Can­na­bis et ex­po­si­tion in­vo­lon­taire au THC : ce qu'il faut sa­voir

Le Gaboteur - - COMMUNAUTAIRE - Eve Beau­din

Bien des gens re­doutent d’être ex­po­sés in­vo­lon­tai­re­ment à la fu­mée se­con­daire du can­na­bis de peur d’échouer à un test de dé­pis­tage ou d’être « stone » sans le vou­loir. Ces craintes sont-elles fon­dées? La ré­ponse du Dé­tec­teur de ru­meurs.

Qué­bec (INSPQ), avec qui le Dé­tec­teur de ru­meurs a com­mu­ni­qué par cour­riel.

Si les consé­quences d'une ex­po­si­tion pas­sive au THC pré­sent dans la fu­mée se­con­daire du can­na­bis sont en­core mé­con­nues, quelques élé­ments se dé­gagent tout de même des études por­tant sur les ef­fets phy­siques et psy­cho­lo­giques pou­vant dé­cou­ler d'une telle ex­po­si­tion.

Dé­pis­tage po­si­tif : pos­sible, mais il y a des li­mites

Une re­vue de la lit­té­ra­ture, pu­bliée en 2017 dans le Jour­nal de l'As­so­cia­tion mé­di­cale ca­na­dienne (CMAJ) et dont les conclu­sions sont ba­sées sur 15 études ex­pé­ri­men­tales dont la qua­li­té est ju­gée de « faible à bonne », nous ap­prend que l'ex­po­si­tion à la fu­mée se­con­daire du can­na­bis peut me­ner à la pré­sence de THC dans les fluides cor­po­rels des non-fu­meurs. Plu­sieurs fac­teurs au­raient une in­fluence sur la quan­ti­té qu'on re­trou­ve­ra dans leur sang, urine ou sa­live : concen­tra­tion en THC du can­na­bis consom­mé, nombre de fu­meurs pré­sents dans la pièce, nombre de joints fu­més du­rant l'ex­pé­rience, concen­tra­tion de fu­mée, in­ten­si­té de la ven­ti­la­tion et du­rée d'ex­po­si­tion.

Les cher­cheurs de l'INSPQ ex­pliquent que les « études ayant per­mis de dé­tec­ter du THC chez des non-fu­meurs in­té­graient une pé­riode d'ex­po­si­tion à de la fu­mée de can­na­bis pro­ve­nant de plu­sieurs fu­meurs, pen­dant quelques heures, dans un mi­lieu fer­mé vrai­sem­bla­ble­ment mal ven­ti­lé ». Dans la vraie vie, ces condi­tions d'ex­po­si­tion sont ra­re­ment réunies.

Au­tre­ment dit, « on est beau­coup moins ex­po­sé au THC si on marche à cô­té d'un groupe qui fume sur le trot­toir que si on passe une soi­rée dans une pièce mal aé­rée en com­pa­gnie de fu­meurs de can­na­bis », ex­plique Fio­na Cle­ment, l'une des cher­cheuses ayant par­ti­ci­pé à cette re­vue de la lit­té­ra­ture. « Mais si les condi­tions sont réunies, un non-fu­meur pour­rait tout à fait échouer à un test de dé­pis­tage de drogue », es­time Mme Cle­ment qui est éga­le­ment pro­fes­seure as­so­ciée à l'Ins­ti­tut O'Brien pour la san­té pu­blique de l'Uni­ver­si­té de l'Al­ber­ta.

En­core fau­drait-il que ce dé­pis­tage soit ef­fec­tué ra­pi­de­ment. Des études ont dé­mon­tré qu'il était peu pro­bable que les com­po­sés du THC soient pré­sents en quan­ti­té suf­fi­sante pour être dé­tec­tés après une courte pé­riode de temps. C'est le cas, par exemple, de deux études pu­bliées dans le Jour­nal of Ana­ly­ti­cal Toxi­co­lo­gy, la pre­mière éta­blis­sant que le risque d'ob­te­nir un ré­sul­tat po­si­tif suite à un test de sa­live était li­mi­té aux 30 mi­nutes sui­vant une ex­po­si­tion pas­sive, et l'autre concluant que les ré­sul­tats po­si­tifs sont « pro­ba­ble­ment rares, li­mi­tés aux heures qui suivent im­mé­dia­te­ment l'ex­po­si­tion et ne sur­viennent que dans des condi­tions en­vi­ron­ne­men­tales où l'ex­po­si­tion est évi­dente ». En bref, si on se fie aux études, ce­la semble pos­sible, mais as­sez peu pro­bable.

Des ef­fets psy­choac­tifs pos­sibles, uni­que­ment dans les cas ex­trêmes

Mais peut-on être stone suite à une ex­po­si­tion à la fu­mée se­con­daire de can­na­bis ? Dans son pa­pier, le CMAJ sou­ligne que, par­mi les études re­te­nues pour cette re­vue de la lit­té­ra­ture, cer­taines rap­portent des ef­fets psy­choac­tifs chez les non-fu­meurs, mais que ces ef­fets étaient plus faibles que ceux res­sen­tis par les fu­meurs. L'une d'entre elles, éga­le­ment ci­tée sur le site Web du Na­tio­nal Ins­ti­tute on Drug Abuse, rap­porte « des ef­fets sub­jec­tifs lé­gers » qui donnent une « im­pres­sion de high » et « de lé­gères al­té­ra­tions du ren­de­ment dans les tâches mo­trices » chez les non-fu­meurs pla­cés dans un es­pace confi­né avec des gens fu­mant de la ma­ri­jua­na à haute concen­tra­tion de THC.Au­tre­ment dit, il semble pos­sible de res­sen­tir cer­tains ef­fets psy­choac­tifs, mais ces ef­fets se­raient lé­gers et res­treints aux si­tua­tions d'ex­trême ex­po­si­tion, peu com­munes dans la vie de tous les jours.

Li­mites et uti­li­tés des études exis­tantes

Bien que les études pro­duites ces der­nières an­nées ap­portent un éclai­rage in­com­plet sur les ef­fets de ce type d'ex­po­si­tion, les ques­tions qu'elles sou­lèvent ne sont pas sans in­té­rêt. « La lé­ga­li­sa­tion du can­na­bis pour­rait faire en sorte qu'une plus grande pro­por­tion de la po­pu­la­tion soit ex­po­sée aux sub­stances ac­tives pré­sentes dans la fu­mée se­con­daire de can­na­bis, ex­plique Mme Cle­ment. Nous pen­sons que la mise en place des po­li­tiques qui pro­tègent ceux qui ne dé­si­rent pas être ex­po­sés ou qui sont les plus à risque, comme les en­fants, est sou­hai­table. »

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