du Stam­pede est tou­chée de plein fouet. Se­lon Sta­tis­tique Ca­na­da, Calgary est la mé­tro­pole canadienne avec le plus fort taux de chô­mage, soit 7,6 %. Un quart des bu­reaux du centre-ville, au­tre­fois plé­bis­ci­tés par les com­pa­gnies pé­tro­lières, sont dé­sor­mais va­cants.

Beau­coup d’élec­teurs veulent en­voyer un signe fort de contes­ta­tion, et mon­trer une dé­fiance face au par­ti pro­vin­cial en place. Mais cette crise da­tant de 2014 est éga­le­ment le fruit d’un contexte in­ter­na­tio­nal, avec la baisse du prix du ba­ril de pé­trole, et na­tio­nal, avec le blo­cage de la construc­tion de nou­veaux oléo­ducs.

« LE VRAI POU­VOIR, C'EST LA CONNAIS­SANCE»

Le maire de la ville, Na­heed Nen­shi, a fait créer une pla­te­forme Web, ap­pe­lée « Calgary Mat­ters », pour in­for­mer les ha­bi­tants des dif­fé­rentes po­si­tions des par­tis concer­nant les en­jeux de la ville. Quatre ca­té­go­ries y sont abor­dées : res­pec­ter les engagements, pro­mou­voir la re­prise éco­no­mique, sou­te­nir les Cal­ga­riens et com­bler le fos­sé in­fra­struc­tu­rel.

Chaque par­ti a ré­pon­du à des ques­tions pré­cises sur des thèmes comme la construc­tion du bar­rage de Spring­bank (afin d’évi­ter des inon­da­tions en centre-ville comme en 2013), le fi­nan­ce­ment de la ligne verte, sou­te­nir et dé­ve­lop­per les en­tre­prises, la stra­té­gie tou­ris­tique, le par­tage des re­ve­nus du can­na­bis, le fi­nan­ce­ment des lo­ge­ments abor­dables, mais aus­si le fi­nan­ce­ment d’autres in­fra­struc­tures es­sen­tielles.

Du cô­té des fran­co­phones, le Club af­faire de l’as­so­cia­tion Ac­cueil Calgary (an­cien­ne­ment Union des Fran­çais à l’étran­ger) sou­haite éga­le­ment in­for­mer ses adhé­rents. « Nous sommes dans une an­née spé­ciale avec deux élec­tions. Beau­coup de choses vont se dé­ci­der au ni­veau des af­faires », in­dique Em­ma­nuel Gi­ry, pré­sident de Calgary Ac­cueil.

Ce der­nier a in­vi­té Janet Ere­men­ko (NPD), can­di­date de la cir­cons­crip­tion Calgary El­bow, et Bet­ti­na Pier­reGilles (UCP), sou­tien ac­tif du par­ti conser­va­teur. Ce mer­cre­di 10 avril au centre Ka­ha­noff, les in­vi­tées de­vaient ré­pondre à des ques­tions tou­chant la di­ver­si­fi­ca­tion de l’économie, l’équi­libre des fi­nances pu­bliques, la res­tau­ra­tion, l’em­preinte en­vi­ron­ne­men­tale, ou en­core la pé­réqua­tion.

Aux quatre coins de la ville et de ses communautés, les élec­teurs sont ap­pe­lés à prendre connais­sance des pro­grammes avant d’al­ler vo­ter. Car comme le di­sait Fran­cis Ba­con, phi­lo­sophe, scien­ti­fique et homme d’Etat an­glais du XVIe siècle, « Le vrai pou­voir, c’est la connais­sance».

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