Un dan­seur sans li­mites

Le Gaboteur - - News - Ken­ny Gra­dy

Lu­ca Pa­tuel­li, mieux connu sous le sur­nom de « La­zy­legz », est né avec une ma­la­die neu­ro­mus­cu­laire, l’ar­thro­gry­pose, qui af­fecte ses jambes. Ce que les autres voient comme un han­di­cap, le dan­seur mon­tréa­lais s’en est plu­tôt ser­vi pour s'adap­ter, évo­luer, se sur­pas­ser et de­ve­nir en quelque sorte un su­per­hé­ros du breakdance.

le me­ner dans plus de 30 pays à tra­vers le monde. Tout ré­cem­ment, il a fait es­cale à Ter­reNeuve pour sa pre­mière tour­née à tra­vers la pro­vince. Il y a pré­sen­té son spec­tacle ins­pi­ré de ses ate­liers No Ex­cuses. No Li­mitsà Cor­ner Brook, Ste­phen­ville, Gan­der et Grand Falls-Wind­sor. Sa tour­née s'est ache­vée à St. John's, où il a par­ti­ci­pé au Fes­ti­val of New Dance.

Dans ses spec­tacles-ate­liers, où il in­vite le pu­blic à mon­ter sur scène avec lui et à s'ex­pri­mer par la danse, La­zy­legz as­pire à trans­mettre le mes­sage sui­vant : si on est ca­pable de s'adap­ter pour réa­li­ser un mou­ve­ment ou une fi­gure de danse, on peut tout aus­si bien s'adap­ter dans notre vie quo­ti­dienne pour fran­chir nos li­mites. La vie est une suc­ces­sion de han­di­caps, à nous de nous adap­ter pour les faire dis­pa­raître. Il ne s'agit pas de suivre les ex­pé­riences de telle ou telle per­sonne, il s'agit sim­ple­ment d'être soi-même et de fran­chir les obs­tacles à sa propre ma­nière, avec ses propres ca­pa­ci­tés et ses propres moyens.

Lu­ca « La­zy­legz » Pa­tuel­li est aus­si le fon­da­teur de Ill-Abi­li­ties, un groupe in­ter­na­tio­nal de breakdance. Ils sont huit dan­seurs ayant des « dif­fé­rences ». Ils dansent à tra­vers le monde pour mon­trer que, dif­fé­rence ou pas, tout est pos­sible en res­tant po­si­tif. « La danse est une ac­ti­vi­té qui peut être ap­pré­ciée par tous. Ce sont les moindres mou­ve­ments qui font la plus grande dif­fé­rence », croit le mo­ti­va­teur.

Le han­di­cap de la pa­ter­ni­té

Tou­te­fois, ce­lui qui prêche pour la dé­ter­mi­na­tion et la per­sé­vé­rance a aus­si vé­cu des épi­sodes de doutes et de dé­cou­ra­ge­ments. À une pé­riode de sa car­rière, les ate­liers qu'il donne entre Mon­tréal et Qué­bec exigent beau­coup d'in­ves­tis­se­ments au dé­tri­ment de sa pas­sion : la com­pé­ti­tion. Au même mo­ment, il de­vient pa­pa d'une pe­tite fille et c'est la pre­mière fois qu'il se sent réel­le­ment li­mi­té, « han­di­ca­pé » face à un dé­fi. Le dan­seur souffre alors d'une dé­pres­sion jus­qu'au jour où sa femme, Me­lis­sa, lui fait cette re­marque : « Tu t'es tou­jours adap­té à chaque si­tua­tion, tu as tou­jours été ca­pable de t'en sor­tir, au­jourd'hui n'est pas dif­fé­rent! » Et ce fut le dé­clic. Comme il lui plaît de dire : « Il faut sa­voir ce que l'on ne veut pas avant de trou­ver ce que l'on veut. »

La­zy­legz avait per­du ses ra­cines pre­mières : le breakdance, ses com­pé­ti­tions, son par­te­na­riat avec les autres dan­seurs, bref ce qu'il vou­lait vrai­ment. Il met l'en­sei­gne­ment sur pause pour se consa­crer aux en­traî­ne­ments et à son re­tour sur scène. Ce chan­ge­ment lui per­met alors de s'épa­nouir dans sa vie pro­fes­sion­nelle et, par ri­co­chet, de s'adap­ter beau­coup plus fa­ci­le­ment à son rôle de père. La­zy­legz a trou­vé sa vi­tesse de croi­sière entre vie fa­mi­liale et vie pro­fes­sion­nelle. « Le re­tour au breakdance et aux com­pé­ti­tion m'a li­bé­ré », ra­conte-t-il.

Il com­mence main­te­nant à tra­vailler pour les Grands Bal­lets Ca­na­diens de Mon­tréal. La­zy­legz contri­bue au dé­ve­lop­pe­ment de leur pro­gramme de danse adap­tée aux per­sonnes ayant des han­di­caps en leur ap­por­tant son ex­pé­rience.

Pho­to : Ken­ny Gra­dy

Lors de son spec­tacle à Cor­ner Brook, La­zy­legz a in­vi­té le pu­blic à dan­ser avec lui. Plu­sieurs jeunes sont mon­tés sur scène.

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