LIRE, ÉCRIRE ET BOU­QUI­NER EN FRAN­ÇAIS, ICI?

Oui, c’est pos­sible. La preuve com­mence en page

Le Gaboteur - - LA UNE - Ma­ri­lynn Guay Ra­ci­cot

Rê­ver d’une bi­blio­thèque jeu­nesse gar­nie de titres ca­na­diens écrits en fran­çais n’est pas far­fe­lu. Des re­pré­sen­tants de la lit­té­ra­ture jeu­nesse fran­co­phone et d’édi­teurs fran­co-ca­na­diens en ont fait la preuve, en dé­bar­quant à St. John’s avec une va­lise rem­plie de livres.

Leur malle de­vait être lourde à traî­ner dans les rues es­car­pées de St. John's. Mais ce­la n'a pas em­pê­ché les for­ma­teurs dé­si­gnés de la tour­née pan­ca­na­dienne Passeurs de mots de se di­ri­ger à l'école Ro­cher-du-Nord pour faire dé­cou­vrir des pe­tits bi­joux de la lit­té­ra­ture jeu­nesse fran­co-ca­na­dienne aux en­sei­gnants du Conseil sco­laire pro­vin­cial fran­co­phone de Ter­reNeuve-et-La­bra­dor (CSFP), en for­ma­tion dans la ca­pi­tale les 18 et 19 oc­tobre der­niers.

Dans la fa­meuse va­lise, une cin­quan­taine de titres ca­na­diens en ver­sion ori­gi­nale fran­çaise des­ti­nés aux élèves de la pre­mière à la neu­vième an­née. Il y en avait pour tous les goûts, de la poé­sie à l'abé­cé­daire en pas­sant par le ro­man gra­phique, et de plu­sieurs pro­vinces du Ca­na­da aus­si.

Terre-Neuve était le se­cond ar­rêt d'Anne-Ma­rie For­tin, res­pon­sable des com­mu­ni­ca­tions pour Com­mu­ni­ca­tion-Jeu­nesse, et de son col­lègue du Re­grou­pe­ment des édi­teurs fran­co-ca­na­diens, Hu­go Thi­vierge, dans le cadre de la deuxième tour­née de Passeurs de mots. Mise sur pied par les deux or­ga­ni­sa­tions en 2012 et sou­te­nue par le Se­cré­ta­riat du Qué­bec aux re­la­tions ca­na­diennes, la pre­mière édi­tion avait per­mis de for­mer des en­sei­gnants fran­co­phones de Monc­ton, d'Ot­ta­wa et de Win­ni­peg. Cette deuxième vague de Passeurs de mots se dé­ploie sur trois ans. L'an der­nier, le duo a ou­vert sa bi­blio­va­lise jeu­nesse aux en­sei­gnants de Cal­ga­ry. La des­ti­na­tion de 2019 n'est pas en­core connue.

Bou­qui­ner et jouer

Un des en­jeux de l'en­sei­gne­ment en mi­lieu mi­no­ri­taire est l'ac­cès aux livres en fran­çais, constate la for­ma­trice Anne-Ma­rie For­tin. Les en­sei­gnants se re­trouvent souvent à uti­li­ser des oeuvres tra­duites par mé­con­nais­sance de ce qui s'écrit en fran­çais au Ca­na­da. « Nous ap­por­tons une sé­lec­tion de livres afin d'of­frir un ac­cès phy­sique aux en­sei­gnants. Ces der­niers peuvent les voir et les ma­ni­pu­ler; c'est beau­coup plus fa­cile pour choi­sir les oeuvres à uti­li­ser en classe », af­firme-t-elle.

Per­mettre aux profs de bou­qui­ner n'était pas le seul ob­jec­tif de l'ate­lier, qui com­prend aus­si un vo­let de « mé­dia­tion lit­té­raire ». Car il ne suf­fit pas d'avoir en main de beaux et bons livres fran­co­phones pour trans­mettre le goût la lec­ture aux jeunes. Comment de­ve­nir de meilleurs passeurs de mots? Ré­ponse : jouer avec les livres, sans né­ces­sai­re­ment que ce­la im­plique de la lec­ture à pro­pre­ment par­ler. « L'ap­proche prô­née par Com­mu­ni­ca­tion-Jeu­nesse passe par le jeu pour in­cul­quer le plai­sir de lire », fait va­loir la for­ma­trice. Elle cite en exemple une ac­ti­vi­té où les élèves doivent créer un do­mi­no à par­tir d'élé­ments com­muns entre les livres, qu'ils soient tex­tuels ou vi­suels.

Passeurs de mots est sans au­cun doute un concept qui plaît aux écoles fran­co­phones en mi­lieu mi­no­ri­taire, qui re­çoivent gra­tui­te­ment la for­ma­tion grâce au sou­tien du Se­cré­ta­riat du Qué­bec aux re­la­tions ca­na­diennes. À condi­tion, tou­te­fois, qu'on donne aux profs les moyens de com­man­der leurs livres coups de coeur au terme de la for­ma­tion, fai­sait va­loir une en­sei­gnante.

« Le CSFP four­nit aux écoles un bud­get (se­lon le nombre et le ni­veau d'élèves) qui leur per­met d'ache­ter des livres », confirme Pa­tri­cia Greene, di­rec­trice des ser­vices édu­ca­tifs au CSFP. Quelques écoles fran­co­phones de la pro­vince or­ga­nisent aus­si des foires de livres avec la com­pa­gnie amé­ri­caine Scho­las­tic afin d'amas­ser des sous pour ache­ter d'autres livres, dont une par­tie pro­vient de cette mai­son d'édi­tion. Le bé­mol : par­mi sa sé­lec­tion fi­gurent beau­coup de tra­duc­tions.

Or, « les for­ma­teurs se font un point d'hon­neur de ne pas pro­po­ser de tra­duc­tions », dé­cla­rait France Des­ma­rais, di­rec­trice gé­né­rale de Com­mu­ni­ca­tion-Jeu­nesse, en en­tre­vue té­lé­pho­nique avec Le Ga­bo­teur. « Sur­tout dans un contexte d'im­mer­sion, pour­quoi lire des tra­duc­tions? » L'al­bum Quand on était seuls, pré­sen­té aux en­sei­gnants ter­re­neu­viens et la­bra­do­riens, fait ce­pen­dant ex­cep­tion à la règle. Des­ti­né aux en­fants de 6 ans et plus, ce livre tra­duit de l'an­glais aborde le dé­li­cat su­jet des pen­sion­nats au­toch­tones. « Nous te­nions à pro­po­ser des livres qui ex­plorent la culture au­toch­tone, mais ceux-ci sont souvent écrits en an­glais », jus­ti­fie Hu­go Thi­vierge, qui re­pré­sente les 17 édi­teurs fran­co-ca­na­diens, dont les Édi­tions des Plaines qui pu­blie des tra­duc­tions sur les peuples au­toch­tones.

Pour en sa­voir plus sur les ou­tils pé­da­go­giques of­ferts par Com­mu­ni­ca­tion-Jeu­nesse et vi­si­ter sa bou­tique : www.com­mu­ni­ca­tion-jeu­nesse.qc.ca.

Pour en sa­voir plus sur le Re­grou­pe­ment des édi­teurs fran­co-ca­na­diens : www.refc.ca. À cette adresse, il est pos­sible de vi­si­ter les sites des édi­teurs membres et leurs bou­tiques en ligne.

Pho­to : Ma­ri­lynn Guay Ra­ci­cot

Pho­to : Ma­ri­lynn Guay Ra­ci­cot

De pas­sage à l’école Ro­cher-du-Nord, les for­ma­teurs Anne-Ma­rie For­tin (Com­mu­ni­ca­tion-Jeu­nesse) et Hu­go Thi­vierge (Re­grou­pe­ment des édi­teurs fran­co-ca­na­diens) ont fait va­loir la lit­té­ra­ture jeu­nesse fran­co­ca­na­dienne aux en­sei­gnants du CSFP.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.