Les fos­siles de Mis­ta­ken Point ont 560 mil­lions d’an­nées. Plantes ou ani­maux ?

PLANTES, ANI­MAUX OU ENTRE-DEUX ? DE­PUIS LA DÉ­COU­VERTE DES FOS­SILES DE MIS­TA­KEN POINT IL Y A 50 ANS, LE JU­RY DES SCIEN­TI­FIQUES DÉLIBÈRE. DEUX CHER­CHEURS DE L’UNI­VER­SI­TÉ ME­MO­RIAL ONT PEUT-ÊTRE PER­CÉ LE MYS­TÈRE. LA BIO­LO­GISTE SU­ZANNE DU­FOUR EX­PLIQUE.

Le Gaboteur - - Sommaire -  Une texte de Aude Pi­doux 

Su­sanne Du­four est bio­lo­giste et elle étu­die les re­la­tions entre les in­ver­té­brés et les bac­té­ries... C’est ce qui l’a pous­sée à étu­dier les fos­siles de Mis­ta­ken Point. « Mon in­té­rêt pour les re­la­tions sym­bio­tiques entre ani­maux et bac­té­ries me porte à m’in­té­res­ser aux mi­lieux ré­duc­teurs, c’est-à-dire à des en­vi­ron­ne­ments extrêmes à l’in­ter­face entre des mi­lieux avec et sans oxy­gène», dit-elle pour se pré­sen­ter.

« Ces en­vi­ron­ne­ments se re­trouvent dans plu­sieurs fonds ma­rins, au­tour des sources hy­dro­ther­males», donne-t-elle en exemple. « Là, pour sur­vivre, cer­tains ani­maux créent des par­te­na­riats avec des bac­té­ries : en ef­fet, cer­taines bac­té­ries se nour­rissent d’un mé­lange de soufre et d’oxy­gène. En s’ins­tal­lant entre les deux mi­lieux et en pom­pant de l’oxy­gène d’un côté et du soufre de l’autre, ces ani­maux créent un en­vi­ron­ne­ment idéal pour que les bac­té­ries se dé­ve­loppent et se re­pro­duisent. Puis ils les mangent», pour­suit-elle.

Quand Su­zanne Du­four a ren­con­tré le pa­léon­to­logue Dun­can McIl­roy, ils ont ré­flé­chi en­semble à l’en­vi­ron­ne­ment dans le­quel vi­vaient les or­ga­nismes de Mis­ta­ken Point il y a 560 mil­lions d’an­nées. «Nous avons dé­duit que le fond de la mer pré­sen­tait pro­ba­ble­ment ce même type d’in­ter­face entre mi­lieu avec oxy­gène (l’eau) et sans oxy­gène (le fond ma­rin) et que de nom­breuses bac­té­ries de­vaient y vivre. Il sem­blait donc lo­gique que les or­ga­nismes dont on trouve les fos­siles à Mis­ta­ken Point aient pu s’en nour­rir», ra­conte-t-elle.

Se­lon la théo­rie de Su­zanne Du­four et Dun­can McIl­roy, ces ani­maux étaient très simples, com­po­sés d’un ou

deux types de cel­lules seule­ment. Ils ne pos­sé­daient ni sys­tème res­pi­ra­toire, ni sys­tème di­ges­tif, mais pha­go­cy­taient sim­ple­ment les bac­té­ries. Ils étaient for­més de deux couches de cel­lules: une couche in­fé­rieure qui était en contact avec le fond ma­rin et une couche su­pé­rieure qui était en contact avec l’eau. Entre les deux couches, il de­vait y avoir une sorte de ge­lée acel­lu­laire, un peu comme à l’in­té­rieur d’une mé­duse.

«Pen­dant un temps, cer­tains ont sug­gé­ré qu’il s’agis­sait de plantes un

peu sem­blables aux fou­gères. Mais ils vi­vaient à une grande pro­fon­deur, sans lu­mière et donc sans pos­si­bi­li­té de pho­to­syn­thèse. En ce sens, c’était bien des ani­maux, et non des plantes, même s’ils ne se dé­pla­çaient pas», af­firme ma­dame Du­four.

La bio­lo­giste dé­crit ain­si le monde dans le­quel évo­luaient ces ani­maux. «Ils vi­vaient sur un fond ma­rin tran­quille et pro­fond. L’eau était calme, il n’y avait ni cou­rant, ni lu­mière, et pas non plus d’autres ani­maux – les pois­sons et les vers n’exis­taient pas en­core. Ils n’avaient pas de pré­da­teurs. Il y avait des algues mi­cro­sco­piques à la sur­face qui, quand elles mou­raient, dé­po­saient des sé­di­ments au fond de l’eau. C’était un monde très calme et si­len­cieux. »

Un monde à faire rê­ver?

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