Re­gain de fran­co­pho­nie à Ste­phen­ville

Le Gaboteur - - La Une - Ma­ri­lynn Guay Ra­ci­cot

Si une école fran­co­phone ou­vrait ses portes à Ste­phen­ville de­main ma­tin, des pa­rents y ins­cri­raient avec bon­heur leurs en­fants. C’est ce qui res­sort d’une consul­ta­tion vi­sant à connaître l’in­té­rêt pour une école fran­co­phone me­née par le CSFP dans cette lo­ca­li­té le 1er no­vembre der­nier. Plu­sieurs étapes res­tent tou­te­fois à fran­chir avant que ce rêve de­vienne réa­li­té.

Une di­zaine de ré­si­dants de Ste­phen­ville et des villes en­vi­ron­nantes, dont quelques pa­rents avec des bam­bins et des en­fants en âge sco­laire, ont par­ti­ci­pé à cette consul­ta­tion pu­blique. De nom­breux re­pré­sen­tants d'or­ga­nismes fran­co­phones étaient éga­le­ment pré­sents à l'évé­ne­ment.

Les pa­rents di­rec­te­ment concer­nés par le pro­jet ont ma­ni­fes­té leurs in­quié­tudes quant à la fra­gi­li­té de la langue fran­çaise à Ste­phen­ville. Ils dé­plorent que leurs en­fants ne maî­trisent pas leur langue ou celle de leurs an­cêtres et ils craignent la dis­pa­ri­tion de l'hé­ri­tage fran­co­phone de la ville, où, avant l'ins­tal­la­tion de la base mi­li­taire amé­ri­caine pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale, 95 % de la po­pu­la­tion par­lait fran­çais.

Té­moi­gnages

Me­gan Fé­lix, mère de trois en­fants et di­plô­mée de l'école Sainte-Anne, à La Grand'Terre, a dé­mé­na­gé à Ste­phen­ville il y a deux ans. Elle a pu consta­ter le re­cul de son fils en fran­çais de­puis qu'il fré­quente une école an­glo­phone of­frant l'im­mer­sion. « Il a per­du sa confiance et n'avance plus. S'il y a une école fran­co­phone ici, je se­rai la pre­mière à ins­crire mes trois en­fants », a-telle dé­cla­ré avec en­thou­siasme.

Ste­pha­nie Rus­sel, élève en 11e an­née à l'école se­con­daire de Ste­phen­ville ayant fré­quen­té des pro­grammes d'im­mer­sion, a dé­plo­ré la piètre qua­li­té de ses cours de fran­çais. Elle ob­serve qu'ils ne lui per­mettent pas de maî­tri­ser conve­na­ble­ment cette langue par­lée par sa fa­mille. « C'est im­por­tant pour moi d'ap­prendre le fran­çais. C'est une fa­çon de per­pé­tuer l'hé­ri­tage fa­mi­lial et de me per­mettre d'ac­cé­der à plus d'em­plois », a-t-elle té­moi­gné en fran­çais pen­dant la consul­ta­tion. Une fa­mille de la na­tion Qa­li­pu était éga­le­ment pré­sente dans l'as­sis­tance. Le père a don­né son ap­pui à la sau­ve­garde de la langue fran­çaise en s'ex­pri­mant d'abord en Mi'kmaw. « Nous avons su­bi des ré­pres­sions sem­blables aux fran­co­phones et aux Aca­diens de Terre-Neuve. Les mêmes me­naces à la sur­vie de notre langue et de notre cul­ture se per­pé­tuent », a-t-il dé­cla­ré.

Où, quand, comment?

Pen­dant la soi­rée, il a par ailleurs été ques­tion du fait que même s'ils de­meurent très at­ta­chés à leur hé­ri­tage fran­co­phone, plu­sieurs pa­rents ne parlent peu ou pas fran­çais. Le CSFP a donc rap­pe­lé que les cri­tères d'ad­mis­sion à l'en­sei­gne­ment en fran­çais langue pre­mière dans la pro­vince in­cluent une clause dite « grand-père », qui per­met aux pa­rents d'en­voyer leurs en­fants à l'école fran­co­phone si leur « mère ou [leur] père est un ci­toyen ca­na­dien qui a le fran­çais comme pre­mière langue ap­prise et en­core par­lée ».

Le droit ac­cor­dé par le gou­ver­ne­ment de la pro­vince à tous les ré­si­dants ou per­sonnes ori­gi­naires de la pé­nin­sule de Port-au-Port à l'édu­ca­tion en fran­çais, peu im­porte leur langue par­lée, a aus­si été ci­té en exemple comme me­sure pos­sible pour Ste­phen­ville et ses en­vi­rons.

Des ques­tions sur le cur­ri­cu­lum, les in­fra­struc­tures ou le nombre d'élèves né­ces­saires pour jus­ti­fier l'ou­ver­ture d'une école ont aus­si été po­sées par les par­ti­ci­pants. Sur la ques­tion des in­fra­struc­tures, la mai­resse ad­jointe de Ste­phen­ville, Su­san Fow­low, a af­fir­mé que si le pro­jet al­lait de l'avant, la mu­ni­ci­pa­li­té dé­ni­che­rait des lo­caux pour ac­cueillir les élèves. « En tant que Ville, nous al­lons les sou­te­nir et four­nir les ins­tal­la­tions et les res­sources né­ces­saires », a dit Mme Fow­low en en­tre­vue au Ga­bo­teur.

Kim Ch­ris­tian­son, s'est vou­lue ras­su­rante pour ceux qui pour­raient craindre que la pos­sible ou­ver­ture d'une école fran­co­phone à Ste­phen­ville af­fecte les deux écoles de la pé­nin­sule de Port-au-Port, si­tuées à une cin­quan­taine de ki­lo­mètres de Ste­phen­ville. « Nous ne fer­me­rons pas d'écoles », a-telle dit fer­me­ment.

Le pré­sident du CSFP, Brian Lee, ain­si que ma­dame Ch­ris­tian­son, ont te­nu à pré­ci­ser qu'il s'agis­sait d'une « ren­contre pré­li­mi­naire » et qu'au­cune dé­ci­sion n'avait été prise concer­nant ce pro­jet. « On est loin d'être ren­du à l'étape d'ou­vrir une école. C'est main­te­nant à la po­pu­la­tion de nous faire va­loir son in­té­rêt », a in­sis­té mon­sieur Lee.

Émouvante le­vée du dra­peau

Au terme de la consul­ta­tion pu­blique du CSFP, les par­ti­ci­pants ont bra­vé la pluie pour as­sis­ter à la le­vée du dra­peau fran­co-terre-neu­vien-et-la­bra­do­rien de­vant l'hô­tel de de ville de Ste­phen­ville. Le Fran­co-Terre-Neu­vien ori­gi­naire de Cap-Saint-Georges et vice-pré­sident de la Fé­dé­ra­tion des fran­co­phones de Terre-Neuve et du La­bra­dor (FFTNL), To­ny Cor­nect, a pro­non­cé un dis­cours bi­lingue dans la­quelle il a rap­pe­lé avec fier­té les ori­gines aca­diennes de la ville.

Pour vi­sion­ner la cé­ré­mo­nie, vi­si­tez la page Fa­ce­book Fran­coTnl. www.fa­ce­book.com/Fran­coTnl

Pho­to : Ma­ri­lynn Guay Ra­ci­cot

Ste­pha­nie Rus­sel, élève en im­mer­sion fran­çaise à l’école se­con­daire de Ste­phen­ville et sa mère Pau­line Duf­fy, sont en fa­veur d’un éta­blis­se­ment sco­laire fran­co­phone pour pré­ser­ver la langue fran­çaise par­lée par des membres de leur fa­mille.

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