Le se­cret trop bien gar­dé de Mar­ti­na Cor­nect

Le Gaboteur - - LA UNE - Ja­cinthe Trem­blay

Quelques gé­né­ra­tions d’en­fants de la pé­nin­sule de Port-au-Port ont eu comme en­sei­gnante de ma­ter­nelle Mar­ti­na Cor­nect, de La Grand-Terre. À quelques se­maines de sa re­traite, celle qui a fait faire aux pe­tits de beaux des­sins a par­ta­gé un se­cret trop bien gar­dé : elle peint des toiles re­mar­quables.

Le 12 avril der­nier, Mar­ti­na Cor­nect a af­fi­ché sur sa page Fa­ce­book l'image d'une toile qui pré­sente le por­trait d'un homme âgé, nous re­gar­dant droit dans les yeux. Une simple ex­pli­ca­tion ac­com­pa­gnait l'image : c'est un por­trait que j'ai fait de mon grand-père. Les com­men­taires élo­gieux abondent sur sa page, al­lant de « c'est tel­le­ment lui ! » à de très nom­breux « tu as beau­coup de ta­lent Mar­ti­na ».

Re­jointe au té­lé­phone pour en savoir plus sur la ge­nèse de ce ta­bleau, Mar­ti­na Cor­nect a ex­pli­qué avec verve com­bien le mo­dèle de cette pein­ture avait été une fi­gure mar­quante dans sa vie et pour la com­mu­nau­té de La Grand-Terre. Cet homme, c'est son grand-père

Gé­né­reux William Cor­nect

« Il était mon grand-père, mais je l'ai tou­jours ap­pe­lé pa­pa. Il était mon pa­pa », a d'abord dit Mar­ti­na Cor­nect avec beau­coup d'émo­tion. « Quand tu es née ca­tho­lique, comme moi, d'une femme non ma­riée, comme c'était le cas pour ma mère Mar­ga­ret, il était in­ter­dit à l'époque que son nom ap­pa­raisse sur le cer­ti­fi­cat de nais­sance. C'est ce­lui de mon grand-père William qu'on y trouve. Il était mon grand-père, mais je l'ai tou­jours ap­pe­lé pa­pa », a-t-elle ex­pli­qué.

William Cor­nect était bi­lingue mais il par­lait sur­tout le fran­çais. Il était un grand lec­teur, se sou­vient sa por­trai­tiste. « Le soir, il m'en­cou­ra­geait à lire et me di­sait souvent : tu vas ap­prendre beau­coup si tu lis des livres ». Mar­ti­na Cor­nect se rap­pelle aus­si de sa joie quand il l'ame­nait au bin­go. William Cor­nect et sa fille Mar­ga­ret, la mère de Mar­ti­na, va­lo­ri­saient énor­mé­ment l'ins­truc­tion. « Chez-nous, il n'y avait pas de ques­tion : il fal­lait fi­nir l'école ! », ré­sume-t-elle.

En fond de scène du por­trait de son grand-père, Mar­ti­na a des­si­né un ta­bleau sur le­quel on voit le champ clô­tu­ré d'un de ses oncles. Ce choix est lié au rôle de son aïeul dans la com­mu­nau­té de La Grand-Terre. « Il était un homme très gé­né­reux. Il avait hé­ri­té de beau­coup de terre de son père et il en a don­né à son tour à des gens d'ici qui n'avaient rien », tient-t-elle à rap­pe­ler. Le Centre sco­laire et com­mu­nau­taire Sainte-Anne ain­si que l'église Saint-Anne sont éri­gés sur des ter­rains qui ap­par­te­naient à William Cor­nect et qu'il a cé­dé gra­tui­te­ment à leurs pro­prié­taires.

Beau pro­jet de re­traite

Mar­ti­na Cor­nect a fait ses pre­mières pein­tures alors qu'elle sui­vait des for­ma­tions avec l'ar­tiste vi­suel Ed Roche, à St. John's. « Nous fai­sions des toiles re­pré­sen­tant des arbres et l'océan. Ce n'est pas pour moi. Je m'in­té­resse sur­tout aux per­sonnes et j'aime peindre à l'acry­lique », dit-elle. C'est ain­si qu'elle a im­mor­ta­li­sé Na­tan, un pe­tit gar­çon vi­vant en On­ta­rio et ve­nu en vi­site à Terre-Neuve. « Quand Ed Roche a vu cette toile, il m'a de­man­dé si je l'avais réa­li­sé toute seule. C'était bien le cas », ajoute-t-elle.

Si elle est un peu nos­tal­gique de la ca­ma­ra­de­rie qui ré­gnait pen­dant ces for­ma­tions, elle en­tend bien se re­mettre au pin­ceau sous peu, même si elle doit le faire en so­li­taire. « Ce se­ra une belle ac­ti­vi­té de re­traite », ré­sume-t-elle.

Pho­to : Aman­da Cor­nect

Le por­trait de William Cor­nect par Mar­ti­na Cor­nect.

Pho­to : Aman­da Cor­nect

Le jeune Na­tan par Mar­ti­na Cor­nect.

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