Le­vée de bou­cliers aux quatre coins du pays

Le Gaboteur - - NEWS - Lu­cas Pille­ri

Les fran­co­phones hors Qué­bec se­raient en train de mou­rir. Telle est l’idée col­por­tée par De­nise Bom­bar­dier sur le pla­teau de l’émis­sion qué­bé­coise Tout le monde en parle le 21 oc­tobre. Des pro­pos qui ont fait sur­sau­ter aux quatre coins du pays, y com­pris au Qué­bec, et qui sont symp­to­ma­tiques du lien bri­sé entre deux fran­co­pho­nies ca­na­diennes qui ne se parlent plus.

très épi­der­mique ne doit pas mas­quer non plus les dif­fi­cul­tés qui existent, no­tées dès les an­nées 1950 ». Ce pro­fes­seur à l'Uni­ver­si­té TELUQ nuance ici en ci­tant le tra­vail de Mar­cel Mar­tel sur l'as­si­mi­la­tion et re­marque que le fran­çais est souvent confi­né à l'es­pace pri­vé en fran­co­pho­nie mi­no­ri­taire, trop souvent rem­pla­cé par l'an­glais dans la sphère pu­blique. « Je com­prends le res­sen­ti­ment des fran­co­phones hors Qué­bec face à des Qué­bé­cois qui consi­dèrent qu'ils n'existent plus, mais il faut aus­si avoir une cer­taine forme de lu­ci­di­té sur les pro­blèmes. »

Un dia­logue bri­sé

Jean John­son, pré­sident de la Fé­dé­ra­tion des com­mu­nau­tés fran­co­phones et aca­dienne (FCFA), a te­nu à ré­pondre, lui, par voie de presse. « Les fran­co­phones […] sont jus­ti­fiés d'être of­fus­qués par de telles af­fir­ma­tions, […] de res­sen­tir et d'ex­pri­mer de la frus­tra­tion parce qu'en­core une fois, des lea­ders d'opi­nion au Qué­bec parlent de nous, mais pas "à" nous. »

Cet entre-soi est aus­si dé­non­cé par De­nis Des­ga­gné qui voit le Qué­bec se ren­fer­mer. « La fran­co­pho­nie doit s'ou­vrir et tra­vailler en­semble. L'ave­nir dé­pend de ce lien de so­li­da­ri­té », cla­met-il. Jus­te­ment, son tra­vail est de créer des ponts au Centre : « Je cherche à sen­si­bi­li­ser sur la réa­li­té de cette fran­co­pho­nie dy­na­mique, de ces gens qui font rayon­ner la fran­co­pho­nie de­puis l'ar­ri­vée de Cham­plain, de ces fran­co­phones qui se sont dé­bat­tus à tous les ni­veaux. »

Si De­nis Des­ga­gné ne nie pas le rôle « in­con­tes­table » du Qué­bec dans la fran­co­pho­nie des Amé­riques, il dé­plore tou­te­fois son manque de pré­sence dans les com­mu­nau­tés en si­tua­tion mi­no­ri­taire. « Est-ce que la France dit que la fran­co­pho­nie est en train de mou­rir au Cos­ta Ri­ca? Non, elle s'y in­ves­tit », il­lustre-t-il.

Pour Éric Bé­dard, les pro­pos de la Qué­bé­coise ont mis le doigt sur ce lien rom­pu de­puis des dé­cen­nies : « C'est comme si on met­tait du sel sur une bles­sure pas tout à fait ci­ca­tri­sée. » Nouer un nou­veau dia­logue est-il alors pos­sible? « Peut-être avec un nou­veau gou­ver­ne­ment au re­gard neuf », songe-t-il, scep­tique. L'his­to­rien constate mal­gré tout un vrai dia­logue dans le mi­lieu aca­dé­mique, tran­chant avec la gé­né­ra­tion pré­cé­dente. « Per­sonne n'a à ga­gner de ce fos­sé entre Qué­bé­cois et fran­co­phones ca­na­diens », conclut-il.

Dé­si­reux d'échan­ger, De­nis Des­ga­gné sou­hai­te­rait un droit de ré­ponse : « J'ai­me­rais que Tout le monde en parle donne la pos­si­bi­li­té à la fran­co­pho­nie ca­na­dienne de s'ex­pri­mer. » L'in­vi­ta­tion est lan­cée.

Pho­to : Marc Ro­bi­taille

L’his­to­rien Mar­tin Pâ­quet.

Cette image a cir­cu­lé sur les ré­seaux so­ciaux d'un bout à l'autre du pays.

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