En­tre­vue avec Brian Lee pré­sident du CSFP

Le Gaboteur - - La Une - Ma­ri­lynn Guay Ra­ci­cot

Né à La­bra­dor Ci­ty d’une mère im­pli­quée dans la fran­co­pho­nie, le pré­sident du Con­seil sco­laire fran­co­phone pro­vin­cial de Terre-Neuve-et-La­bra­dor (CSFP), Brian Lee, a vu son man­dat à ce poste être re­con­duit pour une troi­sième an­née consé­cu­tive le 3 no­vembre der­nier.

Comment en­tre­voit-il l’ave­nir de l’en­sei­gne­ment en fran­çais dans la pro­vince? Ex­traits d’une dis­cus­sion te­nue en marge de l’as­sem­blée gé­né­rale an­nuelle du CSFP à La Grand’Terre.

Le CSFP a une vi­sion et une mis­sion of­fi­cielles. Per­son­nel­le­ment, je dé­sire m'as­su­rer que chaque jeune ayant le droit à l'édu­ca­tion en fran­çais à Terre-Neuve et au La­bra­dor puisse y ac­cé­der. Il y a des ré­gions qui n'ont pas cette pos­si­bi­li­té au­jourd'hui, on s'en rend compte de plus en plus. Se­lon l'ar­ticle 23 de la Charte ca­na­dienne des droits et li­ber­tés, j'ai la responsabilité d'être à l'écoute et de faire preuve de vi­gi­lance en­vers les gens qui me de­man­de­raient cette édu­ca­tion. On a le de­voir d'of­frir de l'édu­ca­tion en fran­çais là où les nombres le jus­ti­fient.

Le CFSP a or­ga­ni­sé une consul­ta­tion pu­blique le 1er no­vembre der­nier à Ste­phen­ville et il sem­blait y avoir un in­té­rêt pour l’en­sei­gne­ment en fran­çais dans cette ville. Quels sont vos plans?

Ce qu'on a de­man­dé à notre di­rec­trice gé­né­rale, c'est qu'un co­mi­té soit éta­bli lo­ca­le­ment. La de­mande doit ve­nir des gens. En­suite, c'est à nous ré­pondre ou non à la de­mande se­lon la jus­ti­fi­ca­tion.

Et en ce qui concerne la construc­tion d’une nou­velle école pour 2022 dans la ré­gion de St. John’s, est-ce que la po­pu­la­tion l’a de­man­dée? Car peu de per­sonnes ont par­ti­ci­pé aux consul­ta­tions pu­bliques...

Ef­fec­ti­ve­ment, peu de per­sonnes y ont par­ti­ci­pé. Ce­la dit, les sta­tis­tiques prouvent que les nombres le jus­ti­fient dans cette ré­gion. On échappe quelques élèves avec l'in­fra­struc­ture ac­tuelle compte te­nu de la dis­tance et de plu­sieurs autres fac­teurs. On se doit donc d'al­ler de l'avant avec ce pro­jet. Nous pou­vons nous comp­ter chan­ceux, car le gou­ver­ne­ment nous a pro­mis une école neuve. C'est vrai­ment gé­nial.

Cette nou­velle école se­ra donc fi­nan­cée par le gou­ver­ne­ment et d’autres bailleurs de fonds?

C'est ce qu'on pré­voit. Ce se­ra un centre sco­laire et com­mu­nau­taire avec une en­tente de par­te­na­riat entre le fé­dé­ral et le pro­vin­cial. Le cô­té com­mu­nau­taire est dé­frayé par le fé­dé­ral. Le cô­té édu­ca­tif est dé­frayé par le pro­vin­cial. Mais il y a des éco­no­mies d'échelles là-de­dans. La com­mu­nau­té pour­rait se ser­vir du gym­nase, tout comme l'école pour­rait uti­li­ser les cui­sines du centre com­mu­nau­taire.

C'est un pro­jet si­mi­laire au Centre des Grands-Vents, qui n'est plus as­sez grand pour ré­pondre à la de­mande. Il y avait des salles de classe tem­po­raires dans la cour; on de­vait faire quelque chose. Ce­la ex­plique le dé­mé­na­ge­ment tem­po­raire des ni­veaux in­ter­mé­diaire et se­con­daire à l'école Ro­cher-du-Nord.

Mais on nous l'a bien dit au tout dé­but : « vous avez cette école-là pour cinq ans et c'est fi­ni après ». Parce que ce­la n'ap­par­tient pas à la pro­vince, c'est la pro­prié­té du Ro­man Ca­tho­lic Epi­sco­pal Cor­po­ra­tion. Ils sont très char­mants de nous prê­ter l'éta­blis­se­ment, car ils n'étaient pas obli­gés de le faire. Ça nous a per­mis un ré­pit de cinq ans pour se construire quelque chose de nou­veau. Et les gou­ver­ne­ments ont ac­cep­té que l'on construise une nou­velle école dans la ré­gion ouest de St. John's pour ac­com­mo­der les gens qui n'étaient pas des­ser­vis pour le mo­ment.

Un pro­blème de ré­ten­tion des élèves est no­table la ré­gion de St. John’s. Plus on avance dans les ni­veaux sco­laires, moins il y a d’élèves dans les classes.

Ef­fec­ti­ve­ment, mais le pro­blème de ré­ten­tion existe-t-il parce qu'on n'a pas les in­fra­struc­tures adé­quates en ce mo­ment?

L’école Ro­cher-du-Nord pos­sède les in­fra­struc­tures, mais pas les élèves…

Ro­cher-du-Nord est en­core tout nou­veau. On ne peut vrai­ment pas se pro­non­cer là-des­sus pour le mo­ment. On ne peut pas ju­ger non plus en fonc­tion du pas­sé de l'école des Grands-Vents. Ce n'était pas une école éta­blie pour l'in­ter­mé­diaire et le se­con­daire. Il n'y avait ni gym­nase ni la­bo­ra­toire adap­tés. Cette école n'a pas été bâ­tie pour ac­cueillir le se­con­daire. Voi­là pour­quoi nous sommes où nous en sommes au­jourd'hui. Un moyen d'al­ler cher­cher la ré­ten­tion, c'est d'éta­blir une vé­ri­table école pour les re­te­nir, pour re­joindre la masse cri­tique, pour pou­voir pré­sen­ter l'offre adé­quate. En marge du pro­blème de ré­ten­tion, le CSFP fait aus­si face à un pro­blème de re­cru­te­ment de per­son­nel en­sei­gnant...

Le pro­blème de re­cru­te­ment ne touche pas la ca­pi­tale : les postes étaient tous pour­vus cet au­tomne à St. John's. Dans les autres ré­gions, c'est vrai, on éprouve des dif­fi­cul­tés de re­cru­te­ment. Mais la pé­nu­rie est na­tio­nale. Sauf que dans le cas de Ro­cher-du-Nord, on a dé­jà des pro­fes­seurs. Ils ne dis­pa­raî­tront pas de­main. Chose cer­taine, si on ne fait rien, rien ne s'amé­lio­re­ra.

Sur plu­sieurs as­pects, nous avons be­soin de plus de fi­nan­ce­ment, plus de res­sources, plus de per­son­nel. C'est un dé­bat po­si­tif qui se pour­suit. Nous sommes chan­ceux d'avoir un mi­nis­tère de l'Édu­ca­tion qui est à l'écoute et qui semble bien com­prendre nos en­jeux. On a réus­si pas mal de choses lors des deux der­nières an­nées.

Lors de la 101e réunion ré­gu­lière du CSFP qui a pré­cé­dée l’as­sem­blée gé­né­rale 2018, vous avez men­tion­né la mo­di­fi­ca­tion de la Loi sco­laire. Pou­vez-vous nous en dire plus?

Le gou­ver­ne­ment pro­vin­cial s'est mon­tré en­clin à ou­vrir la Loi sco­laire. Ça ne s'est pas fait de­puis 1997. On nous a de­man­dé nos re­com­man­da­tions pour faire des chan­ge­ments et des amen­de­ments. Tout der­niè­re­ment, les fran­co­phones de la Nou­velle-Écosse ont ob­te­nu leur propre loi sco­laire. On a trou­vé que c'était un très beau mo­dèle. Ce qui nous a plu là-de­dans : on ne se­rait pas as­su­jet­tis à des clauses qui sont éta­blies pour la ma­jo­ri­té.

Nous sommes ra­vis que le gou­ver­ne­ment nous ait in­vi­té à par­ti­ci­per à cette dis­cus­sion pour l'amen­de­ment de la loi. Nous avons dé­jà dé­po­sé nos re­com­man­da­tions au sous-mi­nistre de l'Édu­ca­tion, qui va cer­tai­ne­ment faire des ré­vi­sions et des lec­tures. C'est à suivre.

Comment se portent vos re­la­tions avec le gou­ver­ne­ment de Terre-Neuve-et-La­bra­dor?

Je consi­dère qua­si­ment les re­pré­sen­tants du mi­nis­tère de l'Édu­ca­tion et du Dé­ve­lop­pe­ment de la Pe­tite en­fance comme des par­te­naires. Ils sont à l'écoute chaque fois que l'on s'adresse à eux. On res­sent beau­coup de po­si­tif et de bonne co­opé­ra­tion. Notre di­rec­trice gé­né­rale a une ex­cel­lente re­la­tion avec le sous-mi­nistre, ce qui nous aide beau­coup, car ça n'a pas tou­jours été le cas. Ce der­nier est très à l'écoute. Il par­ti­cipe et nous sou­met des suggestions.

Quel rôle joue l’édu­ca­tion dans la sur­vie de la langue et de la cul­ture fran­co­phone à Terre-Neuve-et-La­bra­dor se­lon vous?

Au­jourd'hui, la fran­co­pho­nie est très ac­tive dans la pro­vince, beau­coup plus qu'elle ne l'a dé­jà été. On a des as­so­cia­tions com­mu­nau­taires, des fé­dé­ra­tions fran­co­phones, des fé­dé­ra­tions de pa­rents. On a notre propre con­seil sco­laire. Ça prend tous ces élé­ments pour dé­ve­lop­per une com­mu­nau­té fran­co­phone dans les ré­gions où vivent les fran­co­phones. L'édu­ca­tion en consti­tue cer­tai­ne­ment une part im­por­tante. Quand un en­fant gran­dit dans un bas­sin où tout est en an­glais, l'ac­cès à l'édu­ca­tion en fran­çais lui donne une chance de conser­ver sa langue et sa cul­ture.

Pho­to : Ma­ri­lynn Guay Ra­ci­cot

Pré­sident du CSFP de­puis 2016, le La­bra­do­rien Brian Lee suit les traces de sa mère, Pearl Lee, une des membres fon­da­trices du con­seil à la créa­tion, en 1997.

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