Grant Thor­ton in­vite les gens qui « savent » à bri­ser le si­lence

Le Gaboteur - - NEWS - Ja­cinthe Trem­blay

Grant Thor­ton, la firme char­gée de l’au­dit judiciaire sur Muskrat Falls, a mis en place une pa­no­plie de moyens per­met­tant la di­vul­ga­tion confi­den­tielle et ano­nyme d’in­for­ma­tions à ses en­quê­teurs par qui­conque est ou a été im­pli­qué dans ce pro­jet. L’in­vi­ta­tion à « par­ler » a été lan­cée le 26 avril der­nier.

Dans le com­mu­ni­qué an­non­çant la mise en place de moyens de di­vul­ga­tion confi­den­tiels et ano­nymes, Grand Thor­ton pré­cise que l'in­vi­ta­tion à par­ta­ger avec ses en­quê­teurs des in­for­ma­tions sen­sibles s'adresse à tous les em­ployés de Nal­cor (an­ciens et ac­tuels), à tous les em­ployés du gou­ver­ne­ment de Terre-Neuve-et-La­bra­dor (an­ciens et ac­tuels), à tous les four­nis­seurs et tous les consul­tants qui sont ac­ti­ve­ment im­pli­qués dans ce pro­jet ou qui l'ont été his­to­ri­que­ment. Grant Thor­ton ne pré­cise pas, dans ce der­nier cas, à quel mo­ment dans le pro­ces­sus me­nant vers la sanc­tion, elle veut en savoir plus…

Quatre moyens sont pro­po­sés pour ces di­vul­ga­tions : un site Web sé­cu­ri­sé (www.grant­thor­ton­care.ca), une ligne sans frais confi­den­tielle (1-855-484-2273), une adresse de cour­riel qui per­met de com­mu­ni­quer de ma­nière ano­nyme (use­care@ ca.gt.com) et une boîte pos­tale sé­cu­ri­taire (CARE FAIS,

11e étage, rue King ouest, To­ron­to, On­ta­rio, M5H 3T4). Les ap­pels ou mes­sages écrits peuvent être re­çus 24 heures sur 24, sept jours par se­maine, jus­qu'au

31 août 2018.

Grant Thor­ton a éga­le­ment pré­ci­sé que ses en­quê­teurs sont en me­sure d'avoir des échanges al­ler-re­tour avec les per­sonnes qui four­nissent des in­for­ma­tions, tout en pré­ser­vant leur ano­ny­mat. Le groupe des Pro­tec­teurs de la terre du La­bra­dor (La­bra­dor Land Pro­tec­tors) a sa­lué cette ini­tia­tive par ces mots : « Nous es­pé­rons que plu­sieurs ap­pel­le­ront ou écri­ront. Dieu sait que nous avons en­ten­du plu­sieurs té­moi­gnages ve­nant de l'in­té­rieur au cours des der­nières an­nées (notre tra­duc­tion) ».

L'in­vi­ta­tion, faite en an­glais, s'adresse évi­dem­ment éga­le­ment aux fran­co­phones, très nom­breux à avoir tra­vaillé au pro­jet au mo­ment de sa concep­tion et de son lan­ce­ment, en par­ti­cu­lier pour SNC-La­va­lin. De nom­breuses en­tre­prises qué­bé­coises ont éga­le­ment eu des contrats de sous-trai­tance sur le chan­tier du bar­rage lui-même.

Bri­ser l’omer­ta

Cette ini­tia­tive de Grant Thor­ton sur­vient dans un contexte où bien peu de gens qui « savent » ce qui s'est vrai­ment pas­sé dans ce pro­jet ont osé prendre la pa­role pu­bli­que­ment. Se­lon nos sources, la si­gna­ture d'en­tentes de confi­den­tia­li­té très strictes est gé­né­ra­li­sée à tous les pa­liers hié­rar­chiques et pour tous les mé­tiers et pro­fes­sions tou­chant de près et de loin au pro­jet. De plus, celles et ceux qui par­tagent avec des proches leurs ob­ser­va­tions des dé­rives et des ra­tés dans la ges­tion, la concep­tion ou la ges­tion les im­plorent de gar­der le si­lence, par crainte de perdre leur em­ploi et d'être même ban­nis par les em­ployeurs de leur sec­teur dans la pro­vince. « La construc­tion de Muskrat Falls a per­mis à plu­sieurs tra­vailleurs qui avaient quit­té la pro­vince d'y re­ve­nir et de vivre au­près de leur fa­mille. Dé­non­cer, c'est trop ris­qué », ont confir­mé au Ga­bo­teur plu­sieurs per­sonnes in­ter­ro­gées sur le peu de fuites sur le dé­rou­le­ment de ce pro­jet, mal­gré les mil­liers de per­sonnes im­pli­quées de­puis des an­nées.

Les ou­tils mis en place par Grant Thor­ton per­met­tront ou­vri­ront-elle des brèches dans le mur du si­lence? Ré­ponse lors des au­diences pu­bliques de la Com­mis­sion d'en­quête, qui dé­bu­te­ront cet au­tomne.

Image : Le Ga­bo­teur

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