L’im­mi­gra­tion pour l’ou­ver­ture cultu­relle

Le Gaboteur - - ÉDITORIAL - Ré­jean Pau­lin

nom, il est néo-ca­na­dien de toute évi­dence. Il com­mence à prendre ra­cine dans une terre nou­velle, avec une culture fort dif­fé­rente de celle des des­cen­dants des pre­miers co­lons.

Le Plan d'action tout juste ren­du pu­blic pré­sen­tait des sta­tis­tiques in­quié­tantes quant au poids dé­mo­gra­phique des mi­no­ri­tés fran­co­phones au Ca­na­da. Elles consti­tuent au­jourd'hui 4 % de la po­pu­la­tion ca­na­dienne. Elles vont tom­ber à 3 % en 2036 si la ten­dance se main­tient. En clair, les « Ca­na­diens de souche », comme on les dé­signe souvent, sont voués au dé­clin, peut-être pas en nombre ab­so­lu, mais en poids re­la­tif.

Deux causes sont fa­ciles à iden­ti­fier. D'abord, la faible na­ta­li­té qui re­lègue la re­vanche des ber­ceaux à la vieille his­toire, et en­suite l'as­si­mi­la­tion. Dans cer­taines ré­gions du pays, à peine une fa­mille sur deux trans­met le fran­çais à ses en­fants.

Il faut une planche de salut. Si ef­fec­ti­ve­ment il y en a une, elle se trouve chez les nou­veaux ar­ri­vants, dont fait par­tie cet élève de 11 ans qui sait dé­jà que le monde ne s'est pas bâ­ti sur un seul mo­dèle cultu­rel.

Le Plan d'action pré­voit le ver­se­ment de 40 mil­lions $ au cours des cinq pro­chaines an­nées pour sti­mu­ler l'im­mi­gra­tion fran­co­phone à l'ex­té­rieur du Qué­bec. L'ini­tia­tive fe­ra ap­pel à l'ap­pui des com­mu­nau­tés, des em­ployeurs, des pro­vinces et des ter­ri­toires.

On veut que 4,4 % des fran­co­phones qui im­migrent au Ca­na­da choi­sissent les com­mu­nau­tés mi­no­ri­taires pour s'éta­blir. L'ob­jec­tif est de taille. On est ac­tuel­le­ment à moins de 2 %, et ce, mal­gré des cibles plus am­bi­tieuses.

L'On­ta­rio illustre bien le dé­fi. La pro­vince la plus po­pu­leuse au Ca­na­da a re­çu moins d'im­mi­grants fran­co­phones en 2014 qu'en 2009. C'est cer­tain, la crois­sance n'est pas ac­quise.

Le fé­dé­ral compte sur ses propres ini­tia­tives, et aus­si sur la col­la­bo­ra­tion des pro­vinces. C'est là que com­mence la haute vol­tige.

Il y a eu un forum sur l'im­mi­gra­tion fran­co­phone le prin­temps der­nier, à Monc­ton. Le com­mu­ni­qué fi­nal avait de quoi nous lais­ser per­plexes. On y li­sait ce qui suit : «Il pour­rait s'agir no­tam­ment de tra­vailler avec les pro­vinces et les ter­ri­toires in­té­res­sés afin d'ajou­ter une di­men­sion fran­co­phone aux en­tentes bi­la­té­rales en ma­tière d'im­mi­gra­tion…» On y pré­cise bien pro­vinces et ter­ri­toires «in­té­res­sés», car ils ne le sont pas tous.

Avec son gou­ver­ne­ment cen­tral, ses pro­vinces et ses ter­ri­toires, le Ca­na­da compte 14 ju­ri­dic­tions. Cinq étaient ab­sentes du forum : toutes celles à l'ouest du Ma­ni­to­ba, ain­si que l'Île-du-Prin­ceÉ­douard et Terre-Neuve.

Dom­mage, dites-vous? Cer­tai­ne­ment. C'est un obs­tacle de plus à l'es­sor du fran­çais au pays. Mais il n'y a pas que ça. Ça fait chaud au coeur de lire un en­fant de 11 ou 12 ans qui s'ouvre dé­jà aux autres cultures et qui l'ex­prime.

Il me semble que nos so­cié­tés ont gran­de­ment be­soin de ces es­prits éclai­rés, sur­tout quand il s'agit de ceux qui ont toute la vie de­vant eux pour ap­por­ter leur contri­bu­tion à un monde que l'on veut meilleur jour après jour. Pour­quoi ne pas tout faire pour en at­ti­rer da­van­tage?

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