Vo­lume 35… Et le monde et les temps changent

Le Gaboteur - - News - Ja­cinthe Trem­blay

Vous te­nez entre les mains, ou vous re­gar­dez à l'écran, le pre­mier nu­mé­ro du vo­lume 35 du Ga­bo­teur. Il y a comme une amorce de cé­lé­bra­tions d'an­ni­ver­saire dans l'air. Al­lons-y donc avec un saut dans le temps, idée de me­su­rer le che­min par­cou­ru.

Fai­saient la UNE en oc­tobre 1984 : la ve­nue du pape Jean-Paul II à Terre-Neuve et la dé­ci­sion des pa­rents de La Grand'Terre de gar­der leurs en­fants à la mai­son tant que l'école du vil­lage ne dis­pen­se­rait pas l'en­sei­gne­ment en fran­çais pro­mis quelques mois plus tôt.

En ce dé­but d'oc­tobre 2018, le pot a rem­pla­cé le pape à la UNE et c'est le pro­grès de la ba­taille pour l'ac­cès à la té­lé­pho­nie cel­lu­laire qui vaut à La Grand'Terre une man­chette en cou­ver­ture. De nou­velles re­ven­di­ca­tions sco­laires sont à l'ordre du jour, telle la construc­tion d'un deuxième centre sco­laire et com­mu­nau­taire dans la ré­gion de la ca­pi­tale.

Trois dé­cen­nies plus tard

Pen­dant les 34 ans entre ces deux édi­tions, Le Ga­bo­teur a re­la­té plu­sieurs avan­cées ma­jeures du mou­ve­ment as­so­cia­tif fran­co­phone de la pro­vince dont les plus im­por­tantes sont sans contre­dit l'ou­ver­ture d'écoles fran­co­phones dans cinq lo­ca­li­tés et l'ou­ver­ture de centres sco­laires et com­mu­nau­taires dans deux ré­gions. La pro­gres­sion re­mar­quable du fait fran­çais au sein de la ma­jo­ri­té lin­guis­tique, grâce en par­ti­cu­lier aux pro­grammes d'im­mer­sion, est une autre per­cée im­por­tante des trois der­nière dé­cen­nies.

Au re­cen­se­ment de 1986, le nombre de per­sonnes ayant le fran­çais ou le fran­çais et l'an­glais comme pre­mière langue of­fi­cielle par­lée était de 2 170 dans la pro­vince. C'est cette don­née qui dé­ter­mine, pour le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral, le nombre de per­sonnes ap­par­te­nant à la mi­no­ri­té lin­guis­tique. En 2016, le nombre de per­sonnes cor­res­pon­dant à cette ca­té­go­rie était 2 225. Il s'agit d'une hausse, certes, mais rien qui res­semble à une ex­plo­sion. Et rien, mal­heu­reu­se­ment, qui per­met de pré­dire qu'il y au­ra crois­sance ful­gu­rante dans un ave­nir pré­vi­sible, à moins de jouer à l'au­truche.

Il suf­fit de re­gar­der, en page 9, le ta­bleau pré­sen­tant l'évo­lu­tion ré­cente de la fré­quen­ta­tion des écoles fran­co­phones pour trou­ver ma­tière à s'in­quié­ter. De­puis 2016, les écoles de la pé­nin­sule de Port-au-Port, le bas­tion fort de la fran­co­pho­nie pro­vin­ciale en 1984, ont per­du 25 élèves. Le Centre édu­ca­tif l'EN­VOL, à La­bra­dor Ci­ty, a 24 élèves cette an­née et l'école in­ter­mé­diaire et se­con­daire Ro­cher-du-Nord en compte 32.

Est-ce faute d'ef­forts dans le re­cru­te­ment? Dans le cas des écoles de Port-au-Port, la ré­ponse est ailleurs : il y a de moins en moins de nais­sances dans cette ré­gion, et de plus en plus de mai­sons à vendre. Est-ce faute de gym­nase et de la­bo­ra­toires? Cer­tai­ne­ment pas, dans le cas de Ro­cher-du-Nord. La dif­fi­cul­té de gar­der les élèves jus­qu'à la fin du se­con­daire a peu à voir avec les in­fra­struc­tures de cette école. Elle s'ex­plique en très grande par­tie par les pré­oc­cu­pa­tions des pa­rents qui optent pour des pas­sages vers l'im­mer­sion que nous avons rap­por­tées dans notre édi­tion du 24 sep­tembre der­nier. Est-ce à cause des longs tra­jets d'au­to­bus? Pas du tout dans le cas de La­bra­dor Ci­ty.

Plus lar­ge­ment, il y a ac­tuel­le­ment à Ter­reNeuve-et-La­bra­dor un énorme sen­ti­ment d'in­quié­tude lié aux im­pacts du pro­jet de Mus­krat Falls sur les fac­tures d'élec­tri­ci­té, les taux d'im­po­si­tion et les ser­vices pu­blics. Le pre­mier mi­nistre Dwight Ball a beau pro­mettre que ni les ta­rifs d'élec­tri­ci­té ni les im­pôts ne ser­vi­ront à payer la fac­ture, per­sonne n'y croit.

Ces jours-ci, tout le monde y va de son propre plan pour sau­ver sa peau à l'ère postMus­krat. Et pour plu­sieurs, la seule op­tion en­vi­sa­geable est de quit­ter la pro­vince, plus tôt que (trop) tard. Com­bien de fran­co­phones y songent? En toute lo­gique, on peut po­ser l'hy­po­thèse qu'ils sont très nom­breux. Pour­quoi? C'est que la ma­jo­ri­té de la po­pu­la­tion fran­co­phone de la pro­vince vient d'ailleurs.

La hausse des per­sonnes ayant du fran­çais dans leur langue ma­ter­nelle de­puis 1984 est prin­ci­pa­le­ment at­tri­buable à des Come From Away ve­nus d'autres ré­gions du Ca­na­da, en ma­jo­ri­té du Qué­bec, pour y tra­vailler. Iro­ni­que­ment, un bon nombre ont d'ailleurs ob­te­nu des em­plois pen­dant la phase de pré­pa­ra­tion et de construc­tion de Mus­krat Falls, qui tire à sa fin .... Il s'est éga­le­ment trou­vé bien des fran­co­phones ve­nus d'ailleurs dans le monde qui, après avoir com­men­cé leur aven­ture ca­na­dienne dans la pro­vince, sont al­lés la pour­suivre ailleurs.

Il se trouve éga­le­ment, dans cette pro­vince, des gens nés ici ou ailleurs, ré­so­lu­ment dé­ter­mi­nés à y res­ter et à contri­buer à la pré­ser­va­tion du fait fran­çais. La ma­jo­ri­té d'entre eux n'ont pas le fran­çais comme langue ma­ter­nelle. Il faut en prendre acte et les as­so­cier, vrai­ment, à un exer­cice col­lec­tif qui s'im­pose pour ima­gi­ner l'ave­nir de la fran­co­pho­nie de cette pro­vince.

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