Chas­ser l'ours au La­bra­dor

Le Gaboteur - - La Une - Jean-Charles Gar­nier

Pour le pas­sion­né de plein air qu’est Jean-Charles Gar­nier, le mois de sep­tembre en est un des plus oc­cu­pés! Un der­nier blitz de pêche au bro­chet, les pré­pa­ra­tifs pour la sai­son de la pe­tite chasse, c’est-à-dire la per­drix et le lièvre, et, bien sûr, la deuxième pé­riode de l’an­née de chasse à l’ours qui bat son plein.

La chasse à l'ours au La­bra­dor est per­mise du 1er avril (mais ils ne sor­ti­ront de leur hi­ber­na­tion qu'en mai) jus­qu'au 13 juillet. Puis, une courte pause de quatre se­maines avant que la sai­son d'au­tomne n'ouvre le 10 août pour se ter­mi­ner le 30 no­vembre. La li­mite per­mise par chas­seur est de deux ours par an­née. Il est lais­sé au choix du chas­seur de ré­col­ter les ours du­rant la pé­riode du prin­temps ou de l'au­tomne. Se­lon moi, ce choix se fait en grande par­tie sur ce que l'on dé­sire faire de notre gi­bier.

La viande d'un ours du prin­temps est beau­coup moins grasse, puis­qu'il a jeû­né tout l'hi­ver. Par contre, son pe­lage se­ra sou­vent de moins belle ap­pa­rence, puis­qu'il mue au prin­temps. Au contraire, l'ours d'au­tomne se­ra plus gros et plus gras, puis­qu'il au­ra ab­sor­bé un maxi­mum de nour­ri­ture du­rant tout l'été en pré­vi­sion de l'hi­ber­na­tion à ve­nir et son pe­lage se­ra uni et lui­sant. Per­son­nel­le­ment, je pré­fère l'ours du prin­temps pour la qualité de sa viande.

Ours-bur­gers

J'en­tends dé­jà plu­sieurs d'entre vous me lan­cer : « Ouach!!! Un ours, ça mange des vi­danges et toi, tu manges ça? » Bien sûr, si vous chas­sez à proxi­mi­té du dé­po­toir mu­ni­ci­pal, vous ris­quez de mettre la main sur un ours à l'ali­men­ta­tion dou­teuse. La fo­rêt est as­sez vaste dans mon coin de pays pour chas­ser sans pro­blème as­sez loin de toute ha­bi­ta­tion ou dé­po­toir et ain­si m'as­su­rer de la qualité de mon gi­bier.

Le goût de la viande d'ours est très proche du boeuf, aus­si sur­pre­nant que ce­la puisse pa­raître. On n'y re­trouve pas ce goût fort de viande sau­vage au­quel on s'at­tend. C'est au contraire très doux et, se­lon la coupe, as­sez tendre. Je dé­pèce moi-même mon ours en gar­dant cer­taines coupes pour faire griller à la poêle, comme les fi­lets mi­gnons et les fi­lets de dos. Je fais des rô­tis avec les pièces qui sont as­sez grosses, comme les fesses, et tout le reste passe au mou­lin pour faire de la viande ha­chée. Mes ours-bur­gers sont de­ve­nus un de mes plats pré­fé­rés!

Ap­pâ­ter pour dé­gus­ter

Le prin­cipe de la chasse à l'ours est d'ap­pâ­ter un site choi­si en dé­but de sai­son avec de fortes odeurs comme du pois­son, de l'huile de pa­tates frites ou de la mé­lasse. Une fois que l'ours a trou­vé le site, il faut l'en­tre­te­nir, lui don­ner le goût de re­ve­nir ré­gu­liè­re­ment. Il doit tou­jours y trou­ver un pe­tit quelque chose de bon à man­ger chaque fois qu'il y va. Un client sa­tis­fait est un client qui re­vient!

Il faut donc al­ler sou­vent au site choi­si pour mettre des pro­vi­sions. Il faut aus­si sur­veiller la fré­quence et les mo­ments des vi­sites de l'ours à l'aide d'une ca­mé­ra qui dé­tecte les mou­ve­ments et in­dique la date et l'heure sur les pho­tos. Quand notre ours est bien ré­gu­lier, on l'at­tend si­len­cieu­se­ment dans une cache ins­tal­lée en hau­teur pour lui faire sa fête.

Pho­to : Jean-Charles Gar­nier

Une mère avec ses trois pe­tits a com­men­cé à vi­si­ter ré­gu­liè­re­ment l’un de mes sites d'ap­pâ­tage ce prin­temps. J'ai conti­nué à les nour­rir abon­dam­ment pen­dant plu­sieurs se­maines même si je ne pou­vais plus chas­ser à cet en­droit cette an­née. Non seule­ment c'est illé­gal de ré­col­ter une fe­melle qui a des our­sons, mais ce se­rait aus­si im­mo­ral!

Pho­to : Jean-Charles Gar­nier

Acro­bate en pleine mue!

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